La fête vient à peine de commencer…

AWK Studio

Voici une sélection des morceaux qui tournent en boucle dans le studio. Je suis hyper excitée à l’idée de vous proposer une liste non-exhaustive des sons qui ont bercé mon année 2017. Les morceaux sélectionnés n’ont sûrement aucun lien en terme de style, mais ils racontent un moment, une situation ou un souvenir. La musique est l’un de mes carburants et souvent, elle me donne la force d’aller de l’avant. Je tenais à vous remercier en musique pour votre soutien, pour vos mots d’encouragements, pour vos conseils, vos critiques constructives et vos commentaires en privée comme en public. Je suis particulièrement heureuse de vous retrouver en 2018 et surtout, de vous proposer des contenus toujours plus excitants, pertinents et cool. Alors, à très vite sur AWK Studio.

1 – NOTES POUR TROP TARD/ Orelsan feat Ibeyi : C’est sûrement l’un des meilleurs textes d’Orelsan. Ironique, ingénu et les choeurs d’Ibeyi rendent le tout, majestueux. 2 – YOUNG, FRESH ‘N’ NEW / Kelis : Kelis est un ovni. Ce morceau est explosif. Une sorte de truc non identifié. Certains la disent finie depuis un bail, d’autres considèrent que son génie n’a pas encore été égalé, mais ici, on considère tout simplement que c’est l’une des artistes les plus sous-estimées de sa génération. 3 – LINES/ Lil Silva : C’est une réelle découverte. C’est aérien, urbain et romantique à la fois. Lines est le morceau qui donne envie de planer au propre comme au figuré. 4 – DOUCEUR / Mbilia Bel : Mbilia Bel est la diva de la pop congolaise. J’aimerais la rencontrer pour lui demander comment elle a fait, comment elle a fait pour perdurer et vieillir aussi bien. J’ai beaucoup d’admiration pour son travail et son impact sur la scène féminine congolaise. Elle reste et restera une réelle source d’inspiration. 5 – INTENTIONAL/ Travis Greene : Je crois qu’il n’existe pas d’autre qualificatif que motivant. Ce morceau est motivant. Il remonte le moral et redonne goût à la vie. Rien que ça. 6 – LES FLEURS / Minnie Riperton : Cette chanson tourne en boucle et d’ailleurs, c’est l’une de nos préférées. Elle incarne cet état d’esprit printanier permanent et cela, malgré le temps qu’il fait. Ouah, tout à coup, ça sent Chance de Chanel7 -TOMBOUCTOU / Inna Modja : Faut le faire, rapper en bambara. Je ne l’aurais jamais imaginé. Inna mérite amplement sa place dans notre playlist de fin d’année. 8 – LOYALTY/ Kendrick Lamar : Loyalty a été l’un des morceaux les plus inattendus de 2017 en partie grâce au clip où Rihanna et Kendrick jouent les amants destructeurs. Délire. 9 – GET UR FREAK ON / Missy Elliott : Parce qu’il faut toujours du Missy Elliott dans une playlist de fin d’année. C’est une règle tacite. 10 – CA BALANCE PAS MAL A PARIS / Michel Berger, France Gall : Michel Berger est l’un des meilleurs compositeurs et paroliers de sa génération. C’est un morceau que j’aime parce qu’il donne vraiment envie de se trémousser version années 70. On critique souvent la chanson française et le fait que ses artistes aiment singer les Américains, au moins, ici, c’est assez réussi. 11 – F.U.B.U. / Solange feat The Dream, BJ The Chicago Kid : Parce que ce son est par essence une merveille dans tous les sens du terme. Une merveille pour sa portée politique, humaniste, artistique et prophétique. Difficile de dire quelles chansons de A Seat at the Table m’a le plus transporté. Soyons honnêtes, elles sont toutes excellentes. 12 – LASSO / Phoenix : J’assume mon côté rock. Ils ont survécu avec brio à la vague des baby rockeurs à mèche des banlieues huppées de la capitale pour devenir des rockeurs adultes et musicalement intéressants. Je pense que Phoenix est intemporel. Le style de Versailles ne vieillit pas et d’ailleurs, il a bien mûri. Des contestataires ? 13 – TRES MININU / Mayra Andrade : Nous nous sommes rencontrées, Mayra et moi, à Lisbonne en mai dernier. Je n’ai jamais eu autant le trac avant une interview. J’étais décontenancée par sa douceur. Je crois que j’ai bafouillé, un peu, voire beaucoup. La honte, quoi ! 14 – SPOILER / Baloji feat Coely : J’ai eu la chance de croiser Baloji dans le métro parisien. Je lui ai dit que j’étais fan de sa musique. Je crois que le mec a eu peur. Spoiler a, en partie, confirmé ce que je pensais de son travail. Le couplet de Coely, c’est la cerise et la crème sur le gâteau. 15 – SHAME ON U / Ophélie Winter : Parce qu’on s’est beaucoup foutu de sa gueule et surtout parce que je l’aimais en secret. Alors ouais, je crois qu’il est temps d’avouer que j’aime Ophélie et particulièrement, son usage intempestif du franglais. Et ça, on ne l’avait pas vu venir. En avance sur son temps, la meuf ! 16 – JUDO / Andy Mineo & Wordplayed : Ce morceau est ironique et savamment produit. C’est actuel sans être racoleur. Andy dénonce les clichés dont les artistes chrétiens sont victimes. En gros, le message peut être fort et le style peut être cool. C’est possible ! 17 – COME CLOSER / Wizkid feat Drake : Je pense sincèrement que Wizkid a fait fort. Come Closer, on l’a saigné ici. C’est une ode à la beauté africaine, à l’Afrique et à sa diaspora. Frais. 18 – QUIMBARA / Celia Cruz, Johnny Pacheco : On trouve toujours la musique de nos parents ringarde. Ecouter Célia Cruz, c’est ma façon de comprendre sans condamner. C’est m’ouvrir à leur époque, à ce qui a bercé le Kinshasa des années 60 et la rumba cubaine est devenue notre base commune.19 – LEMON / N.E.R.D feat Rihanna : C’est indéniable, 2017 a été l’année Rihanna, qu’on le veuille ou pas, que l’on achète ou pas Fenty Beauty ou que l’on déteste ou pas sa voix nasillarde. Point. 20 – MINHA MORADA (Ao Vivo) / Isadora Pompeo : On a constaté un truc à AWK Studio, l’année 2018 sera lusophone ou ne sera pas.

