Marc Jacobs connait les références hip-hop sur le bout des doigts… un peu trop bien

Marc Jacobs a fait tout ce que je déteste dans la mode. Il s’est approprié des pièces qui existaient déjà et les a assemblées comme on le faisait déjà. Sa nouvelle collection n’est pas une inspiration du mouvement hip hop mais bel et bien, une interprétation pas personnelle pour un sou du mouvement hip-hop. Et c’est ça le problème, comment peut-on s’inspirer d’un mouvement, ce qui est légitime en soi, et ne rien y apporter d’original ? J’aime « scroller » (j’arrive pas à croire que je viens d’utiliser le verbe scroller !) sur Instagram et j’ai été intriguée par ces silhouettes déjà vues. Son défilé automne-hiver 2017 avait fait l’unanimité en février dernier, à mon grand désarroi.

@marcjacobs

En effet, il s’agit d’une combinaison de tout ce qui rend cette époque excitante : une pléthore de robes pulls, de la fourrure, des pantalons pattes d’eph’, des chaussures plateformes, de la laine bouclette, une sorte de réplique du bob Kangol, des sequins qui grattent, des grosses boucles d’oreille en or qui pèsent une tonne… Aucunes de ces pièces dissociées les unes des autres ne sont originales. Ma mère se sapait comme ça dans les années 80 et elle n’y connaissait rien à la culture hip hop, au funk… C’est ce qui rend les choses compliquées de nos jours, oui, quand est-ce que l’hommage prend fin pour ainsi, laisser place à la créativité ? Mais surtout, quand est-ce que le travail du créateur débute-t-il vraiment ?

Aucunes de ces pièces dissociées les unes des autres ne sont originales. Ma mère se sapait déjà de cette façon dans les années 80 et elle n’y connaissait rien à la culture hip-hop, au funk…

Beaucoup de designers ont, au moins une fois, tenté l’immersion urbaine. La collaboration Louis Vuiton X Stephen Sprouse sous la direction de Marc Jacobs a marqué ce tournant vers ce luxe très street. Ce fameux monogramme LV, tout le monde se l’arrachait. Pour rester dans le coup,  je m’étais acheté un foulard à la sauvette à Château Rouge. Personnellement, j’étais convaincue qu’il faisait vrai. D’ailleurs Marc Jacobs excelle dans ce domaine, le street chic. Il sait mieux que personne incorporer des éléments ou/et des accessoires que les gens de la rue voudront s’arracher. Le mec a su allier marketing et fashion avant l’heure, c’est-à-dire post réseaux sociaux, et il connaît la force d’un look photogénique.

J’aime Marc Jacobs, aussi bien durant son âge d’or en tant que créateur chez Louis Vuitton que pour sa propre griffe. J’ai toujours apprécié son esthétique, son côté New York intello et surtout sa laque ultra-brillante pour les lèvres, Enamored, couleur lavante. Tout a, toujours, l’air si chic et en même temps complètement désinvolte et c’est sans doute ce qui explique qu’il est l’un des acteurs majeurs de la mode américaine et internationale. Après tout ce bla bla, je vais être honnête, Marc ne me fait plus rêver. Je ne sais pas si le net rend le game encore plus fou ou cette nécessité de devoir se surpasser à chaque saison ? Je vous avoue ne pas savoir cependant je note qu’il existe une pression qu’on ne peut imaginer, nous, mortels.

La mode s’inspire ouvertement de la rue/internet pour ainsi discriminer à l’achat ces mêmes gens qui y sont issus.

Louis Vuitton, Balmain, Chanel, Gucci, Givenchy… s’entichent de cette génération hyper-connectée pour mieux nous faire acheter à prix forts des styles que nous portions déjà inconsciemment, que nos parents portaient pendant leur jeunesse. Elle s’inspire ouvertement de la rue/internet pour ainsi discriminer à l’achat ces mêmes gens qui y sont issus. Ce qui est complètement stupide. A chaque saison sa tendance, son créateur fétiche et sa supercherie. L’art est usurpé par le business et la grande éloquence de designers dopés à la flatterie. L’industrie de la haute couture est, à mon sens, une arnaque pour toutes ces différentes raisons.

