L’oiseau rare, Lydie La Peste

J’ai rencontré Lydie Alberto alias Lydie La Peste à  La Colonie, à deux pas de la Gare du Nord, dans le cadre d’un entretien pour i-D France. Elle était en compagnie de Carmel Loanga, une de ses acolytes de Swaggers, un collectif de danse exclusivement féminin créé par la chorégraphe Marion Motin. Son attitude m’avait complètement ému dans Kamelemba, la vidéo afro-futuriste réalisée par Chris Saunders pour la chanteuse malienne, Oumou Sangaré. J’ai appris qu’en plus d’être une danseuse professionnelle, Lydie est également une chanteuse incroyable. J’ai été subjuguée par sa voix douce qui dégage un certain romantisme à des années-lumière de son style androgyne. Lydie La Peste est un oiseau rare qui écume les scènes underground de la capitale donc il me paraissait tout à fait naturel qu’elle inaugure la première playlist d’AWK Studio.

@gaelrapon

Je rencontre beaucoup de gens et je suis toujours intriguée par ce qu’ils peuvent raconter. Autour d’un verre, nous avions longuement échangé sur ces influences musicales qui l’ont forgées en tant qu’artiste, en tant qu’afro-descendante et en tant que femme. Lydie ne sait plus trop quand elle a commencé à chanter : « Ma grand-mère m’appelait « Orchestre » quand j’étais petite donc j’ai fait du boucan très tôt », se remémore-t-elle. De Mariah Carey en passant par le légendaire Mario de Franco et la bonne soul des années 90 début 2000, Lydie a sélectionné dix morceaux qui l’ont guidé et qui lui ont donné le désir de poursuivre une carrière artistique. Certes, je m’attendais à retrouver du Lauryn Hill et/ou du Missy Elliott mais j’ai été surprise de redécouvrir des perles dont j’avais oublié l’existence. Lydie La Peste a bien voulu nous donner un aperçu de son univers éclectique, une playlist à la hauteur de sa singularité. Pour les curieux, elle sera en concert à l’un des spots les plus cools de Paris, au Hasard Ludique, le 29 septembre prochain. Enjoy.

1 – THE ROOF / Mariah Carey : « Mariah m’a appris à chanter en anglais quand j’étais ado. J’avais un cahier où je traduisais ses morceaux et j’essayais de les chanter tout comme elle. » 2 – WINDOW SEAT / Erykah Badu : « Je voudrais être comme elle quand je serais grande sur scène comme dans la vie… son spirit, sa générosité. J’aurais aimé avoir ses mots pour régler certaines de mes relations. » 3 – ASSISE / Camille : « L’une des seules artistes françaises dont je kiffe l’univers. » 4 – WATER NO GET ENEMY / Fela Kuti : « Mon premier gros contrat en tant que professionnelle, j’ai dansé et chanté dans la comédie musicale Fela! à Londres où j’ai fait la connaissance de ce grand monsieur. » 5 – MARIO / Franco : « CLASSIC SHIT dans ma famille. On ne peut naviguer dans la vie musicale sans avoir des bases solides… Un classique de la rumba congolaise. Dédicace aux anciens et à la famille. » 6 – BITCH DON’T KILL MY VIBE / Kendrick Lamar : « Kendrick reigne dans l’ère 5000 après J.C… Merde, on est en 2017… Il est trop loin dans le game. Inspirant, il me pousse à voir mes morceaux plus loin que les mots, leur portée, le rapport à l’image… » 7 – VIDEO / India Arie : « Quand on est ado ou jeune adulte, on est bête. On se sent pas bien dans son corps. On se pose pleins de questions puis India Arie arrive avec ce track et tu te mets un crop top en hiver avec une brioche en guise de ventre en marchant la tête haute BECAUSE I AM A QUEEN #selfesteemisthekey » 8 – ALL NIGHT / Beyonce : « Beyonce mis tout le monde d’accord au Stade de France. Première fois que je vais au stade pour un concert. Première fois que je vais la voir en concert. Ce n’est pas Queen Bey, c’est une machine de guerre, indestructible… » 9 – CRANES IN THE SKY / Solange : « Quand ça va bien. Quand ça va pas. Quand on fait ses abdos. Quand on fait les courses. Quand on fait le ménage. Quand on sexe aussi… Un track multifonction que je saigne depuis qu’il est sorti et jusqu’à aujourd’hui (attends je le réécoute pour voir..?!) » 10 – NO ROOM FOR DOUBT / Lianne La Havas : « J’aurais voulu que ce track soit le mien… No room for doubt de Lydie La Peste. »