AWK Studio vous souhaite une excellente année 2018.

La sape avait un ambassadeur, il s’appelait Daniele Tamagni

Daniele Tamagni – Vogue.it

Je suis profondément touchée par la disparition du photographe italien Daniele Tamagni. 2017 nous a pris de nombreuses personnalités dont je respecte énormément le travail. Des gens qui avaient un regard ouvert sur le monde et sur les autres. Son livre Gentlemen of Congo est un classique du genre. Il a été, pour moi et pour beaucoup, l’incarnation de la tolérance, de l’humilité et du partage. Son travail parle de lui-même. Iconoclaste, coloré et rafraîchissant, Daniele n’a pas vulgarisé la sape, non, il l’a introduit au commun des mortels et l’a fait entrer dans la pop culture. Il a mis en avant une culture moquée, incomprise, souvent dévaluée par l’Occident et l’a, ainsi propulsée au rang d’art à l’état pur. Ses travaux ont inspiré des designers tels que Paul Smith, la chanteuse Solange Knowles, qui a fait appel à lui pour son clip, Losing You et attiré le regard de nombreuses publications mainstream sur le mouvement de la sape. Atteint de la leucémie, il continuait, malgré son état, à proposer de nouveaux projets, à exposer ses photographies et à voyager à travers l’Afrique et le monde, à la recherche de nouvelles formes d’expression de l’individualité. Daniele était un photographe passionné et passionnant. Sa mémoire et son travail témoignent de sa versatilité et de son amour de l’originalité. Ciao Daniele.

Phoebe Philo se casse de Céline, est-ce la fin du normcore ?

GQ.com

C’est officiel, Phoebe s’en va après le défilé d’automne 2018 qui aura lieu en février prochain. Les rumeurs allaient bon train depuis octobre dernier. Son départ de Céline a été annoncé via un communiqué de LVMH. Je trouve que c’est dommage, j’ai l’impression que l’industrie de la mode est un milieu qui compte peu de femmes dans des positions de création, de conception et de décision. Ses choix artistiques ont été aussi étranges qu’audacieux. Choisir une journaliste et romancière américaine de 80 ans, Joan Didion, comme égérie de la campagne printemps-été 2015, un réel coup de maître. Pur produit de la St Martin’s School of Arts, Phoebe Philo a su se créer une réputation d’outsider, d’ultra-discrète. Son interprétation de la mode s’appuie sur sa proximité avec les vrais gens. Durant toutes ces années chez Céline, elle prend un malin plaisir à créer des vêtements pour le commun des mortels. Les fioritures inutiles ne font pas partie de sa charte.

Pur produit de la St Martin’s School of Arts, Phoebe Philo a su se créer une réputation d’outsider, d’ultra-discrète. Son interprétation de la mode s’appuie sur sa proximité avec les vrais gens. Durant toutes ces années chez Céline, elle prend un malin plaisir à créer des vêtements pour le commun des mortels.

Acclamée par la critique, tout le monde s’imaginait que le normore était une philosophie de vie venue de l’espace, il s’agit tout simplement de l’expression de la réalité, une volonté de sublimer les basiques, sans oublier, sinon cela ne représente rien de nouveau, de les romantiser. Elle a compris que la mode n’est pas de l’art à proprement dit mais un art de vivre. En faisant une pause de deux ans entre Chloé et Céline pour s’occuper de ses enfants, Phoebe Philo a révolutionné la haute couture et a donné un peu d’humanité à ce monde de requins. À son arrivée chez Céline, elle fait déplacer le studio de création à Londres pour rester proche de sa famille. N’est-ce pas la différence la plus flagrante entre créateurs et créatrices ? Est-ce que la haute couture n’est qu’une vision fantasmée de la femme ? Ce besoin de réalisme s’est fait ressentir durant ses dix années passées au service de LVMH. L’ancienne assistante de Stella McCartney chez Chloé a gagné son pari, celui de façonner une marque qui ressemble à sa clientèle : active, stylée et préoccupée par autre chose que… la mode. Phoebe sait que la femme moderne jongle entre les statuts. Elle endosse le rôle de mère, mène sa carrière de front et ne s’imagine pas aller chercher ses gosses en corset en cuir et en talon de 12, ce n’est que pour les défilés, les chômeuses de luxe et/ou les femmes de footballeurs sauf Victoria et Winonah.