Instagram nous fait découvrir des choses et c’est super mais dans ce monde où tout va toujours plus vite, la créativité ne suit pas forcément. Dans cette culture de « j’ai toujours fait tout seul car je suis un artiste » ou « j’ai invoqué l’esprit du défunt Dapper Dan toujours en vie dixit Gucci », il n’y a qu’un pas. Pour son show printemps-été 2017, l’histoire des dreadlocks m’avait énervé. Sa réponse face aux critiques était épique. Marc ne voit ni les couleurs et encore moins l’appropriation culturelle. A ses yeux, toutes les femmes sont blanches et maigres et le monde est plus merveilleux ainsi. Alors cette fois pour pomper au mouvement quoi de mieux que de faire appel à ce mouvement pour légitimer son vol et ainsi s’éviter la foudre des médias. Aussi simple que ça !

Kelis Rogers, l’enfant terrible du style

L’ex de Nas est la personnification de l’anticonformisme à l’état pur, une anthologie modesque à elle toute seule. A 38 ans, Kelis a tout expérimenté avant les minettes de la pop culture comme côtoyer le so hype Pharell Williams bien avant qu’il fasse le malin avec Lupita Nyong’o, combiner effrontément le rnb et l’electro, s’hasarder dans les mélanges d’imprimés tribaux et rigolos, expérimenter les colorations capillaires tendance seapunk, provoquer pour provoquer et surtout être l’une des premières à succomber à la fameuse coupe garçonne attribuée à tort à Rihanna. La pauvre, on a lui tout pompé. Rendons à Kelis ce qui appartient à Kelis, sérieux !

@coveteur

L’interprète de my milkshake brings all the boys to the yard, que je fredonnais avec plus ou moins d’assurance, a toujours été une valeur sûre musicale et stylistique. La plus européenne des américaines a donné vie au son particulier des Neptunes. Il y a de ces associations qui marqueront le R’n’B US à jamais, le son Aaliyah et Timbaland mais également le son Kelis et The Neptunes. Novateur, unique, visionnaire, il a impacté une décennie. C’était biologique voire naturel. Kelis a ce charisme, cette bad attitude, cette nonchalance, qui rappelle aujourd’hui, dans une moindre mesure, Rihanna. Elle avait tout bon dès le début, peut-être un peu trop tôt.

Kelis a ce charisme, cette bad attitude, cette nonchalance, qui rappelle aujourd’hui, dans une moindre mesure, Rihanna. Elle avait tout bon dès le début, peut-être un peu trop tôt.

Tout lui va. Vous l’aurez noté les cheveux chez Kelis, c’est une histoire d’amour sans bornes, fidèle à son afro, il est travaillé pour l’occasion en une cascade de grosses boucles accompagnée d’une pagaille de robes cintrées, de lunettes papillon à la Jackie O et de cils à la Betty Boop. Un style années 60 revisité que les suiveurs pourront copier à volonté. Vous l’aurez noté les cheveux chez Kelis, c’est une histoire d’amour sans bornes, fidèle à son afro, il est travaillé pour l’occasion en une cascade de grosses boucles accompagnée d’une pagaille de robes cintrées, de lunettes papillon à la Jackie O et de cils à la Betty Boop.

Motivée par l’envie de poser sa propre griffe, son approche créative est empreint d’une très grande sincérité, sans réelle motivation marketing. Quitte à être ridicule, elle ne lâche rien. Faut l’avouer, son délire « statue de la liberté sous amphèt’ tombée dans un pot de peinture et affiliée à un gang d’Indiens d’Amazonie », c’était limite flippant. Certes la folie lui va si bien, c’est d’ailleurs le ciment de sa carrière mais elle a trop poussé pour le coup. Flesh Tone a été un virage à 200 degrés, dont seule une Lady Gaga peut mainstreamiser. Après ce désastre oculaire et ce passage à vide mérité, j’avais oublié à qu’elle point Kelis est un canon intergalactique. 

