L’Afrique n’a pas besoin de Vogue

Fashion designer Dumebi Iyamah, Swimwear Flock Birds

L’idée n’est pas nouvelle. Je pense sincèrement qu’elle part d’un bon sentiment, mais ce serait mal connaître les spécificités du continent africain. La mode africaine est de plus en plus diverse et j’aime qu’aujourd’hui sa visibilité soit débattue. Naomi Campbell l’a peut-être annoncée sur le coup de l’émotion, je ne sais pas, mais je pense que sa voix a un poids considérable dans l’industrie de la mode. Elle est témoin de l’émergence de nouvelles formes d’expression et disons-le, l’Europe ne propose plus rien depuis un bail. Son observation est bonne, je ne compte pas remettre en cause son expérience dans ce domaine. Cependant, je pense que sa déclaration manque de profondeur et d’analyse. Proposer un Vogue Africa s’est gommer les spécificités de toute une génération de créateurs hétérogènes et également, complémentaires. Ce serait se tromper d’affirmer que la mode africaine est exclusivement nigériane, ghanéenne ou encore sud-africaine, issue principalement des anciennes colonies anglophones.

Proposer un Vogue Africa s’est gommer les spécificités de toute une génération de créateurs hétérogènes et également, complémentaires. Ce serait se tromper d’affirmer que la mode africaine est exclusivement nigériane, ghanéenne ou encore sud-africaine, issue principalement des anciennes colonies anglophones.

Ce serait se tromper de la réduire à ce qui fait du buzz, à ce qui marche pour les américains et les britanniques. Je suis même outrée qu’après un court séjour à Lagos la contributrice du Vogue UK s’imagine cela. Que tous les regards soient désormais dirigés sur l’Afrique, que tout le monde veuille sa part de gâteau, c’est génial, cela attire des investisseurs, mais d’un point de vue global, cette proposition ne veut rien dire. La mode africaine ne signifie pas grand-chose si elle se réduit à une publication par mois avec 60 pages de publicités de grandes maisons européennes. Cela n’a pas de sens. Un Vogue Nigeria ou un Vogue Ghana, une extension, à mon sens d’un Vogue UK ou encore d’un Vogue US, du fait de leurs liens diasporiques étroits avec les pays du Commonwealth, je suis convaincue que c’est ce qu’ils envisageaient. Déjà en 2013, le photographe Mario Epanya avait soumis ce projet à Condé Nast Publications. Le groupe de presse international et détenteur de Vogue, Vanity Fair, Glamour, GQ… avait tout de même considéré que ce serait peine perdue, pas assez de lecteurs.

Centraliser sous une seule franchise, la créativité de tout un continent serait réducteur et naïf. 54 pays. 54 façons d’appréhender la mode, la beauté, la culture et en quelle langue ? Etant donné que l’africain n’existe pas. Cette proposition part sûrement d’un bon sentiment, mais elle semble à tout point de vue néo-colonialiste.

L’Afrique est un continent en pleine mutation, certaines zones plus que d’autres. Centraliser sous une seule franchise, la créativité de tout un continent serait réducteur et naïf. 54 pays. 54 façons d’appréhender la mode, la beauté, la culture et en quelle langue ? Etant donné que l’africain n’existe pas. Cette proposition part sûrement d’un bon sentiment mais elle semble à tout point de vue néo-colonialiste. Et vous allez me dire que ça marche pour Vogue Arabia et je ne vous dirais pas le contraire. La culture musulmane est prégnante et les codes sont les mêmes. C’est une fausse bonne idée d’un point de vue pratique et en terme d’indépendance serait un désastre. Avec tout le respect que j’ai pour Naomi et Vogue, je ne pense pas que ce soit une bonne idée. La mode africaine ne devrait plus être validée par les publications occidentales. C’est un challenge de taille pour les initiatives locales et Vogue ne devrait pas se mettre en chemin. L’Afrique a besoin de ses propres groupes de presse afin de valider ses talents de demain émanant du continent.