Soul Sisters, l’alter ego féminin du Barber Show

@barbershow

Je vous avoue que j’étais un peu sceptique, mater des femmes dans un salon de coiffure en train de raconter les derniers potins du quartier, ce n’est pas mon truc. Sur papier, ça semblait déjà vu. Je trouvais que le casting au féminin manquerait de panache face à une bande de potes complètement délurée qui a déjà pris ses marques, et j’avais tort. Au fur et à mesure des interventions, on commence à y voir clair, les différences sont tangibles. Les Soul Sisters sont fraîches, uniques et elles ne manquent pas moins d’humour. Elles ont un avis sur tout et n’ont aucune gêne pour le partager. Dans ce besoin grandissant d’identification, elles proposent, chacune à leur manière, une façon de vivre sa féminité. Il y a des têtes que l’on reconnaît comme l’humoriste Fadily Camara aperçue dans le Jamel Comedy Club et d’autres auxquelles on s’attache assez vite : Awa, Margi, Djeynaba… Les deux épisodes de la saison 1 de Soul Sisters sont déjà en ligne sur la chaine YouTube, Barber Show. Hugues Lawson Body, le réalisateur, m’avait invité à la première de son nouveau bébé en compagnie de Konbini et du Studio Bagel et le tout, dans le cadre branché du concept store Colette, avant sa fermeture définitive en décembre prochain. Nous avons visionné le nouvel épisode de la saison 3 du Barber Show et le tout premier de Soul Sisters. L’atmosphère était parisienne, hilarante et super conviviale. J’ai passé un bon moment, je vous laisse mater un petit aperçu en vidéo.

#balancetonporc, #MeToo, nous avons tous une histoire à raconter à ce sujet

Lauren Colin Mitchell est une illustratrice, directrice artistique et designer sud-africaine. Son illustration accompagnée du #MeToo ne cesse de se partager sur la toile. Je suis d’ailleurs tombée sur son travail en scrollant sur Instagram. Suite aux révélations accablantes concernant l’affaire Harvey Weinstein, le mouvement #MeToo, #balance ton porc en France, s’est mis en place sur les réseaux sociaux. De nombreuses femmes ont pris la parole pour dénoncer les agressions dont elles ont été victimes. C’est effrayant de se rendre compte que ce sont devenues des expériences assez communes. Lauren l’a mis en couleur et effectivement, il n’y a pas de meilleure couleur pour se faire agresser, parfois, il suffit d’être une femme, non, même un homme. Lauren m’a donné un point de vue honnête sur la situation de son pays, l’Afrique du Sud, en matière d’agressions sexuelles et c’est de loin la plus sérieuse des conversations que j’ai eu à avoir depuis un bail.