Marc Jacobs connait les références hip-hop sur le bout des doigts… un peu trop bien

Marc Jacobs a fait tout ce que je déteste dans la mode. Il s’est approprié des pièces qui existaient déjà et les a assemblées comme on le faisait déjà. Sa nouvelle collection n’est pas une inspiration du mouvement hip hop mais bel et bien, une interprétation pas personnelle pour un sou du mouvement hip-hop. Et c’est ça le problème, comment peut-on s’inspirer d’un mouvement, ce qui est légitime en soi, et ne rien y apporter d’original ? J’aime « scroller » (j’arrive pas à croire que je viens d’utiliser le verbe scroller !) sur Instagram et j’ai été intriguée par ces silhouettes déjà vues. Son défilé automne-hiver 2017 avait fait l’unanimité en février dernier, à mon grand désarroi.

@marcjacobs

En effet, il s’agit d’une combinaison de tout ce qui rend cette époque excitante : une pléthore de robes pulls, de la fourrure, des pantalons pattes d’eph’, des chaussures plateformes, de la laine bouclette, une sorte de réplique du bob Kangol, des sequins qui grattent, des grosses boucles d’oreille en or qui pèsent une tonne… Aucunes de ces pièces dissociées les unes des autres ne sont originales. Ma mère se sapait comme ça dans les années 80 et elle n’y connaissait rien à la culture hip hop, au funk… C’est ce qui rend les choses compliquées de nos jours, oui, quand est-ce que l’hommage prend fin pour ainsi, laisser place à la créativité ? Mais surtout, quand est-ce que le travail du créateur débute-t-il vraiment ?

Aucunes de ces pièces dissociées les unes des autres ne sont originales. Ma mère se sapait déjà de cette façon dans les années 80 et elle n’y connaissait rien à la culture hip-hop, au funk…

Beaucoup de designers ont, au moins une fois, tenté l’immersion urbaine. La collaboration Louis Vuiton X Stephen Sprouse sous la direction de Marc Jacobs a marqué ce tournant vers ce luxe très street. Ce fameux monogramme LV, tout le monde se l’arrachait. Pour rester dans le coup,  je m’étais acheté un foulard à la sauvette à Château Rouge. Personnellement, j’étais convaincue qu’il faisait vrai. D’ailleurs Marc Jacobs excelle dans ce domaine, le street chic. Il sait mieux que personne incorporer des éléments ou/et des accessoires que les gens de la rue voudront s’arracher. Le mec a su allier marketing et fashion avant l’heure, c’est-à-dire post réseaux sociaux, et il connaît la force d’un look photogénique.

J’aime Marc Jacobs, aussi bien durant son âge d’or en tant que créateur chez Louis Vuitton que pour sa propre griffe. J’ai toujours apprécié son esthétique, son côté New York intello et surtout sa laque ultra-brillante pour les lèvres, Enamored, couleur lavante. Tout a, toujours, l’air si chic et en même temps complètement désinvolte et c’est sans doute ce qui explique qu’il est l’un des acteurs majeurs de la mode américaine et internationale. Après tout ce bla bla, je vais être honnête, Marc ne me fait plus rêver. Je ne sais pas si le net rend le game encore plus fou ou cette nécessité de devoir se surpasser à chaque saison ? Je vous avoue ne pas savoir cependant je note qu’il existe une pression qu’on ne peut imaginer, nous, mortels.

La mode s’inspire ouvertement de la rue/internet pour ainsi discriminer à l’achat ces mêmes gens qui y sont issus.

