Veja un jour, Veja toujours

@veja @modetrotter

Je pense que la mode doit avoir un sens. J’ai toujours été attirée par une marque parce que j’avais entendu une histoire, aujourd’hui on utiliserait plutôt le terme storytelling, ou parce que je l’associais à un artiste, une musique, une époque et une attitude que j’appréciais. C’est de cette façon que Veja m’a paru être une marque intéressante. En tant que férue de baskets, j’ai beaucoup de mal à laisser entrer autre chose que du Nike, du Adidas et du Converse dans mon dressing. Je me souviens avoir écouté le discours de ces parisiens plein de bonnes intentions dans la salle de conférences du Rich Mix à Londres. A cette époque, j’étais officiellement stagiaire pour Pants to Poverty et plus officieusement pour Tigerlily Films. Je n’y croyais pas une seule seconde à cette idée de fabrication totalement transparente mais j’ai trouvé le concept éthique audacieux et les baskets pas trop moches. Je pensais clairement qu’ils se lasseraient d’aller chercher le caoutchouc au fin fond de la forêt amazonienne. Apparement non, et ça, c’était il y a plus d’une dizaine d’années. Ces bobos parisiens ont su séduire la banlieusarde que je suis. Depuis, je collectionne plusieurs paires de la griffe. Il m’a suffit de recroiser ces fameuses sneakers dans le clip d’Oumou Sangaré, Kamelemba, portées par les Swaggers pour retomber en adolescence. Je vous avoue que la dernière collaboration avec Modetrotter me fait clairement de l’oeil. Veja a inventé un modèle, un point de vue, une façon de concevoir la mode autrement et ces parisiens plein bonnes intentions n’y se sont jamais éloignés.

Sex and the City 3 annulé et quand est-il de Girlfriends ?

@maraakil

Je lis partout que Sex and City 3 ne se fera pas, vu le 2, je pense que c’est une bonne nouvelle. J’ai aimé Sex and City la série, les galères parfois irréalistes d’une pigiste de Vogue vivant dans un 50 mètres carrés en plein coeur de Manhathan. Je me suis toujours posée cette question : comment Carrie Bradshaw pouvait-elle se permettre de vivre dans le centre de New York, s’acheter des Manolo Blahnik et constamment passer son temps à boire des cosmos dans les bars les plus huppés de l’Upper East Side tout en étant freelance ? Pour ma part, la série n’abordait que quelques aspects de la vie de femmes indépendantes matériellement, sexuellement et vestimentairement. Tout semblait si simple, sans réel prix à payer. Alors quand je suis tombée sur Girlfriends, je me suis aperçue des limites de Sex and City. Mara Brock Akil a voulu mettre en avant une autre image de l’Amérique, un autre aspect du féminisme un peu plus réaliste. La créatrice abordait des thèmes universels tels que l’abstinence, le célibat, le divorce, la monoparentalité entre autres mais également des thèmes plus communautaires comme le mariage interracial, les discriminations, le « colorism »… toujours avec une touche d’humour et avec en toile de fond Los Angeles. Voir des femmes noires épanouies à l’écran, auxquelles nous pouvons nous identifier, rebooste l’ego et ça peu importe l’endroit où l’on peut se trouver dans le monde. Lynn, Maya, Toni et Joan méritent plus qu’un film. Certes la série n’a pas bénéficié de la même exposition mais son point de vue influence encore mon écriture et continue d’influencer une nouvelle vague de journalistes, scénaristes, actrices de grande envergure. Nicole Amarteifio, Issa Rae, Melina Matsoukas, Michaela Coel, Ava DuVernay même Shonda Rhimes ne peuvent nier l’impact positif de Girlfriends et se revendiquent de Mara. C’est super mais sincèrement il n’y a rien de mieux que l’original. Mara, please, bring in on ! 

