La campagne afro-optimiste de Casting Crème Gloss de L’Oréal Paris Brasil

@iza @loreal

Je suis tombée sur le clip promotionnel d’Iza, une chanteuse afro-brésilienne, sorti en septembre dernier pour la marque de cosmétiques la plus populaire au monde, L’Oréal Paris. Il y a enfin tout ce qu’il faut : un son entraînant, un message féministe, une pléthore de têtes connues du grand public brésilien et des visuels plutôt pop. La campagne Casting Crème Gloss de L’Oréal Paris Brasil a voulu frapper fort en dégainant le casting de la mort. La chanteuse Iza en compagnie de Tais Araújo, Flavia Pavanelli et Ju Nalu, elles aussi représentantes de la marque, scandent à tout va « Esse Brilho E Meu – Cet éclat est le mien ». En faisant appel à une porte-parole noire à la peau foncée, faut pas rêver une mais pas deux, la publicité entérine sensiblement des années de White Washing. Un procédé consistant à ne dépeindre qu’une catégorie de personnes, de surcroît blanche, à l’écran donnant ainsi une image faussée de la réelle proportion de noirs dans la société brésilienne. Régulièrement accusée d’éclaircir ses égéries, L’Oréal a fait tout le contraire. Oui, une femme noire non afro-américaine a enfin le premier rôle dans une publicité au Brésil. Soyons clairs, ce n’est pas souvent que cela arrive. Les cheveux tressés, la peau ébène et les hanches développées, Iza semble être une version peu originale de Beyoncé, Nicki Minaj, Rihanna et tout ce que le baile funk peut offrir de vulgaire mais on fera avec. Je n’ai pas été intriguée par cette pop édulcorée qui sonne un peu faux parfois mais elle a le mérite de répondre à nos interrogations : oui nous sommes assez belles pour apparaître à l’écran, non notre peau n’a pas besoin d’être plus claire pour être attrayante, oui nous aussi nous pouvons voir des filles qui nous ressemblent sur les produits que nous achetons… enfin le dernier, je ne suis pas encore certaine que ça se fasse vite, encore un petit pas. C’est étrange de s’extasier devant quelque chose qui devrait être de l’ordre de la normalité mais nous en sommes arrivés là. En association avec Casting Crème Gloss de L’Oréal, Iza propose de quoi rajeunir la marque et capter ces consommatrices aux teints non conventionnels qui n’attendent que ça, être prises pour de réelles consommatrices. En fin de compte, tout le monde y gagne.

« Sourire ne fait pas gagner des médailles d’or » – Simone Biles

@the_gentlewoman

J’ai été littéralement happée par le body vert métallisé de The Gentlewoman. Sur la couverture Simone Biles y est à la fois mignonne et puissante. Je ne pouvais qu’y succomber donc je l’ai acheté à 0fr, la librairie la plus cool de Paris, non loin du Carreau du Temple. J’apprécie qu’il y ait autre chose que des chanteuses et stars de cinéma sur les couvertures de magazines indé. Je l’ai regardé tout rafler aux J.O de Rio et moi, qui déteste mater le sport à la télévision, j’ai kiffé voir mes sistas tout donner sur le tapis. Adoptée, noire, petite et originaire du Texas, son parcours peut nous faire chialer mais Simone Biles reste avant tout une gymnaste féroce. Sa punchline légendaire « sourire ne fait pas gagner des médailles d’or » à marquer les esprits, à marquer mon esprit. Je crois qu’on s’attache vite au personnage pour la simple et bonne raison que rien ne s’est construit sans difficulté, sans travail et sans concentration. Simone Biles est une battante. A seulement 20 ans, elle est triple championne du monde au concours général, triple championne du monde au sol et double championne du monde à la poutre et les jeux de Tokyo 2020 risquent d’être épiques. La meuf a inventé une figure. Ouais, une figure porte son nom parce qu’elle est la seule sur terre à pouvoir l’exécuter. C’est complètement fou. Et ce sont le genre d’histoires qu’on aimerait lire et relire, en fait.

