Elaine Welteroth, redac’chef du turfu

@karstenmoran @newyorktimes @elainewelteroth

J’aime Elaine Welteroth. A la tête de Teen Vogue depuis plus deux ans, elle m’intrigue par son style intello chic à la Jenna Lyons saupoudré d’une pincée afro à la Pam Grier dans Foxy Brown, son ton et ses prises de position révolutionnaires. Solange Knowles, Amandla Stenberg, Zendaya Coleman, Yara Shahidi, en gros la nouvelle garde de filles cools et décomplexées et les activistes du mouvement Black Lives Matter, entre autres… tous y ont figuré. Elaine utilise cette tribune mainstream afin d’éveiller son lectorat aux sujets qui gangrènent la société américaine et par extension, la nôtre. A seulement 30 ans, la première rédactrice en chef afro-américaine de Condé Nast a changé la face du journalisme, un journalisme à la fois politique, féministe, conscient, intelligent et inclusif. Via Teen Vogue, elle propose une plateforme ouverte et crée un sentiment de communauté, dans cette société hyper-connectée, non plus basé sur la superficialité des magazines dits féminins. Son travail est authentique aussi bien dans la forme que dans le fond. Toujours à la recherche de nouveaux points de vue et de nouvelles narrations, je suis, également, convaincue qu’il est important de se confronter aux meilleurs contenus pour en offrir, à son tour, un remarquable. Je vous invite à checker l’excellent « Elaine Welteroth, Teen Vogue’s Refashionista » écrit par Jazmine Hugues pour le New York Times. Une réelle source d’inspiration.

L’oiseau rare, Lydie La Peste

J’ai rencontré Lydie Alberto alias Lydie La Peste à  La Colonie, à deux pas de la Gare du Nord, dans le cadre d’un entretien pour i-D France. Elle était en compagnie de Carmel Loanga, une de ses acolytes de Swaggers, un collectif de danse exclusivement féminin créé par la chorégraphe Marion Motin. Son attitude m’avait complètement ému dans Kamelemba, la vidéo afro-futuriste réalisée par Chris Saunders pour la chanteuse malienne, Oumou Sangaré. J’ai appris qu’en plus d’être une danseuse professionnelle, Lydie est également une chanteuse incroyable. J’ai été subjuguée par sa voix douce qui dégage un certain romantisme à des années-lumière de son style androgyne. Lydie La Peste est un oiseau rare qui écume les scènes underground de la capitale donc il me paraissait tout à fait naturel qu’elle inaugure la première playlist d’AWK Studio.

@gaelrapon

Je rencontre beaucoup de gens et je suis toujours intriguée par ce qu’ils peuvent raconter. Autour d’un verre, nous avions longuement échangé sur ces influences musicales qui l’ont forgées en tant qu’artiste, en tant qu’afro-descendante et en tant que femme. Lydie ne sait plus trop quand elle a commencé à chanter : « Ma grand-mère m’appelait « Orchestre » quand j’étais petite donc j’ai fait du boucan très tôt », se remémore-t-elle. De Mariah Carey en passant par le légendaire Mario de Franco et la bonne soul des années 90 début 2000, Lydie a sélectionné dix morceaux qui l’ont guidé et qui lui ont donné le désir de poursuivre une carrière artistique. Certes, je m’attendais à retrouver du Lauryn Hill et/ou du Missy Elliott mais j’ai été surprise de redécouvrir des perles dont j’avais oublié l’existence. Lydie La Peste a bien voulu nous donner un aperçu de son univers éclectique, une playlist à la hauteur de sa singularité. Pour les curieux, elle sera en concert à l’un des spots les plus cools de Paris, au Hasard Ludique, le 29 septembre prochain. Enjoy.

1 – THE ROOF / Mariah Carey : « Mariah m’a appris à chanter en anglais quand j’étais ado. J’avais un cahier où je traduisais ses morceaux et j’essayais de les chanter tout comme elle. » 2 – WINDOW SEAT / Erykah Badu : « Je voudrais être comme elle quand je serais grande sur scène comme dans la vie… son spirit, sa générosité. J’aurais aimé avoir ses mots pour régler certaines de mes relations. » 3 – ASSISE / Camille : « L’une des seules artistes françaises dont je kiffe l’univers. » 4 – WATER NO GET ENEMY / Fela Kuti : « Mon premier gros contrat en tant que professionnelle, j’ai dansé et chanté dans la comédie musicale Fela! à Londres où j’ai fait la connaissance de ce grand monsieur. » 5 – MARIO / Franco : « CLASSIC SHIT dans ma famille. On ne peut naviguer dans la vie musicale sans avoir des bases solides… Un classique de la rumba congolaise. Dédicace aux anciens et à la famille. » 6 – BITCH DON’T KILL MY VIBE / Kendrick Lamar : « Kendrick reigne dans l’ère 5000 après J.C… Merde, on est en 2017… Il est trop loin dans le game. Inspirant, il me pousse à voir mes morceaux plus loin que les mots, leur portée, le rapport à l’image… » 7 – VIDEO / India Arie : « Quand on est ado ou jeune adulte, on est bête. On se sent pas bien dans son corps. On se pose pleins de questions puis India Arie arrive avec ce track et tu te mets un crop top en hiver avec une brioche en guise de ventre en marchant la tête haute BECAUSE I AM A QUEEN #selfesteemisthekey » 8 – ALL NIGHT / Beyonce : « Beyonce mis tout le monde d’accord au Stade de France. Première fois que je vais au stade pour un concert. Première fois que je vais la voir en concert. Ce n’est pas Queen Bey, c’est une machine de guerre, indestructible… » 9 – CRANES IN THE SKY / Solange : « Quand ça va bien. Quand ça va pas. Quand on fait ses abdos. Quand on fait les courses. Quand on fait le ménage. Quand on sexe aussi… Un track multifonction que je saigne depuis qu’il est sorti et jusqu’à aujourd’hui (attends je le réécoute pour voir..?!) » 10 – NO ROOM FOR DOUBT / Lianne La Havas : « J’aurais voulu que ce track soit le mien… No room for doubt de Lydie La Peste. »

