La fascination Basquiat

Jean-Michel Basquiat

La pop culture s’approprie de temps à autre un artiste, un style vestimentaire, un aliment pour ses diverses vertus…  Il y a eu la vague Frida Kahlo qui fascine autant qu’elle révulse. A la fois icône lesbienne, hispanique, afro quelque chose, féministe, Kahlo est devenue une figure moderne et une réponse fantasmée à toutes nos problématiques d’émancipation. Son art est empreint de souffrance, d’amour, de jalousie, de fleurs, d’un rapport à la beauté singulier et de difficultés sur sa condition d’artiste féminine handicapée, le tout dans un Mexico du début du XXème dont on imagine difficilement l’ambiance. Je crois que ça fait écho à notre époque, ce besoin de constamment retourner dans le passé pour trouver des réponses à ces malaises contemporains. Jean-Michel Basquiat, à mon sens, dans la même veine que Frida Kahlo, a eu son parcours fracassant, fascinant et curieusement intéressant. D’origine haïtienne et portoricaine, artiste-peintre autodidacte, musicien, pionnier de l’underground new yorkais, il a commencé en graffant le sigle SAMO (Same Old Shit) sur les trains. Il a fréquenté le gratin, il était l’ami d’Andy Warhol, une autre figure incontournable de l’art contemporain new-yorkais. Basquiat a su transposer à travers ses griffonnages compulsifs, sa vision infantile et à la fois mature d’un art qui aurait pu rester marginal. Décédé d’une overdose à 27 ans, Basquiat nous a laissé une oeuvre discutable et largement discutée. Je comprends cette fascination des médias pointus qui s’imaginent que la mélancolie de son époque correspond aux prémices de la nôtre. Au fond, je crois qu’on en parle parce que Basquiat est un artiste qui vend, un artiste noir mort qui vend. L’appropriation par la frange afropolitaine est compréhensible, mais elle édulcore son impact et revêt ouvertement le côté marketing qu’il dénonçait. On le placarde partout, sur des pulls comme P. Diddy ou Puff Daddy ou Sean Combs pour une collection capsule, en costume pour Halloween, on raconte les mêmes histoires et on en invente d’autres à son sujet alors qu’il est mort il y a 30 ans, sans penser une seule seconde à ce qu’il aurait vraiment voulu.