Solange, l’audacieuse

@paigecampbelllinden

Milan est colorée, Paris est coco, Londres est excentrique et New York est audacieuse. Deux fois par an, pendant plus d’une semaine, chacune de ces villes s’expriment à sa façon et rivalisent de charme. Une bataille de street style est lancée. La Fashion Week de New York est, à mon sens, la plus intéressante. J’ai l’impression qu’à New York plus qu’ailleurs, il n’y a pas de règle, il faut marquer le coup, faire un truc complètement fou pour se démarquer de la foule sans forcément jouer la carte de l’ostentation car l’air de rien le minimaliste à la Calvin Klein est encore de rigueur. À mon avis, c’est l’endroit où il faut être et faire preuve de créativité sans tomber dans les clichés car New York est trépidante, rêveuse et cosmopolite. Bien sûr que ce n’est pas le meilleur style capillaire de Solange Knowles cependant il a le mérite d’être temporaire et de ne pas passer inaperçu. Il n’aurait pas eu le même intérêt à Paris. C’est effectivement ce qui rend son approche de la mode captivante. C’est recherché, sans trop l’être, arty mais facile à porter et platine sans être plastique. Ce n’est jamais trop, jamais tiré à quatre épingles, sans jamais se compromettre tout en restant effortless. De plus, Solange Knowles Ferguson arrive à faire un clin d’oeil à ses racines africaines et ça, c’est surement le statement le plus cool de la semaine de la mode.

Dapper Dan et Gucci, une love story qui a commencé par un vol…

@gucci

La collaboration soudaine entre Dapper Dan et Gucci sent le mea culpa à plein nez. J’aime la mode pour diverses raisons et bien sûr, je la déteste pour ces mêmes raisons. La mode ou plus précisément l’industrie de la mode est essentiellement élitiste. Cette vulgarisation me sidère. Comment peut-on puiser dans le génie d’un mec comme Dapper Dan qui a compris les besoins de sa clientèle exclue d’un point de vue économique, raciale et sociale et en faire une collection vendue à des midinettes incultes de la pop ? Qu’est-ce qui empêchait le directeur artistique, Alessandro Michele, de faire appel aux services de Dapper Dan au préalable et ainsi proposer une rétrospective de la culture hip hop des années 80 ? Et si les réseaux sociaux n’avaient pas pointé du doigt ce plagiat désinvolte ? Ce mec a créé le mouvement « Fresh », permettant à des afro-américains de se sentir stylés, existés et d’être vus. Il ne fallait pas grand chose et il le savait : une dose créativité, du clinquant, du bling bling et assez de cran pour se pavaner avec des manches parachutes. Rien de plus. Dapper Dan n’a pas eu tort de s’associer à la griffe italienne. La collection capsule sera présente dans toutes les boutiques Gucci dès le printemps prochain. Je crois que par le biais de cette collaboration, il fera revivre l’esthétisme et la flamboyance de son quartier, Harlem et ainsi que son époque. Une collaboration qui pourrait bien signer le grand retour du designer, Dapper Dan. Il a juste senti le vent tourner en sa faveur, pourquoi lui en vouloir, ce serait con de sa part de ne pas faire renaître un courant dont il est l’initiateur.

Marc Jacobs connait les références hip-hop sur le bout des doigts… un peu trop bien

Marc Jacobs a fait tout ce que je déteste dans la mode. Il s’est approprié des pièces qui existaient déjà et les a assemblées comme on le faisait déjà. Sa nouvelle collection n’est pas une inspiration du mouvement hip hop mais bel et bien, une interprétation pas personnelle pour un sou du mouvement hip-hop. Et c’est ça le problème, comment peut-on s’inspirer d’un mouvement, ce qui est légitime en soi, et ne rien y apporter d’original ? J’aime « scroller » (j’arrive pas à croire que je viens d’utiliser le verbe scroller !) sur Instagram et j’ai été intriguée par ces silhouettes déjà vues. Son défilé automne-hiver 2017 avait fait l’unanimité en février dernier, à mon grand désarroi.