Marc Jacobs connait les références hip-hop sur le bout des doigts… un peu trop bien

Marc Jacobs a fait tout ce que je déteste dans la mode. Il s’est approprié des pièces qui existaient déjà et les a assemblées comme on le faisait déjà. Sa nouvelle collection n’est pas une inspiration du mouvement hip hop mais bel et bien, une interprétation pas personnelle pour un sou du mouvement hip-hop. Et c’est ça le problème, comment peut-on s’inspirer d’un mouvement, ce qui est légitime en soi, et ne rien y apporter d’original ? J’aime « scroller » (j’arrive pas à croire que je viens d’utiliser le verbe scroller !) sur Instagram et j’ai été intriguée par ces silhouettes déjà vues. Son défilé automne-hiver 2017 avait fait l’unanimité en février dernier, à mon grand désarroi.

@marcjacobs

En effet, il s’agit d’une combinaison de tout ce qui rend cette époque excitante : une pléthore de robes pulls, de la fourrure, des pantalons pattes d’eph’, des chaussures plateformes, de la laine bouclette, une sorte de réplique du bob Kangol, des sequins qui grattent, des grosses boucles d’oreille en or qui pèsent une tonne… Aucunes de ces pièces dissociées les unes des autres ne sont originales. Ma mère se sapait comme ça dans les années 80 et elle n’y connaissait rien à la culture hip hop, au funk… C’est ce qui rend les choses compliquées de nos jours, oui, quand est-ce que l’hommage prend fin pour ainsi, laisser place à la créativité ? Mais surtout, quand est-ce que le travail du créateur débute-t-il vraiment ?

Aucunes de ces pièces dissociées les unes des autres ne sont originales. Ma mère se sapait déjà de cette façon dans les années 80 et elle n’y connaissait rien à la culture hip-hop, au funk…

Beaucoup de designers ont, au moins une fois, tenté l’immersion urbaine. La collaboration Louis Vuiton X Stephen Sprouse sous la direction de Marc Jacobs a marqué ce tournant vers ce luxe très street. Ce fameux monogramme LV, tout le monde se l’arrachait. Pour rester dans le coup,  je m’étais acheté un foulard à la sauvette à Château Rouge. Personnellement, j’étais convaincue qu’il faisait vrai. D’ailleurs Marc Jacobs excelle dans ce domaine, le street chic. Il sait mieux que personne incorporer des éléments ou/et des accessoires que les gens de la rue voudront s’arracher. Le mec a su allier marketing et fashion avant l’heure, c’est-à-dire post réseaux sociaux, et il connaît la force d’un look photogénique.

J’aime Marc Jacobs, aussi bien durant son âge d’or en tant que créateur chez Louis Vuitton que pour sa propre griffe. J’ai toujours apprécié son esthétique, son côté New York intello et surtout sa laque ultra-brillante pour les lèvres, Enamored, couleur lavante. Tout a, toujours, l’air si chic et en même temps complètement désinvolte et c’est sans doute ce qui explique qu’il est l’un des acteurs majeurs de la mode américaine et internationale. Après tout ce bla bla, je vais être honnête, Marc ne me fait plus rêver. Je ne sais pas si le net rend le game encore plus fou ou cette nécessité de devoir se surpasser à chaque saison ? Je vous avoue ne pas savoir cependant je note qu’il existe une pression qu’on ne peut imaginer, nous, mortels.

La mode s’inspire ouvertement de la rue/internet pour ainsi discriminer à l’achat ces mêmes gens qui y sont issus.

Louis Vuitton, Balmain, Chanel, Gucci, Givenchy… s’entichent de cette génération hyper-connectée pour mieux nous faire acheter à prix forts des styles que nous portions déjà inconsciemment, que nos parents portaient pendant leur jeunesse. Elle s’inspire ouvertement de la rue/internet pour ainsi discriminer à l’achat ces mêmes gens qui y sont issus. Ce qui est complètement stupide. A chaque saison sa tendance, son créateur fétiche et sa supercherie. L’art est usurpé par le business et la grande éloquence de designers dopés à la flatterie. L’industrie de la haute couture est, à mon sens, une arnaque pour toutes ces différentes raisons.