Les gens les plus cools de la mode parisienne sont à St Ouen

J’aime sa vision éthique et naturelle de repousser les limites de la mode et Casa Geração 93 continue dans cette même lancée. J’ai rencontré Nadine Gonzalez au salon de la mode éthique à Paris à l’époque où je rêvais de bosser dans la mode. Rien n’a réellement changé, le discours est le même, la volonté de tout bousculer est la même et son sourire naturel transparaît comme quand nous nous sommes rencontrées 10 ans plus tôt. Nadine était déjà à la tête de Modafusion avec Andrea Fasanello et à l’époque, je me disais : « mais qu’est-ce que peut bien foutre une française dans les favelas de Rio ? ». Elle a mis Vidigal, l’une des plus importantes favelas de la ville de Rio de Janeiro, sur les calendriers de la mode et aujourd’hui, elle s’attaque à St Denis. En tenant son pari au Brésil, Nadine duplique son modèle d’école de mode libre et engagée dans un département qui n’a rien de glamour, le 93. Nous nous sommes entretenues quelques minutes lors des entretiens de candidats au Mob Hotel, c’était super de la revoir.

@awk-studio

Alors comment se passent les entretiens, il y a des perles ? Oui, nous venons d’avoir une jeune fille qui depuis 7 ans est attirée par l’univers manga. Elle veut partir à quoi 18 ans, 19 ans, c’est tout jeune. Elle sait déjà qu’elle part pendant un mois et elle se prépare à créer sa marque là-bas donc pour l’instant, elle écoute sa musique sud-coréenne. Ah, j’ai adoré ! Et pourtant, elle n’est pas du tout stylée, aucune identité, normale et même presque pas bien du tout mais en fait, c’est dans sa tête. C’est génial. Et y en a des plus médiocres ? Ouais, ouais. Aujourd’hui, nous avons vraiment eu de tout. C’est quoi être médiocre pour toi ? C’est-à-dire qu’il y en a qui sont lisses. Ce n’est pas être médiocre mais lisse. Nous, nous voulons des jeunes qui vont faire la différence et qui vont faire évoluer la mode. J’ai vu certains jeunes qui pensent comme tous les autres, qui ne vont pas apporter quelque chose de différent donc c’est mieux qu’ils aillent dans une autre école de mode.

Nous n’avons pas une équipe qui vient exclusivement du monde de la mode. Les intervenants ne sont pas de vrais professeurs mais ils ont tous le désir de faire bouger les choses parce qu’il y a une demande. Il y a un besoin autant du milieu de la mode de faire bousculer un peu tout ça et pour ces jeunes aux talents complètement inexploités, l’aventure me semble assez logique.

Quel était leur problème, ils n’avaient pas d’identité ? Parce que bien sûr que Casa Gereçao est une école gratuite. Nous, nous enseignons d’une manière différente. Nous faisons le recrutement d’une manière différente et eux, ils doivent créer d’une façon différente. Nous ne voulons pas qu’ils fassent une révolution de la mode. Nous ne voulons pas qu’ils cassent le truc. Nous ne voulons pas non plus qu’ils la suivent. Nous voulons qu’ils la fassent évoluer, évoluer dans l’air du temps. Nous sommes spécifique parce que nous ne sommes pas dans une vraie école. Nous n’avons pas une équipe qui vient exclusivement du monde de la mode. Les intervenants ne sont pas de vrais professeurs mais ils ont tous le désir de faire bouger les choses parce qu’il y a une demande. Il y a un besoin autant du milieu de la mode de faire bousculer un peu tout ça et pour ces jeunes aux talents complètement inexploités, l’aventure me semble assez logique. C’est vraiment une école à l’esprit ouvert et eux, aussi, il faut qu’ils nous montrent de nouvelles façons de créer. C’est important que nous soyons dans une même dynamique.

@awk-studio

Pourtant, il y a Esmod, plein d’écoles de mode à Paris, vous n’avez pas peur de la concurrence ? Non pas du tout. La chambre syndicale de la couture est venue. Il commence à sentir un petit buzz et ils veulent savoir. Nous avons une approche différente. Puis, nous ne sommes pas une école déjà. Nous n’avons pas le droit de se faire appeler école. Nous sommes un complément de ces formations puisque ce que nous proposons n’est pas de la formation. Nous, nous sommes petits. Nous sommes vingt. Nous sommes flexibles et agiles. Nous ne sommes pas de gros mastodontes. Nous pouvons nous adapter. J’ai l’école depuis cinq promotions, je change, le programme évolue constamment. Nous sommes vivants. Nous sommes vraiment organiques. C’est plus facile pour nous et en même temps l’idée de récupérer tous ces jeunes, nous parlons de tous ces jeunes qui en cours de route abandonnent parce qu’ils n’ont pas assez d’argent et là, ils en ont plein. A 20 000 euros l’année ? Et ben oui, et maintenant, ce n’est même plus sur trois mais sur cinq ans, ça a changé ! Justement, ces jeunes qui ont du talent mais qui n’ont plus d’argent, ça nous intéresse de faire un partenariat là-dessus. Clairement, nous devons aller les chercher.

