20 ans de sexe à la télévision…

Sex and the City

Sex and the City

Sex and the City est arrivée comme un raz-de-marée. La série, diffusée sur HBO, a jeté à la poubelle toutes nos idées reçues sur le célibat, le sexe et la mode. Quatre femmes, différentes mais également complémentaires parce qu’elles montraient une certaine perpective sur la possibilité d’être une femme indépendante dans une grande mégapole occidentale. Bien sûr, qu’elle a eu le succès que l’on connaît aujourd’hui et il est claire qu’elle est une référence pour beaucoup. Bien sûr qu’elle a créé un standard en terme de storytelling dont je suis l’une des premières bénéficiaires aujourd’hui, dans une certaine mesure, mais c’est plus fort que moi. Cette idée véhiculée dans la série est que peu importe avec qui tu baises, peu importe ta marque préférée d’escarpins ou encore ton cocktail de prédilection, tous ces éléments font partie d’une panoplie de choix que l’on ne peut pas révoquer parce que tu es libre, riche et surtout blanche. C’est intéressant de voir que la société n’est pas encore prête pour nous, car même après deux décennies elle a encore du mal à  nous considérer et à nous inclure en tant que femmes à part entière. Ce qui peut être un choix pour certaines est perçu comme une décadence pour d’autres. Sex and the City n’a pas fait avancer la cause féminine, elle l’a segmenté. Etre une femme célibataire, avoir plus de trente ans et surtout décider de ne pas être mère sont autant de droits accordés à une certaine frange de la société. Sex and the City est l’apologie de la femme blanche, riche, bien sapée et qui a accès à une certaine culture dans une grande mégapole occidentale. J’ai toujours déploré une société à deux vitesses et Sex and the City en est l’illustration depuis plus de 20 ans.

C’est la faute à Jenna Lyons

Ragamuf

Je ne comprenais pas pourquoi les gens étaient heureux de montrer leurs intérieurs. J’avoue qu’il suffit de regarder celui de Jenna Lyons pour ne plus vouloir sortir de chez soi. Je trouvais cette tendance banale et bizarrement, aujourd’hui je suis obsédée d’intérieurs. Après la visite de son ancienne maison de ville à Brooklyn, l’ex-présidente et directrice artistique de J.Crew a ouvert les portes de son loft de Soho, à New York, au T magazine, Jenna Lyons’s Space of Her Own. Son sofa vieux rose en velours est une tuerie. Je suis donc partie à la recherche d’une chaise cool à défaut de pouvoir acquérir un sofa vieux rose. En fouinant sur les internets, j’ai découvert Ragamuf. En plus d’être plus abordable que le sofa de mes rêves dictés par ceux de Jenna Lyons, chaque housse de chaises est unique, éthique et pop. L’entreprise finnoise s’engage à employer des femmes syriennes pour produire ces merveilles à partir de surplus textiles. Il n’y a pas plus grand sentiment que de se sentir bien chez soi, car chaque objet représente un pan de soi, une histoire, une envie, un souvenir… Désormais, j’apprécie que les objets aient un sens. Ce sont les joies de la trentaine, je suppose. Apprendre à ne plus accumuler, ne plus paraître et connaître ses goûts. Je crois que c’est également valide en terme de décoration intérieure. Et au fur et à mesure, les choses qui nous paraissaient banales deviennent importantes comme passer du temps en famille autour d’une grande tablée, apprécier un bon film emmitouflé dans un plaid en laine et rire à gorge déployée.

Sex and the City 3 annulé et quand est-il de Girlfriends ?

@maraakil

Je lis partout que Sex and City 3 ne se fera pas, vu le 2, je pense que c’est une bonne nouvelle. J’ai aimé Sex and City la série, les galères parfois irréalistes d’une pigiste de Vogue vivant dans un 50 mètres carrés en plein coeur de Manhathan. Je me suis toujours posée cette question : comment Carrie Bradshaw pouvait-elle se permettre de vivre dans le centre de New York, s’acheter des Manolo Blahnik et constamment passer son temps à boire des cosmos dans les bars les plus huppés de l’Upper East Side tout en étant freelance ? Pour ma part, la série n’abordait que quelques aspects de la vie de femmes indépendantes matériellement, sexuellement et vestimentairement. Tout semblait si simple, sans réel prix à payer. Alors quand je suis tombée sur Girlfriends, je me suis aperçue des limites de Sex and City. Mara Brock Akil a voulu mettre en avant une autre image de l’Amérique, un autre aspect du féminisme un peu plus réaliste. La créatrice abordait des thèmes universels tels que l’abstinence, le célibat, le divorce, la monoparentalité entre autres mais également des thèmes plus communautaires comme le mariage interracial, les discriminations, le « colorism »… toujours avec une touche d’humour et avec en toile de fond Los Angeles. Voir des femmes noires épanouies à l’écran, auxquelles nous pouvons nous identifier, rebooste l’ego et ça peu importe l’endroit où l’on peut se trouver dans le monde. Lynn, Maya, Toni et Joan méritent plus qu’un film. Certes la série n’a pas bénéficié de la même exposition mais son point de vue influence encore mon écriture et continue d’influencer une nouvelle vague de journalistes, scénaristes, actrices de grande envergure. Nicole Amarteifio, Issa Rae, Melina Matsoukas, Michaela Coel, Ava DuVernay même Shonda Rhimes ne peuvent nier l’impact positif de Girlfriends et se revendiquent de Mara. C’est super mais sincèrement il n’y a rien de mieux que l’original. Mara, please, bring in on ! 