@marcjacobs

En effet, il s’agit d’une combinaison de tout ce qui rend cette époque excitante : une pléthore de robes pulls, de la fourrure, des pantalons pattes d’eph’, des chaussures plateformes, de la laine bouclette, une sorte de réplique du bob Kangol, des sequins qui grattent, des grosses boucles d’oreille en or qui pèsent une tonne… Aucunes de ces pièces dissociées les unes des autres ne sont originales. Ma mère se sapait comme ça dans les années 80 et elle n’y connaissait rien à la culture hip hop, au funk… C’est ce qui rend les choses compliquées de nos jours, oui, quand est-ce que l’hommage prend fin pour ainsi, laisser place à la créativité ? Mais surtout, quand est-ce que le travail du créateur débute-t-il vraiment ?

Aucunes de ces pièces dissociées les unes des autres ne sont originales. Ma mère se sapait déjà de cette façon dans les années 80 et elle n’y connaissait rien à la culture hip-hop, au funk…

Beaucoup de designers ont, au moins une fois, tenté l’immersion urbaine. La collaboration Louis Vuiton X Stephen Sprouse sous la direction de Marc Jacobs a marqué ce tournant vers ce luxe très street. Ce fameux monogramme LV, tout le monde se l’arrachait. Pour rester dans le coup,  je m’étais acheté un foulard à la sauvette à Château Rouge. Personnellement, j’étais convaincue qu’il faisait vrai. D’ailleurs Marc Jacobs excelle dans ce domaine, le street chic. Il sait mieux que personne incorporer des éléments ou/et des accessoires que les gens de la rue voudront s’arracher. Le mec a su allier marketing et fashion avant l’heure, c’est-à-dire post réseaux sociaux, et il connaît la force d’un look photogénique.

J’aime Marc Jacobs, aussi bien durant son âge d’or en tant que créateur chez Louis Vuitton que pour sa propre griffe. J’ai toujours apprécié son esthétique, son côté New York intello et surtout sa laque ultra-brillante pour les lèvres, Enamored, couleur lavante. Tout a, toujours, l’air si chic et en même temps complètement désinvolte et c’est sans doute ce qui explique qu’il est l’un des acteurs majeurs de la mode américaine et internationale. Après tout ce bla bla, je vais être honnête, Marc ne me fait plus rêver. Je ne sais pas si le net rend le game encore plus fou ou cette nécessité de devoir se surpasser à chaque saison ? Je vous avoue ne pas savoir cependant je note qu’il existe une pression qu’on ne peut imaginer, nous, mortels.

La mode s’inspire ouvertement de la rue/internet pour ainsi discriminer à l’achat ces mêmes gens qui y sont issus.

Louis Vuitton, Balmain, Chanel, Gucci, Givenchy… s’entichent de cette génération hyper-connectée pour mieux nous faire acheter à prix forts des styles que nous portions déjà inconsciemment, que nos parents portaient pendant leur jeunesse. Elle s’inspire ouvertement de la rue/internet pour ainsi discriminer à l’achat ces mêmes gens qui y sont issus. Ce qui est complètement stupide. A chaque saison sa tendance, son créateur fétiche et sa supercherie. L’art est usurpé par le business et la grande éloquence de designers dopés à la flatterie. L’industrie de la haute couture est, à mon sens, une arnaque pour toutes ces différentes raisons.

Instagram nous fait découvrir des choses et c’est super mais dans ce monde où tout va toujours plus vite, la créativité ne suit pas forcément. Dans cette culture de « j’ai toujours fait tout seul car je suis un artiste » ou « j’ai invoqué l’esprit du défunt Dapper Dan toujours en vie dixit Gucci », il n’y a qu’un pas. Pour son show printemps-été 2017, l’histoire des dreadlocks m’avait énervé. Sa réponse face aux critiques était épique. Marc ne voit ni les couleurs et encore moins l’appropriation culturelle. A ses yeux, toutes les femmes sont blanches et maigres et le monde est plus merveilleux ainsi. Alors cette fois pour pomper au mouvement quoi de mieux que de faire appel à ce mouvement pour légitimer son vol et ainsi s’éviter la foudre des médias. Aussi simple que ça !