@curious_lauren

J’aime beaucoup tes illustrations et surtout le fait qu’il y ait un message derrière. Pourquoi est-ce important pour toi de partager ton point de vue sur le sujet ? Je te remercie, la plupart du temps j’essaye de visualiser ce qui se passe autour de moi, que ce soit d’un point de vue personnel ou quelque chose de plus sociétal. Dans ce cas-là, impossible de ne pas le voir, c’était partout sur les réseaux sociaux. J’ai le sentiment de prendre position au sein d’une foule de femmes et d’hommes scandant #MeToo. En tant qu’artistes, nous avons à notre disposition un outil important nous permettant de transmettre de puissantes vérités à une audience de masse, connectés les uns aux autres et ce peu importe le genre, la culture ou la race. Est-ce que tu as toi-même été victime d’agression sexuelle ou une personne de ton entourage l’a été ? Les agressions et l’harcèlement sont des maladies répandues, c’est la norme, le statu quo. J’ai de la chance de ne pas avoir été dans une situation de vie ou de mort mais de nombreuses personnes que je connais l’ont été et c’est un problème. C’est pour toutes ces raisons que le mouvement #MeToo est si important parce qu’il ne fait pas de distinction entre les types d’abus, ils sont tous inacceptables. Je vis dans un pays, l’Afrique du Sud, où notre président a été accusé, un nombre incalculable de fois, d’agressions sexuelles et de viol, alors pourquoi est-il encore au pouvoir ? Pourquoi le laissons-nous être un exemple ? Comment le peuple peut-il le laisser vivre normalement quand on sait qu’il a ruiné tant de vies ? Depuis l’affaire Harvey Weinstein, je n’ai jamais imaginé à quel point c’était commun, était-ce le cas pour toi ? Non, je vis dans un pays où les statistiques sont atroces, plus ou moins 40% de femmes et d’enfants sud-africains seront violés une fois dans leur existence. Hélas, mettre les projecteurs sur des mecs comme Harvey Weinstein marche parce qu’il est connu et que cela répugne les médias mais qu’en est-il pour les autres ? Qu’en est-il pour notre président ? Notre pays n’a pas été exposé ou soutenu parce que ce n’est pas assez juteux pour nos fils d’actualité Snapchat ou pour nos conversations autour d’un repas. Tu élèves ta voix à travers ton art, est-ce primordial pour toi de partager ton sentiment à ce sujet sur les réseaux ? C’est ma façon d’y faire face et de le partager avec autrui. J’ai reçu une multitude de mots gentils et également beaucoup d’amour après que mon illustration #MeToo ait été postée. J’en suis très reconnaissante. Les gens ont besoin d’une voix, ils ont besoin de réconfort. Ils veulent des réponses et parfois une illustration peut faire cela pour eux. Que penses-tu que nous devrions faire pour que ces comportements ne se reproduisent plus ? Mon inquiétude et la réalité d’un énorme mouvement comme celui-ci est qu’il crée un buzz média massif seulement dans l’immédiat. C’est effectivement le cas ici. Durant une semaine, par exemple, et qu’il disparaisse sans faire de bruit. Je crois que nous devrions avoir un rappel permanent de la sévérité de tous ces problèmes auxquels nous faisons face en tant que société. Peut-être que la situation ne serait pas aussi grave. Apprenons à nous aimer les uns les autres. Encourageons-nous. Entraidons-nous. Pointons l’agresseur du doigt. Exposons-les. Humilions-les. Enseignons-les. Soyez solidaire et arrêtons d’accepter de vivre dans la peur. Trop, c’est trop.

Est-ce que Beyoncé a le pouvoir de rendre une marque bankable ?

Qu’on aime ou qu’on considère que Beyoncé n’est pas une icône de mode à proprement dite, les photos ont créé un buzz pas possible sur la toile. Au point que ce fameux ensemble bordeaux aux bandes contrastées en millenial rose est désormais en rupture de stock. Est-ce qu’un buzz suffit pour sortir une marque de l’anonymat ? Pour l’instant, Samantha Black, créatrice de Sammy B, profite de cette notoriété soudaine grâce au joli coup de pouce de Beyoncé et de sa styliste. C’est le rêve de tous petits créateurs, voir sa marque portée par une célébrité et ainsi jouir d’une promotion gratuite sur les réseaux sociaux et dans toutes les publications mainstream. Nous avons échangé sur Instagram, la designer semblait encore excitée par ce qui venait de lui arriver.

@beyonce

Diplômée de l’institut Pratt, une des principales écoles d’art des Etats-Unis, Samantha Black a également bossé pour Jill Stuart et Michael Kors, avant de faire ses classes à Londres chez Alexander Mc Queen. Je connaissais Samantha pour sa participation à la saison 11 de Project Runway. Difficile de ne pas la louper, les designers noirs se comptaient sur les doigts de la main. Désormais créatrice de son propre label, Sammy B, elle propose un style typiquement new-yorkais à la fois simple, funky, sophistiqué et abordable. La styliste Zerina Akers a kiffé son travail. Elle l’a donc commandé pour sa cliente, Beyoncé.

