Jacquemus transpose la mode parisienne du rêve à la réalité

Jacquemus Printemps-Été 2018 par Alessandra Padovani

Je ne suis pas attentivement la semaine de la mode parisienne. J’ai le sentiment que Paris aime rester à côté de la plaque et constamment présenter les mêmes collections, avec les mêmes créateurs et que le sang ne se renouvelle jamais vraiment. Hedi chez Céline, puis chez Dior et chez YSL et dans le sens inverse, ça fonctionne aussi très bien. J’ai toujours su que la France n’avait pas confiance en sa jeunesse, le cas de Jacquemus se présente comme une sorte d’exception alors qu’elle devrait être la norme. Je vous avoue que je ne comprends pas grand chose au phénomène Jacquemus. Pour être honnête, je trouve ses fringues déjà vu et en même temps, c’est à des années-lumière de ce qui se trame dans les défilés parisiens. Il a eu l’audace de proposer des créations accessibles. L’inspiration vient d’ailleurs, tout en étant commune. C’est un sentiment d’ambiguïté qui m’a envahi quand j’ai vu sa collection intitulée « La Bomba » en hommage à sa mère disparue trop tôt et qui lui a donné le courage de se lancer. On nous le vend comme la nouvelle garde de la mode française, je ne suis pas encore convaincue par cela mais, il a eu le culot de déplacer la mode à Marseille, de transporter partout où il passe ce vent d’Orient et donner à la seconde ville de France un poids sur la scène internationale. Simon Porte Jacquemus a réussi à imposer l’idée que Marseille peut être une ville à l’avant-garde, une ville où la mode française s’exprime, une ville moins pète sec que Paris, une ville où la mode est réalité, où la mode n’est pas réservée à une élite, où la mode n’est pas un fantasme… J’étais heureuse de voir, enfin, un jeune créateur décomplexé partager son travail dans un lieu aussi dépaysant que le Musée Picasso et défendre son idée de la femme : une femme à la peau halée, au visage typé, une femme du sud, une femme d’orient. Pour lui, les sacs sont petits, les chapeaux sont grands et les couleurs sont organiques. Il n’a rien révolutionné, si peut être qu’il réussit, le temps d’un instant, à éradiquer ce snobisme accolé à la mode parisienne. Pour le moment, à 28 ans, Simon a le mérite de la décloisonner, certes juste un peu et c’est déjà pas mal !