Marc Jacobs connait les références hip-hop sur le bout des doigts… un peu trop bien

Marc Jacobs a fait tout ce que je déteste dans la mode. Il s’est approprié des pièces qui existaient déjà et les a assemblées comme on le faisait déjà. Sa nouvelle collection n’est pas une inspiration du mouvement hip hop mais bel et bien, une interprétation pas personnelle pour un sou du mouvement hip-hop. Et c’est ça le problème, comment peut-on s’inspirer d’un mouvement, ce qui est légitime en soi, et ne rien y apporter d’original ? J’aime « scroller » (j’arrive pas à croire que je viens d’utiliser le verbe scroller !) sur Instagram et j’ai été intriguée par ces silhouettes déjà vues. Son défilé automne-hiver 2017 avait fait l’unanimité en février dernier, à mon grand désarroi.

@marcjacobs

En effet, il s’agit d’une combinaison de tout ce qui rend cette époque excitante : une pléthore de robes pulls, de la fourrure, des pantalons pattes d’eph’, des chaussures plateformes, de la laine bouclette, une sorte de réplique du bob Kangol, des sequins qui grattent, des grosses boucles d’oreille en or qui pèsent une tonne… Aucunes de ces pièces dissociées les unes des autres ne sont originales. Ma mère se sapait comme ça dans les années 80 et elle n’y connaissait rien à la culture hip hop, au funk… C’est ce qui rend les choses compliquées de nos jours, oui, quand est-ce que l’hommage prend fin pour ainsi, laisser place à la créativité ? Mais surtout, quand est-ce que le travail du créateur débute-t-il vraiment ?

Aucunes de ces pièces dissociées les unes des autres ne sont originales. Ma mère se sapait déjà de cette façon dans les années 80 et elle n’y connaissait rien à la culture hip-hop, au funk…

Beaucoup de designers ont, au moins une fois, tenté l’immersion urbaine. La collaboration Louis Vuiton X Stephen Sprouse sous la direction de Marc Jacobs a marqué ce tournant vers ce luxe très street. Ce fameux monogramme LV, tout le monde se l’arrachait. Pour rester dans le coup,  je m’étais acheté un foulard à la sauvette à Château Rouge. Personnellement, j’étais convaincue qu’il faisait vrai. D’ailleurs Marc Jacobs excelle dans ce domaine, le street chic. Il sait mieux que personne incorporer des éléments ou/et des accessoires que les gens de la rue voudront s’arracher. Le mec a su allier marketing et fashion avant l’heure, c’est-à-dire post réseaux sociaux, et il connaît la force d’un look photogénique.

J’aime Marc Jacobs, aussi bien durant son âge d’or en tant que créateur chez Louis Vuitton que pour sa propre griffe. J’ai toujours apprécié son esthétique, son côté New York intello et surtout sa laque ultra-brillante pour les lèvres, Enamored, couleur lavante. Tout a, toujours, l’air si chic et en même temps complètement désinvolte et c’est sans doute ce qui explique qu’il est l’un des acteurs majeurs de la mode américaine et internationale. Après tout ce bla bla, je vais être honnête, Marc ne me fait plus rêver. Je ne sais pas si le net rend le game encore plus fou ou cette nécessité de devoir se surpasser à chaque saison ? Je vous avoue ne pas savoir cependant je note qu’il existe une pression qu’on ne peut imaginer, nous, mortels.

La mode s’inspire ouvertement de la rue/internet pour ainsi discriminer à l’achat ces mêmes gens qui y sont issus.

Louis Vuitton, Balmain, Chanel, Gucci, Givenchy… s’entichent de cette génération hyper-connectée pour mieux nous faire acheter à prix forts des styles que nous portions déjà inconsciemment, que nos parents portaient pendant leur jeunesse. Elle s’inspire ouvertement de la rue/internet pour ainsi discriminer à l’achat ces mêmes gens qui y sont issus. Ce qui est complètement stupide. A chaque saison sa tendance, son créateur fétiche et sa supercherie. L’art est usurpé par le business et la grande éloquence de designers dopés à la flatterie. L’industrie de la haute couture est, à mon sens, une arnaque pour toutes ces différentes raisons.

Instagram nous fait découvrir des choses et c’est super mais dans ce monde où tout va toujours plus vite, la créativité ne suit pas forcément. Dans cette culture de « j’ai toujours fait tout seul car je suis un artiste » ou « j’ai invoqué l’esprit du défunt Dapper Dan toujours en vie dixit Gucci », il n’y a qu’un pas. Pour son show printemps-été 2017, l’histoire des dreadlocks m’avait énervé. Sa réponse face aux critiques était épique. Marc ne voit ni les couleurs et encore moins l’appropriation culturelle. A ses yeux, toutes les femmes sont blanches et maigres et le monde est plus merveilleux ainsi. Alors cette fois pour pomper au mouvement quoi de mieux que de faire appel à ce mouvement pour légitimer son vol et ainsi s’éviter la foudre des médias. Aussi simple que ça !