Le Power Suit à la Dua Lipa

IDGAF – Dua Lipa

Je ne pense pas qu’IDGAF soit la chanson du siècle, c’est peut-être même une chanson hyper banale, tellement ça sonne déjà-vu. Mais en 2018, et cela depuis quelques années, nous écoutons la musique avec les yeux, alors disons que le cahier des charges a été respectée. La vidéo comptabilise plus de 50 millions de vues sur YouTube. Pour arriver à ce résultat, la chanteuse britannique, d’origine albanaise, a fait appel à la crème de la créativité. Vous n’allez pas me dire que l’on ne sent pas la patte artistique de Mosaert et de la chorégraphe Marion Motin ? C’est simple, recherché, pop et arty. Réalisé par Henry Scholfield, Dua se bagarre avec Lipa dans un Power Suit. Le costume, ici accompagné d’une chemise raccourcie, est une pièce indémodable du dressing masculin-féminin. Le créateur d’Off-White, Virgil Abloh, l’a compris, les filles veulent le pouvoir et pour cela, rien de mieux qu’adapter des pièces du vestiaire masculin aux proportions féminines. Le génie de son styliste, Lorenzo Posococo, c’est d’avoir outrepassé l’étape quasi-inévitable de la chanteuse pop se muant en pop star sexualisée, en lui proposant une image proche de la guerrière des temps modernes. Le concept est fluide et presque révolutionnaire. Je veux dire par là que Stromae a toujours eu du flair. Au fond, IDGAF nous rappelle que tout le monde devrait avoir un Power Suit !

Pourquoi LVMH n’a pas pensé aux soeurs Olsen pour Céline ?

The Edit – Mars 2017

J’ai lu le tweet d’Emilia Petrarca et, j’avoue qu’elle a posé le doigt sur quelque chose. J’ai évité toutes les publications sur Céline et je ne m’attendais pas à une passation de poste aussi rapide. Hedi Slimane est sur toutes les lèvres, c’est invraisemblable. Je reste persuadée que personne ne peut mieux faire à Céline que Phoebe Philo. Personne. J’aime Hedi et tout ce qu’il a fait chez YSL, cependant tout semble tellement rock avec lui, si ajusté, si travaillé, si fatale, à des années-lumière de Céline, surtout de Phoebe. Je me suis posée de nombreuses questions depuis l’annonce en grande pompe du designer et photographe français qui a redonné une identité à YSL et qui a remodelé Dior Homme, quel est le plan derrière, pour de vrai ? Qu’est-ce que Hedi Slimane s’imagine faire chez Céline ? Repenser la direction artistique ou entreprendre des changements en douceur ? Va-t-il soudainement apprendre à appréhender la mode comme une femme ? Ca m’a tout l’air d’un casse-tête chinois, même pour lui. En même temps, vous allez me dire, c’était la décision de Phoebe Philo de quitter la direction artistique de la maison française, mais Hedi Slimane, ça ne sonne toujours pas juste. Je pensais être la seule et, apparemment non. La journaliste mode du New York Magazine et de The Cut, Emilia Petrarca, soulève le débat. Et si on avait une autre option, une option plus en accord avec l’ADN de la maison. Dans son papier,Oh mon Dieu, les soeurs Olsen devraient prendre le contrôle de Céline, elle fait une proposition saugrenue, mais une proposition tout de même et j’étais enchantée à l’idée que je n’étais pas la seule à penser qu’Ashley et Mary Kate Olsen feraient de très bonnes co-directrices artistiques. Il faut être aveugle pour ne pas remarquer à quel point elles seraient de très bonnes héritières. Pourquoi n’a-t-on pas pensé aux jumelles Olsen ? Il ne faut pas être devin pour comprendre qu’Hedi Slimane n’est pas à sa place. LVMH a fait un super coup de pub, mais la femme Céline n’a rien à voir avec la femme YSL. Il n’y a aucune similitude. Il ne s’agit surtout pas de comparer l’incomparable. Hedi a un CV qui cartonne, mais il ne peut pas être le sauveur que l’on attend, cette fois-ci. Les soeurs Olsen ont largement fait leur preuve. Leurs marques The Row et Elizabeth and James, prouvent au milieu de la mode qu’elles ont les cojones qu’il faut pour diriger une maison de renom. De plus, elles incarnent cette attitude normcore, ce style à la fois effortless et clairement de qualité. Du haut de leur un mètre cinquante, elles s’amusent avec les pantalons larges, les robes de bonnes soeurs et les sandales de moines qui font quatre fois leurs tailles et les sacs à main oversize de la marque. Avec un regard nouveau et avec tellement de respect pour le travail antérieur effectué, elles peuvent, sans nul doute, faire revivre l’esthétisme minimaliste propre à Céline et à la créatrice anglaise aux commandes depuis plus d’une dizaine d’années. Emilia et moi, pensons qu’elles en sont capables.

Est-ce que les excuses excusent tout ?