Stella McCartneyXVlisco : au-delà de l’appropriation culturelle, c’est de l’ordre de la fainéantise

@vlisco @stellamccartney

J’ai lu ici et là, les indignations concernant le wax et son appropriation par des créateurs blancs. Ce n’est vraiment pas ce qui me choque, le wax est devenu tendance et je pense que c’est important que ce soit accessible à tous. Oui, le wax n’est pas africain et il a habillé et continue d’habiller la femme africaine globale. Vlisco a le droit de faire des collaborations avec qui ils veulent et souvent ça donne des trucs super. Sa guest list est prestigieuse. Il y a eu Eastpak, Comme des Garçons, Viktor&Rolf, Manish Arora… pour ne citer qu’eux. Les collaborations sont une bonne idée surtout pour un fabricant de tissus qui ne crée pas de silhouettes à proprement dites. Je trouve cette méthode comme une sorte respiration, tout en restant dans l’esprit de la marque bien sûr, mais également en y mettant une touche originale propre au designer. La collection printemps-été 2018 de Stella McCartney est une erreur, une grosse boulette. Stella McCartney sait faire des fringues superbes, personne ne peut le nier. J’aime cette créatrice et son approche minimaliste de la mode. Alors, pardonnez-moi, je n’ai pas compris. Vilsco doit se faire rembourser, ils doivent exiger un remboursement pour la simple et bonne raison que Stella n’a pas fait son travail. De plus, elle a fâché la clientèle de base de Vlisco : la femme africaine et ça encore, je pense qu’elle a l’habitude. Vlisco a les tissus les plus flamboyants, les motifs les mieux travaillés et des procédés à la pointe de la technologie, alors, ouais, je ne comprends toujours pas. Stella s’est contentée, ah la la, d’affubler une succession de mannequins blancs dans des boubous basiques et appeler ça, un partenariat. C’est juste que ça va au-delà de l’appropriation culturelle, c’est de l’ordre de la fainéantise. 

Kiti Makasi, le design selon Sandrine Ebene de Zorzi

Je ne voulais pas écrire un truc passe partout sur Sandrine Ebène de Zorzi. Je lui ai soumis l’idée d’une playlist, elle a adoré. Créatrice du label Ebène Sand, cette ébéniste franco-congolaise hors pair m’avait déjà ouvert les portes de son atelier dans le quartier Belleville à Paris. Sandrine y mêle design occidental et ressuscite les savoir-faire africains. Elle m’avait présenté avec fierté sa chaise, surnommé en lingala « chaise forte », Kiti Makasi, faite en partenariat avec l’ancien ébéniste de Mobutu. Elle m’avait énuméré les bois qu’elle utilisait : le tola, l’iroko, le wenge… et chacune de leurs spécificités.

@ebenesand

Nous avions longuement discuté sur les conséquences de la déforestation sur l’écosystème, sur son amour du bois et les nombreuses richesses pillées de son pays d’origine, la République démocratique du Congo. Je buvais ses paroles. Sandrine est d’une douceur et je vous avoue que je m’attendais à une playlist plus paisible, non, elle est tout en contradiction, à la fois : révolutionnaire, poétique et féministe, comme elle, en fait. Ce sont les morceaux qu’elle écoute quand elle bosse sur ses chaises, quand elle a besoin d’inspiration ou tout simplement pour décompresser. Je trouve que c’est une façon originale de rentrer dans son univers.

1 – UNDER PRESSURE / David Bowie :  » Cette musique me donne envie d’aller plus loin, d’avancer sans cesse. » 2 – MY FAVORITE THINGS / John Coltrane : « Elle m’inspire énormément et m’apaise. » 3 – WOMAN / John Lennon :  » Cette chanson est pour toutes les femmes qui donnent de l’inspiration aux autres. Pour moi, elle me réconforte et être femme et mère, me donne de la force et me rend fière. » 4 –  BY YOUR SIDE / Sade :  » Me fait penser à ma fille merveilleuse, intelligente, qui est (à mes côtés) chaque jour, qui m’inspire, et m’aide énormément dans mon travail et je lui en suis reconnaissante. Comme dit la chanson ( You know me better than I – Tu me connais mieux que moi-même). » 5 – LIBERIAN GIRL / Michael Jackson : « Juste parce que c’est Michael ! » 6 – PITIE  / Tabu Ley Rochereau : « Un rappel aux origines, la rumba congolaise me transporte… » 7 – PLUME / Nekfeu : « Être contemporain autant qu’intemporel… une plume, légère et forte en même temps… » 8 – MARIO (Ok Jazz) / Franco : « La base… » 9 – AIN’T GOT NO, I GOT LIFE / Nina Simone :  » Nina, my role model, ma muse… » 10 – DNA / Kendrick Lamar :  » ADN… Ce personnage est juste rempli de talent ! Un autre modèle. » Juste une petite dernière pour la route… BONUS : PERFECT DAY / Lou Reed