Kelis a un dressing à l’image de sa discographie, complètement dérangée avec pour seul fil conducteur son impulsivité. Chaque album est une totale immersion dans son univers singulier, témoignant de son irrévérence fashion.

The Coveteur nous l’a donc rappelé. En ouvrant, sa caserne d’Ali Baba au magazine en ligne, on s’aperçoit promptement que l’artiste a un dressing à l’image de sa discographie, complètement dérangée avec pour seul fil conducteur son impulsivité. Chaque album est une totale immersion dans son univers singulier, témoignant de son irrévérence fashion. Celle qui s’est mariée en robe verte, peut tout enfiler. Connue pour être complètement allumée, le tutu rose et t-shirt avec la cochonne déculottée prouvent que la chanteuse ne s’est pas assagie.

Le rêve africain selon Sarah Diouf

Sarah Diouf est la personnification de l’entrepreneure par excellence et une militante invétérée du rêve africain. Je suis tombée sur son vlog par pur hasard. Sa vie me fait rougir de jalousie. On a juste l’impression qu’elle ne dort jamais et surtout qu’à côté, elle nous fait passer pour des petites joueuses. Sarah fait 10 000 choses à la fois et le fait bien. Je suis personnellement fan de la qualité des visuels de son magazine Noir, de sa marque Tongoro , de tout ce qui tourne autour d’Ifren Media et de sa vie publique, du moins ce qu’elle nous laisse voir.

Sarah Diouf

Dans ces petits morceaux du quotidien, Sarah nous fait part de ses frustrations, des réels challenges que représentent l’entreprenariat au Sénégal et surtout sur sa résilience à faire de Tongoro, un Asos made in Africa. On a pu apercevoir son fameux it-bag, le Mburu bag (il m’en faut un !), dans Insecure ou encore, la polémique autour du vol dudit sac par le label de haute couture française, Yves Saint Laurent. Les vidéos sont joliment réalisées, tout en restant fidèle à son esthétique. Je suppose, d’ailleurs, que nous ne voyons que les prémices du rêve qu’elle a en tête. Je suis admirative de son travail fourni, de sa vision classe, épurée et très parisienne en fin de compte.

L’image est primordiale, et « vendre l’Afrique », consiste avant tout à véhiculer une image moderne, séduisante et esthétique d’un continent que l’on a longtemps dévalué.

Je crois que Sarah a compris une chose qui n’échappe à personne, l’image est primordiale, et « vendre l’Afrique », comme j’aime le dire, consiste avant tout à véhiculer une image moderne, séduisante et esthétique d’un continent que l’on a longtemps dévalué à coups de grandes affiches sur les guerres, la famine et la pauvreté… Et, je lui suis reconnaissante sur cela. J’ai eu l’occasion de l’interviewer pour mon premier papier pour le Monde Afrique, « L’Afro-muppie, une working girl hyper-connectée« . Son discours n’a pas changé, pas d’un chouia.

Je vous avouerais que j’ai longtemps été sceptique. Comment peut-on tout mener de front ? Le rêve africain existe-t-il vraiment ? Je sais que cette question peut paraître naïve ou encore, négative mais c’est exactement ce que j’en ai pensé en voyant tout ça. Sarah est indéniablement une It Girl, et non pas dans le sens hyper restrictif de ce que cela représente. Elle est consciente de l’ère dans laquelle nous vivons et met à profit tout ce qu’elle peut lui procurer au service de son business. Et, c’est du génie. Sarah est par ce biais le produit d’une jeunesse issue de la diaspora décomplexée, ouvert sur le monde et une ambassadrice de charme pour le Sénégal.