Kelis Rogers, l’enfant terrible du style

L’ex de Nas est la personnification de l’anticonformisme à l’état pur, une anthologie modesque à elle toute seule. A 38 ans, Kelis a tout expérimenté avant les minettes de la pop culture comme côtoyer le so hype Pharell Williams bien avant qu’il fasse le malin avec Lupita Nyong’o, combiner effrontément le rnb et l’electro, s’hasarder dans les mélanges d’imprimés tribaux et rigolos, expérimenter les colorations capillaires tendance seapunk, provoquer pour provoquer et surtout être l’une des premières à succomber à la fameuse coupe garçonne attribuée à tort à Rihanna. La pauvre, on a lui tout pompé. Rendons à Kelis ce qui appartient à Kelis, sérieux !

@coveteur

L’interprète de my milkshake brings all the boys to the yard, que je fredonnais avec plus ou moins d’assurance, a toujours été une valeur sûre musicale et stylistique. La plus européenne des américaines a donné vie au son particulier des Neptunes. Il y a de ces associations qui marqueront le R’n’B US à jamais, le son Aaliyah et Timbaland mais également le son Kelis et The Neptunes. Novateur, unique, visionnaire, il a impacté une décennie. C’était biologique voire naturel. Kelis a ce charisme, cette bad attitude, cette nonchalance, qui rappelle aujourd’hui, dans une moindre mesure, Rihanna. Elle avait tout bon dès le début, peut-être un peu trop tôt.

Kelis a ce charisme, cette bad attitude, cette nonchalance, qui rappelle aujourd’hui, dans une moindre mesure, Rihanna. Elle avait tout bon dès le début, peut-être un peu trop tôt.

Tout lui va. Vous l’aurez noté les cheveux chez Kelis, c’est une histoire d’amour sans bornes, fidèle à son afro, il est travaillé pour l’occasion en une cascade de grosses boucles accompagnée d’une pagaille de robes cintrées, de lunettes papillon à la Jackie O et de cils à la Betty Boop. Un style années 60 revisité que les suiveurs pourront copier à volonté. Vous l’aurez noté les cheveux chez Kelis, c’est une histoire d’amour sans bornes, fidèle à son afro, il est travaillé pour l’occasion en une cascade de grosses boucles accompagnée d’une pagaille de robes cintrées, de lunettes papillon à la Jackie O et de cils à la Betty Boop.

Motivée par l’envie de poser sa propre griffe, son approche créative est empreint d’une très grande sincérité, sans réelle motivation marketing. Quitte à être ridicule, elle ne lâche rien. Faut l’avouer, son délire « statue de la liberté sous amphèt’ tombée dans un pot de peinture et affiliée à un gang d’Indiens d’Amazonie », c’était limite flippant. Certes la folie lui va si bien, c’est d’ailleurs le ciment de sa carrière mais elle a trop poussé pour le coup. Flesh Tone a été un virage à 200 degrés, dont seule une Lady Gaga peut mainstreamiser. Après ce désastre oculaire et ce passage à vide mérité, j’avais oublié à qu’elle point Kelis est un canon intergalactique. 

Kelis a un dressing à l’image de sa discographie, complètement dérangée avec pour seul fil conducteur son impulsivité. Chaque album est une totale immersion dans son univers singulier, témoignant de son irrévérence fashion.

The Coveteur nous l’a donc rappelé. En ouvrant, sa caserne d’Ali Baba au magazine en ligne, on s’aperçoit promptement que l’artiste a un dressing à l’image de sa discographie, complètement dérangée avec pour seul fil conducteur son impulsivité. Chaque album est une totale immersion dans son univers singulier, témoignant de son irrévérence fashion. Celle qui s’est mariée en robe verte, peut tout enfiler. Connue pour être complètement allumée, le tutu rose et t-shirt avec la cochonne déculottée prouvent que la chanteuse ne s’est pas assagie.