Louis Vuitton, Balmain, Chanel, Gucci, Givenchy… s’entichent de cette génération hyper-connectée pour mieux nous faire acheter à prix forts des styles que nous portions déjà inconsciemment, que nos parents portaient pendant leur jeunesse. Elle s’inspire ouvertement de la rue/internet pour ainsi discriminer à l’achat ces mêmes gens qui y sont issus. Ce qui est complètement stupide. A chaque saison sa tendance, son créateur fétiche et sa supercherie. L’art est usurpé par le business et la grande éloquence de designers dopés à la flatterie. L’industrie de la haute couture est, à mon sens, une arnaque pour toutes ces différentes raisons.

Instagram nous fait découvrir des choses et c’est super mais dans ce monde où tout va toujours plus vite, la créativité ne suit pas forcément. Dans cette culture de « j’ai toujours fait tout seul car je suis un artiste » ou « j’ai invoqué l’esprit du défunt Dapper Dan toujours en vie dixit Gucci », il n’y a qu’un pas. Pour son show printemps-été 2017, l’histoire des dreadlocks m’avait énervé. Sa réponse face aux critiques était épique. Marc ne voit ni les couleurs et encore moins l’appropriation culturelle. A ses yeux, toutes les femmes sont blanches et maigres et le monde est plus merveilleux ainsi. Alors cette fois pour pomper au mouvement quoi de mieux que de faire appel à ce mouvement pour légitimer son vol et ainsi s’éviter la foudre des médias. Aussi simple que ça !

Kelis Rogers, l’enfant terrible du style

L’ex de Nas est la personnification de l’anticonformisme à l’état pur, une anthologie modesque à elle toute seule. A 38 ans, Kelis a tout expérimenté avant les minettes de la pop culture comme côtoyer le so hype Pharell Williams bien avant qu’il fasse le malin avec Lupita Nyong’o, combiner effrontément le rnb et l’electro, s’hasarder dans les mélanges d’imprimés tribaux et rigolos, expérimenter les colorations capillaires tendance seapunk, provoquer pour provoquer et surtout être l’une des premières à succomber à la fameuse coupe garçonne attribuée à tort à Rihanna. La pauvre, on a lui tout pompé. Rendons à Kelis ce qui appartient à Kelis, sérieux !

@coveteur

L’interprète de my milkshake brings all the boys to the yard, que je fredonnais avec plus ou moins d’assurance, a toujours été une valeur sûre musicale et stylistique. La plus européenne des américaines a donné vie au son particulier des Neptunes. Il y a de ces associations qui marqueront le R’n’B US à jamais, le son Aaliyah et Timbaland mais également le son Kelis et The Neptunes. Novateur, unique, visionnaire, il a impacté une décennie. C’était biologique voire naturel. Kelis a ce charisme, cette bad attitude, cette nonchalance, qui rappelle aujourd’hui, dans une moindre mesure, Rihanna. Elle avait tout bon dès le début, peut-être un peu trop tôt.

Kelis a ce charisme, cette bad attitude, cette nonchalance, qui rappelle aujourd’hui, dans une moindre mesure, Rihanna. Elle avait tout bon dès le début, peut-être un peu trop tôt.

Tout lui va. Vous l’aurez noté les cheveux chez Kelis, c’est une histoire d’amour sans bornes, fidèle à son afro, il est travaillé pour l’occasion en une cascade de grosses boucles accompagnée d’une pagaille de robes cintrées, de lunettes papillon à la Jackie O et de cils à la Betty Boop. Un style années 60 revisité que les suiveurs pourront copier à volonté. Vous l’aurez noté les cheveux chez Kelis, c’est une histoire d’amour sans bornes, fidèle à son afro, il est travaillé pour l’occasion en une cascade de grosses boucles accompagnée d’une pagaille de robes cintrées, de lunettes papillon à la Jackie O et de cils à la Betty Boop.