Nous sommes flexibles et agiles. Nous ne sommes pas de gros mastodontes. Nous pouvons nous adapter. J’ai
l’école depuis cinq promotions, je change, le programme évolue constamment. Nous sommes vivants. Nous sommes vraiment organiques.

Je remarque que la France ne produit pas de créateurs si audacieux comme ceux qui sortent d’écoles de mode en Grande-Bretagne, en Belgique ? Oui parce que c’est transversal, on leur apprend à devenir créatif, à mélanger le créatif et le marketing ainsi que la créativité associée à la technique alors qu’ici non, ils ne le font pas. Là, cinq ans pour faire de la technique. En même temps, c’est la spécificité de la France. En ce moment, je vois plein d’articles et je lis : « La France, le pays le moins coté en écoles de mode » parce qu’on est la vieille France et c’est vrai, « nous on apprend la haute couture », il n’y a plus de haute couture. C’est bien d’avoir sa spécificité mais pas toutes. Il y avait le Studio Berçot qui faisait des trucs géniaux, il avait ce côté très créateur. Après c’est sûr, une école, c’est également une personne. Nous sommes une école nouvelle génération. Ca c’est bien passé au Brésil, je pense qu’ici ça va bien se passer aussi.

@awk-studio

Ca continue au Brésil ? Oui. Ca ne va pas te manquer ? Tu sais, moi, j’ai fait 12 ans au Brésil. Je t’assure c’est fou parce que tout le monde me dit exactement la même chose. Au contraire, je suis contente de rentrer dans mon pays. Je me suis dit que je me suis entraînée toutes ces années pour venir chez moi, faire la même chose chez moi. C’est vachement bien pour moi qui suis partie pendant très longtemps. Tu as acquis plein de choses ? Au Brésil, ce n’était pas facile non plus. Ici, c’est complètement différent. Ici, c’est lentement mais sûrement. Là-bas, c’est speed mais y a rien qui se passe. Au Brésil, des talents se sont démarqués ? Nous étions à la Fashion Week l’année dernière à Sao Paulo. Nous avons fait défiler sept créateurs. C’était une collection collective.Nous avons fait un défilé Casa Geraçao qui comprenait les collections des sept créateurs. Et là, c’était incroyable parce que, du coup, nous avons été reconnu par la presse. Les Vogue, les Elle ont commencé à parler de nous et les élèves ont tous trouvé du boulot. Un article est paru dans la presse et dans les dix talents émergents de tout le Brésil, il y en a quatre de notre école. T’imagine, nous on était l’école, tu vois, sans réel moyen.

Nous avons fait un défilé Casa Geraçao qui comprenait les collections des sept créateurs. Et là, c’était incroyable parce que, du coup, nous avons été reconnu par la presse. Les Vogue, les Elle ont commencé à parler de nous et les élèves ont tous trouvé du boulot. Un article est paru dans la presse et dans les dix talents émergents de tout le Brésil, il y en a quatre venant de notre école. T’imagine, nous on était l’école, tu vois, sans réel moyen.

Quelles sont tes ambitions avec ces nouveaux candidats ? En fait, nous cherchons des jeunes de 18-25 ans, sans condition de diplômes très motivés mais surtout passionnés de mode et avec leur propre univers. Il s’agit avant tout de les orienter parce que ce sont les détails qui font que nous allons nous rendre compte de leurs différences. Au final, ce que nous voulons, c’est que nous en en trouvions douze qui travaillent ensemble, un bon collectif mais ayant tous une vision de la mode différente. Il faut qu’ils se complètent tout en ayant une vision différente de la mode. La prépa, c’est l’épanouissement personnel. Nous allons leur montrer les valeurs de l’école. Dix valeurs sur douze semaines et à la fin, ils vont nous présenter leur propre valeur. C’est vraiment eux et leur personnalité. Ils vont nous présenter leurs valeurs ainsi qu’aux autres étudiants. C’est alors qu’aura lieu les entretiens collectifs. On va tester tout ça et on va en choisir douze.