Fashion Film Festival Milano

Après Coolest Monkey in The Jungle, je pensais que l’industrie de la mode avait compris la leçon. Du moins, compris qu’il y aurait une sorte de tolérance zéro vis-à-vis de toutes formes de dérapages racistes. La campagne de H&M a été offensante à bien des égards et je croyais qu’elle ferait office de leçon, non, de cours magistral sur les limites de l’ignorance. Alors, il y en a toujours une ou deux qui sèchent les cours. Miroslava Duma, influenceuse et entrepreneuse russe, a cru qu’il était bon de partager, à ses un million de followers sur Instagram, une note privée de sa compatriote et designer, Ulyana Sergeenko, avec comme inscription : « To my n*ggas in Paris ». Les explications pour justifier l’incident et les excuses qui s’en suivent me semblent bien trop légères. L’affaire Miroslava Duma est un cas sérieux de redoublement. Récidiviste de haute voltige, ce n’est pas la première fois qu’elle se trouve dans cette position, une position qu’elle connait assez bien et la toile n’a plus le temps avec ses conneries. Elle excelle dans l’art de s’excuser après coup. Quatre en plus tôt, une image sur son site de mode, Buro 24/7, avait fait polémique et déjà, ce n’était pas pardonnable. Elle était allée trop loin. Dasha Zhukova, l’ex-compagne du milliardaire russe Roman Abramovich et rédactrice en chef du magazine Garage prenait la pose, assise sur une chaise ressemblant à une femme noire dans une position avilissante. A cette époque, c’était irrecevable de sa part. Sa récidive montre juste qu’elle s’en tapait d’offenser qui que ce soit. Je me souviens avoir trouvé le cliché et les propos troublants et, j’en ai conclu que ces filles ne vivent pas dans le même monde que nous et le monde dans lequel nous vivons lui a bien fait comprendre que ce n’est plus possible. A la suite de l’incident de Mira, des offenses transphobes et homophobes ont également refait surface. Miroslava Duma le paye désormais très cher. Nasiba Adilova, co-fondatrice de The Tot, une plateforme éco-friendly pour enfants, se sépare d’elle. Toute personne pourvue de bon sens saurait que les propos racistes ne sont pas bons pour les affaires et qu’on ne peut pas blaguer avec des termes empreints d’un historique aussi douloureux. J’ai le sentiment que toute sa bande est déconnectée de la réalité, des réalités sociétales et qu’elles vivent dans une bulle. Mira a peut-être la mémoire courte, mais pas Internet.

Ne déconne pas Aziz, stp !

martin schoeller/august-agence a pour Stylist

Qui ne peut pas aimer Aziz Ansari ? Master of None ? Son humour ? Sa voix énervante et charmante à la fois ? Qui ? J’aime Aziz. Donc, je suis navrée quand je le vois autre part que sur Netflix, aux Emmys ou dans le Time. Je suis navrée quand je lis une actualité qui le concerne autre que son livre Modern Romance, une tuerie, son One-man-show hilarant ou sur la saison 3 de sa série que j’attends de pied ferme. J’ai cette fierté, ce complexe certains diront, de me sentir concernée par le succès de cet enfant d’immigrés indiens tout simplement parce qu’il me ressemble, son histoire résonne en moi. Son capital sympathie est énorme. Alors, j’ai tout simplement horreur de lire des choses qui n’ont aucun rapport avec son talent, son humour et sa créativité, oubliant peut-être que c’est un homme. L’acteur est accusé d’éconduite sexuelle et d’avoir lourdement insisté. Elle, a choisi de rester anonyme. Ce sont de graves allégations pour un rendez-vous galant qui aurait mal tourné. Cette histoire surgit juste après avoir gagné un Golden Globes pour sa série Master of None diffusée sur Netflix. Le récit est un peu plus banal. Elle le drague et ils flirtent pendant des semaines. Ils sortent en ensemble et vont chez lui. Il s’attend à conclure et elle, s’attend peut-être à plus de romantisme, de délicatesse, de temps… Elle dit qu’il l’a touché et lui, pensait qu’elle était venue pour ça. Elle dit avoir détesté cette soirée et lui, avoir kiffé. Deux histoires et deux perceptions différentes. L’a-t-elle cherché ? Oui, un peu. Ne l’a-t-il pas écouté ? Hum, pas certain. Lui a-t-elle fait part de son non-consentement ? Le lendemain. Je suis perdue. Et, c’est très difficile pour moi de prendre position. C’est peut-être injuste parce que pour un Harvey Weinstein, je n’aurais pas hésité, pas une seule seconde. Aziz est passé maître dans l’art de décrypter les rapports humains complexes relatifs à notre époque. Aziz connait les discriminations, les préjugés, les rapports de force, les râteaux… Il connait tout ça et sa série englobe des thèmes tels que le privilège, le complexe d’infériorité, le harcèlement sexuel… Alors, je n’arrive pas à le croire. En tant que femme, devrais-je choisir un camp ? Attention, toutes celles qui crient au loup ne sont pas forcément des victimes.