Toutes les fashionistas aguériees, qui à 30 ans regrettent les dégâts causés à leurs pieds par le port intensif d’escarpins, se sont ruées sur la Stan Smith d’Adidas ou encore l’Internationalist de Nike, car stylé est enfin confortable. Avant ses apparitions en fin de défilés en basket, le confortable était un gros mot.

Des rôles que l’Anglaise maitrise à merveille. Phoebe a apporté ce souffle de réalisme et de minimaliste d’inspiration seventies qui manquait à la haute-couture et par la même occasion, elle a bouleversé la notion du chic. Toutes les fashionistas aguériees, qui à 30 ans regrettent les dégâts causés à leurs pieds par le port intensif d’escarpins, se sont ruées sur la Stan Smith d’Adidas ou encore l’Internationalist de Nike, car stylé est enfin confortable. Avant ses apparitions en fin de défilés en basket, le confortable était un gros mot. Un mot qui semblait jurer avec cette vision homosexuelle de la femme : ubersexy, hyper-sexualisée, dominatrice et féroce. Elle a normalisé la basket blanche, la chemise blanche, la blouse, le pantalon large, le col roulé en laine, le manteau beige, le sac aussi grand qu’un cabas, les sandales de bonnes soeurs… La fonctionnalité à l’état pur. Céline est devenue incontournable, identifiable, cool et mixte. A 44 ans, la créatrice a décidé qu’il était temps, temps de changer de cap et de tirer sa révérence. Son successeur a du souci à se faire, car l’héritage normcore de Céline est lourd de sens.

Renaître un printemps

Credits : Vittoriano Rastelli/Corbis

Tout le monde se souvient de cette clôture de show iconique, Donatella Versace dégainant l’artillerie lourde pour le défilé en l’honneur de Gianni Versace, en septembre dernier. Carla Bruni, Claudia Schiffer, Naomi Campbell, Cindy Crawford et Helena Christensen ont créé la surprise et l’image, bien entendu, a fait le tour de la toile. Les nouveaux clichés de la campagne Printemps-été 2018 sont là. La génération top models, muses de Gianni Versace, et les instamodels adorés par Donatella Versace, sont réunis pour rendre hommage au grand créateur italien parti trop tôt. En fermant le défilé avec ses muses et en faisant revivre son travail pour les 40 ans de la marque, Donatella stipule que la créativité de son défunt frère n’est pas morte, mieux, elle est toujours d’actualité. Pourquoi faire le pari de la nostalgie ? Et si, le nouveau était juste l’ancien ? Plus de 20 ans après son assassinat devant sa villa de Miami Beach, Donatella Versace a-t-elle des difficultés à faire son deuil ? Je me souviens des tontons aux gros ventres de mon enfance, ils possédaient cette fameuse chemise en soie aux imprimés bariolés. Des imprimés que l’on peut retrouver dans le travail de la créatrice franco-congolaise, Laëtitia Kandolo, pour sa marque Uchawi. Cette esthétique so 90’s fait un retour fulgurant et appartient indéniablement à la pop culture. Versace raconte une époque où la créativité était à son apogée dont Gianni était l’un de ces designers les plus prolifiques. Son ombre plane et planera toujours, car son oeuvre raconte une histoire. L’histoire de l’opulence, du bling bling milanais, du rococo, de l’insouciance, de Miami et de ses excès, du champagne qui coule à flot, de la drogue et du sexe. Une époque où tout était permis, où tout ne tournait plus forcément autour du snobisme parisien. Gianni était le créateur préféré de Biggie, Lil Kim, les congolais, les gays, les riches, ceux qui rêvaient de le devenir, en somme, il créait pour nous tous. La collection printemps-été 2018 de Versace reflète ce désir de se faire remarquer, d’aimer, d’être fou, de faire la fête parce que, justement, la vie est bien trop courte pour ne pas en profiter. Gianni le savait, Donatella le sait mieux que personne. La collection Tribute nous rappelle la jeunesse, l’insouciance et le génie de son frère ainé, mais surtout l’impact que ses créations ont eu sur la signification actuelle de la haute-couture. Versace cherchait à être partout, une promotion basée sur le pouvoir des influenceurs de tous horizons et ce, bien avant Instagram. La mode italienne est de loin l’une de mes préférées. Elle est audacieuse, sulfureuse, baroque, dramatique et cinématographique. Gianni vit encore, car Donatella l’a fait renaître un printemps.