Instagram nous fait découvrir des choses et c’est super mais dans ce monde où tout va toujours plus vite, la créativité ne suit pas forcément. Dans cette culture de « j’ai toujours fait tout seul car je suis un artiste » ou « j’ai invoqué l’esprit du défunt Dapper Dan toujours en vie dixit Gucci », il n’y a qu’un pas. Pour son show printemps-été 2017, l’histoire des dreadlocks m’avait énervé. Sa réponse face aux critiques était épique. Marc ne voit ni les couleurs et encore moins l’appropriation culturelle. A ses yeux, toutes les femmes sont blanches et maigres et le monde est plus merveilleux ainsi. Alors cette fois pour pomper au mouvement quoi de mieux que de faire appel à ce mouvement pour légitimer son vol et ainsi s’éviter la foudre des médias. Aussi simple que ça !

Kelis Rogers, l’enfant terrible du style

L’ex de Nas est la personnification de l’anticonformisme à l’état pur, une anthologie modesque à elle toute seule. A 38 ans, Kelis a tout expérimenté avant les minettes de la pop culture comme côtoyer le so hype Pharell Williams bien avant qu’il fasse le malin avec Lupita Nyong’o, combiner effrontément le rnb et l’electro, s’hasarder dans les mélanges d’imprimés tribaux et rigolos, expérimenter les colorations capillaires tendance seapunk, provoquer pour provoquer et surtout être l’une des premières à succomber à la fameuse coupe garçonne attribuée à tort à Rihanna. La pauvre, on a lui tout pompé. Rendons à Kelis ce qui appartient à Kelis, sérieux !

@coveteur

L’interprète de my milkshake brings all the boys to the yard, que je fredonnais avec plus ou moins d’assurance, a toujours été une valeur sûre musicale et stylistique. La plus européenne des américaines a donné vie au son particulier des Neptunes. Il y a de ces associations qui marqueront le R’n’B US à jamais, le son Aaliyah et Timbaland mais également le son Kelis et The Neptunes. Novateur, unique, visionnaire, il a impacté une décennie. C’était biologique voire naturel. Kelis a ce charisme, cette bad attitude, cette nonchalance, qui rappelle aujourd’hui, dans une moindre mesure, Rihanna. Elle avait tout bon dès le début, peut-être un peu trop tôt.

Kelis a ce charisme, cette bad attitude, cette nonchalance, qui rappelle aujourd’hui, dans une moindre mesure, Rihanna. Elle avait tout bon dès le début, peut-être un peu trop tôt.

Tout lui va. Vous l’aurez noté les cheveux chez Kelis, c’est une histoire d’amour sans bornes, fidèle à son afro, il est travaillé pour l’occasion en une cascade de grosses boucles accompagnée d’une pagaille de robes cintrées, de lunettes papillon à la Jackie O et de cils à la Betty Boop. Un style années 60 revisité que les suiveurs pourront copier à volonté. Vous l’aurez noté les cheveux chez Kelis, c’est une histoire d’amour sans bornes, fidèle à son afro, il est travaillé pour l’occasion en une cascade de grosses boucles accompagnée d’une pagaille de robes cintrées, de lunettes papillon à la Jackie O et de cils à la Betty Boop.

Motivée par l’envie de poser sa propre griffe, son approche créative est empreint d’une très grande sincérité, sans réelle motivation marketing. Quitte à être ridicule, elle ne lâche rien. Faut l’avouer, son délire « statue de la liberté sous amphèt’ tombée dans un pot de peinture et affiliée à un gang d’Indiens d’Amazonie », c’était limite flippant. Certes la folie lui va si bien, c’est d’ailleurs le ciment de sa carrière mais elle a trop poussé pour le coup. Flesh Tone a été un virage à 200 degrés, dont seule une Lady Gaga peut mainstreamiser. Après ce désastre oculaire et ce passage à vide mérité, j’avais oublié à qu’elle point Kelis est un canon intergalactique. 

Kelis a un dressing à l’image de sa discographie, complètement dérangée avec pour seul fil conducteur son impulsivité. Chaque album est une totale immersion dans son univers singulier, témoignant de son irrévérence fashion.

The Coveteur nous l’a donc rappelé. En ouvrant, sa caserne d’Ali Baba au magazine en ligne, on s’aperçoit promptement que l’artiste a un dressing à l’image de sa discographie, complètement dérangée avec pour seul fil conducteur son impulsivité. Chaque album est une totale immersion dans son univers singulier, témoignant de son irrévérence fashion. Celle qui s’est mariée en robe verte, peut tout enfiler. Connue pour être complètement allumée, le tutu rose et t-shirt avec la cochonne déculottée prouvent que la chanteuse ne s’est pas assagie.