Motivée par l’envie de poser sa propre griffe, son approche créative est empreint d’une très grande sincérité, sans réelle motivation marketing. Quitte à être ridicule, elle ne lâche rien. Faut l’avouer, son délire « statue de la liberté sous amphèt’ tombée dans un pot de peinture et affiliée à un gang d’Indiens d’Amazonie », c’était limite flippant. Certes la folie lui va si bien, c’est d’ailleurs le ciment de sa carrière mais elle a trop poussé pour le coup. Flesh Tone a été un virage à 200 degrés, dont seule une Lady Gaga peut mainstreamiser. Après ce désastre oculaire et ce passage à vide mérité, j’avais oublié à qu’elle point Kelis est un canon intergalactique. 

Kelis a un dressing à l’image de sa discographie, complètement dérangée avec pour seul fil conducteur son impulsivité. Chaque album est une totale immersion dans son univers singulier, témoignant de son irrévérence fashion.

The Coveteur nous l’a donc rappelé. En ouvrant, sa caserne d’Ali Baba au magazine en ligne, on s’aperçoit promptement que l’artiste a un dressing à l’image de sa discographie, complètement dérangée avec pour seul fil conducteur son impulsivité. Chaque album est une totale immersion dans son univers singulier, témoignant de son irrévérence fashion. Celle qui s’est mariée en robe verte, peut tout enfiler. Connue pour être complètement allumée, le tutu rose et t-shirt avec la cochonne déculottée prouvent que la chanteuse ne s’est pas assagie.

Le rêve africain selon Sarah Diouf

Sarah Diouf est la personnification de l’entrepreneure par excellence et une militante invétérée du rêve africain. Je suis tombée sur son vlog par pur hasard. Sa vie me fait rougir de jalousie. On a juste l’impression qu’elle ne dort jamais et surtout qu’à côté, elle nous fait passer pour des petites joueuses. Sarah fait 10 000 choses à la fois et le fait bien. Je suis personnellement fan de la qualité des visuels de son magazine Noir, de sa marque Tongoro , de tout ce qui tourne autour d’Ifren Media et de sa vie publique, du moins ce qu’elle nous laisse voir.

Sarah Diouf

Dans ces petits morceaux du quotidien, Sarah nous fait part de ses frustrations, des réels challenges que représentent l’entreprenariat au Sénégal et surtout sur sa résilience à faire de Tongoro, un Asos made in Africa. On a pu apercevoir son fameux it-bag, le Mburu bag (il m’en faut un !), dans Insecure ou encore, la polémique autour du vol dudit sac par le label de haute couture française, Yves Saint Laurent. Les vidéos sont joliment réalisées, tout en restant fidèle à son esthétique. Je suppose, d’ailleurs, que nous ne voyons que les prémices du rêve qu’elle a en tête. Je suis admirative de son travail fourni, de sa vision classe, épurée et très parisienne en fin de compte.

L’image est primordiale, et « vendre l’Afrique », consiste avant tout à véhiculer une image moderne, séduisante et esthétique d’un continent que l’on a longtemps dévalué.

Je crois que Sarah a compris une chose qui n’échappe à personne, l’image est primordiale, et « vendre l’Afrique », comme j’aime le dire, consiste avant tout à véhiculer une image moderne, séduisante et esthétique d’un continent que l’on a longtemps dévalué à coups de grandes affiches sur les guerres, la famine et la pauvreté… Et, je lui suis reconnaissante sur cela. J’ai eu l’occasion de l’interviewer pour mon premier papier pour le Monde Afrique, « L’Afro-muppie, une working girl hyper-connectée« . Son discours n’a pas changé, pas d’un chouia.

Je vous avouerais que j’ai longtemps été sceptique. Comment peut-on tout mener de front ? Le rêve africain existe-t-il vraiment ? Je sais que cette question peut paraître naïve ou encore, négative mais c’est exactement ce que j’en ai pensé en voyant tout ça. Sarah est indéniablement une It Girl, et non pas dans le sens hyper restrictif de ce que cela représente. Elle est consciente de l’ère dans laquelle nous vivons et met à profit tout ce qu’elle peut lui procurer au service de son business. Et, c’est du génie. Sarah est par ce biais le produit d’une jeunesse issue de la diaspora décomplexée, ouvert sur le monde et une ambassadrice de charme pour le Sénégal.