Quelle a été ta réaction quand tu as vu Beyoncé portant ton ensemble ? J’ai eu un drôle d’effet, une montée d’adrénaline, je dirais. J’étais super excitée ! Mon coeur a battu très fort pendant un long moment. Est-ce que tu as eu des contacts au préalable avec son équipe ou était-ce une totale surprise ? Je savais qu’elle porterait mon ensemble mais j’ai été surprise quand elle l’a enfin mis. Est-ce que le buzz qu’elle a créé autour de ta marque a affecté les ventes de manière positive ? Oui, de manière très positive. Beaucoup de gens ont acheté l’ensemble et d’autres pièces sur le site. C’est une opportunité géniale d’être enfin vue par le grand public mais qu’elles sont les réalités au quotidien en tant que petit créateur ? Etre un petit créateur au quotidien est très très difficile. Quand tu es petit, tu dois payer plus pour tout, généralement parce que tu ne corresponds pas aux exigences minimales requises et quand cela arrive enfin, c’est souvent bas de gamme. De plus, je porte toutes les casquettes. Je dois être présente à chaque étape et ce n’est pas facile au quotidien. Est-ce que Zerina Akers, la styliste personnelle de Beyoncé, et d’autres célébrités t’ont contacté pour d’autres pièces ? Je travaille régulièrement avec des célébrités. Beyoncé n’est pas la première. Rien n’a été commandé pour le moment  mais en espérant que ça se fera dans un futur proche. Comment vois-tu évoluer ta marque Sammy B dans le futur ? Bien, je vois mon business évoluer de manière plus cohérente, aussi bien à un niveau local qu’à l’international. Je vois Sammy B devenir une marque qui compte dans l’industrie de la mode et c’est ce vers quoi je me dirige.

La couronne de la discorde

@allure @aliciakeys

Porté par l’auteure britannique Zadie Smith, l’interprète, compositrice et pianiste américaine Alicia Keys ou encore Erykah Badu, la reine de la neo soul, et tant d’autres, le fichu fait basculer la République. Tout ce qui est propre au style d’une personne racisée est sujet à débat, c’est agaçant. Le cas Danièle Obono est un exemple flagrant des limites de la compréhension de cette réalité de la mondialisation par une frange de la société censée être plus cultivée que la masse. La députée avait-elle besoin d’une permission parlementaire pour exprimer sa culture d’origine dans les instances publiques ? Pourquoi la France a-t-elle du mal à mettre son idée de multiculturalisme niais et hypocrite en pratique ? Je n’arrive pas à imaginer qu’un bout de tissu dans l’hémicycle puisse être au centre de nombreuses controverses et polémiques. Personnellement, je ne porte que rarement le turban, le foulard ou encore le fichu pour des raisons qui sont les miennes mais j’aime comment un objet dit d’oppression, de soumission, de pauvreté et de négligence peut être détourné au fil du temps et ainsi devenir une parure voire une couronne. A travers l’histoire et en fonction de l’emplacement géographique, il a été tant de choses. Tantôt accessoire de subordination de la femme dont on ne voulait pas voir les cheveux grainés découverts, de l’esclave qui risque d’attirer le maître. Oui, de celle qui risque d’être, au fond, à égalité avec la maîtresse alors qu’en Afrique de l’ouest, il exprime la grandeur et l’élégance. Aujourd’hui, il affirme une posture individuelle, la volonté de se montrer au monde tel qu’on le souhaite. Alors, le voir au parlement arboré par Danièle Obono, une députée d’origine gabonaise qui n’a pas la langue dans sa poche et qui fait fi des commentaires racistes à son égard, le détournement prend alors un sens merveilleux parce qu’il est tout cela à la fois. En nouant son foulard à « l’africaine » devant les hauts dignitaires de l’état, la députée de la France Insoumise manifeste son indépendance politique et vestimentaire, sa grandeur mais également le fait qu’elle est sur un même pied d’égalité avec ses pairs. Le turban est un objet esthétique, religieux ou non, africain ou pas, un moyen de protection contre les intempéries pour les unes ou un moyen de séduction pour les autres, dans tous les cas, il synthétise des expressions et des significations qui diffèrent d’un individu à l’autre.