Peut-on accuser un artiste noir de se grimer en noir ?

Pusha T - The Story of Adidon

Couverture de The Story of Adidon 

Je pense qu’on ne le pensait pas venir. La réponse de Pusha T est apparu comme une bombe, une bombe qui a tout écrasé sur son passage, ne laissant aucun survivant. A travers The Story of Adidon, le président de Good Music n’a pas lésiné sur les moyens pour remettre les choses dans son contexte. On pensait que ce clash l’aiderait peu importe l’issue. Drake croyait l’avoir enterré avec son Duppy Freestyle, mais la réalité est tout autre. Trop faible, non, peut-être pas assez fort pour un gars qui n’en a que foutre des followers, de la popularité et qui ne souhaite qu’une chose, faire de Daytona, son dernier album de sept titres chapeauté par Kanye West, un classique. King Push n’est pas mainstream, c’est un puriste. Il lui a suffi d’aller sur le net pour savoir où frapper, pour Drake sera en dessous de la ceinture. Il déballe tout sur Drake : sa prétendue idylle avec l’actrice pornographique, Sophie Brussaux, l’abandon d’Adonis, son prétendu fils qui l’aurait eu avec Sophie Brussaux, ses rapports compliqués avec ce père absent durant son enfance, son rapport au métissage… pour le punir de son arrogance.

The Story of Adidon nous interpelle, du moins sa fanbase, sur la question identitaire, car, au fond, qui est Aubrey Drake Graham ? Et c’est surtout ça, qu’on avait pas vu venir. Drake est-il noir parce que c’est mainstream ? Ou ne bénéficie-t-il pas d’un laisser passer dû à son métissage ? Pour illustrer le tout, le mec va chercher une photo où le natif de Toronto est grimé en noir.

Rien n’est laissé au hasard. Pusha T décortique, dissèque et se permet même de se placer en grand frère et de lui donner des conseils amoureux et parentaux. Le plus frappant, c’est qu’en peu de phrase, il met le feu au poudre sur la question de l’identité de Drake. The Story of Adidon nous interpelle, du moins la fanbase de Drake, sur la question identitaire, car, au fond, qui est Aubrey Drake Graham ? Et c’est surtout ça, qu’on avait pas vu venir. Drake est-il noir parce que c’est mainstream ? Ou ne bénéficie t-il pas d’un laisser passer dû à son métissage ? Pour illustrer le tout, le mec va chercher une photo où le natif de Toronto est grimé en noir. La question identitaire ne nous a jamais sauté aux yeux parce que Drake vend. Drake est là. Il est le parfait ambassadeur d’une ville que personne ne calculait auparavant, mettant Toronto sur la carte musicale mondiale. Il y a peu, on avait du mal a imaginé que Toronto soit un vivier de talents au même titre que Chicago, par exemple. Pusha T connait les plaies de l’Amérique par coeur car, il les vit dans sa chair, dans son sang et sur sa peau.

Son morceau est articulé tel un essai sociologique qui remet la communauté afro-américaine face à ses contradictions. Une communauté qui s’insurge aux moindres faux pas, va-t-elle pardonner Drake pour le sien ? Est-ce que cela se fera ressentir sur les ventes de son prochain album Scorpion prévu pour juin ?

Son morceau est articulé tel un essai sociologique qui remet la communauté afro-américaine face à ses contradictions. Une communauté qui s’insurge aux moindres faux pas, va-t-elle pardonner Drake pour le sien ? Est-ce que cela se fera ressentir sur les ventes de son dernier album prévu pour juin ? Jugé humiliant, le procédé du blackface se rapporte à ce qu’il y a de plus dégueulasse dans l’histoire de l’Amérique. Le but étant, bien sûr, de créer un malaise chez cette fanbase qui l’apprécie parce qu’il nous fait danser sur des rythmes dancehall chaque été. Pusha T nous pose une question et c’est là que ça devient ambigu pour nous, pour Drake, pour d’autres qui cherchent des raisons sur l’existence de cette photo compromettante : Est-ce que l’interdiction du Blackface ne devrait concerner que les personnes non racisées ?

On en parle de la combinaison pailletée de Tracee Ellis Ross dans Nice For What de Drake ?

Extrait de Nice For What de Drake

Il y a beaucoup de choses à dire sur Nice For What. Tellement, croyez-moi. En samplant un morceau du mythique The Miseducation of Lauryn Hill, Drake savait. Il savait qu’il aurait l’adhésion d’une génération de femmes noires bercée par la poésie et les revendications de son auteure, il savait qu’il aurait mon adhésion. A mon sens, Lauryn Hill est intouchable et en faisant le choix de toucher à Ex-Factor, exactement vingt ans plus tard, je pense qu’il n’a pas eu tort. Certains disent qu’elle a accepté pour le cash, qu’elle devait payer ses impôts et je crois aussi qu’elle n’avait pas le choix. Je pense aussi qu’elle pouvait avoir pire comme proposition pour enfin payer ses impôts. Tout ceci me semble sujet à spéculer et pour l’instant Nice For What est en passe de devenir un hymne, en très peu de tant, pour les filles qui se retrouvent en Lauryn Hill et également en Drake, quelque part. Réalisé par Karena Evans, Nice For What est une succession de clichés, certains plus cohérents que d’autres, avec un Drake en retrait. On sait tous qu’un clip d’une telle envergure à pour vocation d’imposer les tendances à venir. Je ne sais pas si toutes les filles qui s’opposaient ouvertement aux sequins ont changé d’avis. En tout cas, j’ai changé d’avis. Tracee Ellis Ross, stylée par Karla Welch, est un bonheur pour les yeux. Adepte des tenues improbables, Tracee a parié et la combinaison pailletée vaut le détour. Jamais j’aurais penser une nanoseconde m’imaginer avoir à l’écrire mais apparemment, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, car en la regardant, j’ai eu une épiphanie comme j’en ai eu peu. L’actrice de Black-ish et Girlfriends a réussi à rendre une pièce compliquée, chargée et brillante très Diana Ross en un basique pour toutes les garde-robes, n’est-ce pas fou ? Tellement que j’en ai oublié la longue liste d’invitées, oui, parce qu’à part Tracee Ellis Ross, il y avait d’autres meufs comme Issa Rae, Letitia Wright, Yara Shahidi, Letitia Wright, Tiffany Haddish, Jourdan Dunn, Zoey Saldana… à ce qui paraît. Je commence à croire que secrètement Drake est une femme. En amenant cette brochette d’artistes mainstream aux discours plein d’assurance sur l’intersectionnalité, Drake nous prouve que c’est une femme comme une autre et qu’il est plutôt à l’aise avec l’idée.