@awk-studio


A Rio de Janeiro, ça se passait également de cette manière ?
Un petit peu c’est-à-dire que j’ai dû l’adapter. Au Brésil, nous avions une phase de prépa beaucoup plus courte et la phase de formation beaucoup plus longue. Nous nous adaptons ici au système des semestres. Nous faisons une formation de 6 mois et ensuite la partie incubation. Nous les accompagnons dans leurs projets et cela dépend de la maturité de celui-ci. Au mois de juillet, il y a une évaluation et des douze, nous verrons ceux qui sont prêts. Nous les accompagnons soit à créer un magazine, une marque, une boutique mais également les aider dans leur recherche de stage ou d’emploi. Nous travaillons aussi avec des bureaux de recrutement. La formation se compose de plusieurs parties. Nous avons une grosse partie Idea et communication image, une partie plus produit savoir-faire manuel, une partie plus créative et la collection collective. Puis après, il y a les projets spéciaux, des cas pratiques où il s’agit vraiment de travailler avec des entreprises. Nous avons la partie anthropologique et sociologique que nous appelons « esthétiques de la périphérie » en collaboration avec un bureau de tendances. Tout ça, en fonction de la demande. Vous faîtes travailler la ville ? Nous tissons des liens au maximum. Nous allons beaucoup travailler aux Puces de St Ouen. Nous aurons une boutique aux Puces. Nous allons travailler avec l’école de cinéma, faire notre site et notre fashion film et avec l’école du design afin d’étudier le vêtement, en tant qu’objet. Les cours auront-ils lieu au sein du Mob Hotel ? Tous les cours auront lieu ici. Tout ce qui est technique et pratique, nous allons travailler dans les ateliers d’associations de femmes couturières à St Denis et/ou dans l’île St Denis comme au Brésil. C’est transgénérationel, c’est important.

La promotion canapé a désormais un nouveau nom

@ideat

L’affaire Harvey Weinstein va au-delà d’Harvey Weinstein lui-même. Elle nous concerne tous. Il s’agit avant tout d’un système d’impunité, une sorte de cercle vicieux où chacun à sa part de responsabilité. En d’autres termes, tout le monde savait ce qui se tramait et tout le monde avait sûrement une raison financière de fermer de sa bouche. Hollywood est le problème dont Weinstein est le produit. Je crois que la presse a besoin d’une nouvelle tête d’affiche car ces méthodes ne sont pas nouvelles. Harvey n’a pas inventé les règles du jeu de la promotion canapé, il les a perfectionné. Il se croyait tout-puissant car il l’était. The New York Times a balancé le morceau en premier, suivi par The New Yorker, et la terre entière questionne les agissements de ce producteur indépendant qui transformait les filmographies en or. En tout cas, les victimes n’y vont plus de main morte. L’actrice d’origine italienne Asia Argento enfonce le clou et l’accuse de viol. Emma de Caunes témoigne et parle d’exhibitionnisme. Gwyneth Paltrow, elle, qualifie ce qui lui est arrivé d’agression sexuelle et dans la foulée, sa femme et copropriétaire de la marque Marchesa, Georgina Chapman se barre mais bien sûr personne n’était au courant. Parmi elles, une voix n’avait cessé de s’insurger, celle de Rose Mc Gowan. Il rejoint donc le chanteur r’n’b R. Kelly, le réalisateur new-yorkais Woody Allen dont son fils présumé Ronan Farrow aurait rendu l’investigation publique, Dov Charney l’ex-PDG controversé d’American Apparel ou encore le photographe à la grosse monture, Terry Richardson et Roman Polanski en cavale depuis 30 ans dans un chalet suisse ou au Festival de Cannes, sur la liste des pervers les plus brillants de la planète. J’avais oublié Bill Cosby. Face à un homme puissant qui a le pouvoir de faire ou de défaire une carrière, c’est compliqué de dire non et je crois qu’il est temps que le débat ait réellement lieu. Est-ce la fin d’un modèle patriarcal, machiste ou encore dominant ? Il s’agit plutôt de l’urgence d’éduquer filles et garçons sur la nécessité de savoir dire ce non-là parce qu’il y a une différence tacite entre consentir et subir. Brûlons enfin cette idée stupide qu’il faille forcément passer à la casserole pour obtenir le job de ses rêves, un statut social, une promotion, une paire de chaussures… Si nous le voulons et si nous ne traitons pas cette affaire comme une simple actualité mais comme un droit à ne pas se sentir vulnérable et ce peu importe le rapport de forces qui s’exerce devant nous, ça sera peut-être la fin d’un modèle où les humains passent avant l’argent. Mouais, peut-être.