Stella McCartneyXVlisco : au-delà de l’appropriation culturelle, c’est de l’ordre de la fainéantise

@vlisco @stellamccartney

J’ai lu ici et là, les indignations concernant le wax et son appropriation par des créateurs blancs. Ce n’est vraiment pas ce qui me choque, le wax est devenu tendance et je pense que c’est important que ce soit accessible à tous. Oui, le wax n’est pas africain et il a habillé et continue d’habiller la femme africaine globale. Vlisco a le droit de faire des collaborations avec qui ils veulent et souvent ça donne des trucs super. Sa guest list est prestigieuse. Il y a eu Eastpak, Comme des Garçons, Viktor&Rolf, Manish Arora… pour ne citer qu’eux. Les collaborations sont une bonne idée surtout pour un fabricant de tissus qui ne crée pas de silhouettes à proprement dites. Je trouve cette méthode comme une sorte respiration, tout en restant dans l’esprit de la marque bien sûr, mais également en y mettant une touche originale propre au designer. La collection printemps-été 2018 de Stella McCartney est une erreur, une grosse boulette. Stella McCartney sait faire des fringues superbes, personne ne peut le nier. J’aime cette créatrice et son approche minimaliste de la mode. Alors, pardonnez-moi, je n’ai pas compris. Vilsco doit se faire rembourser, ils doivent exiger un remboursement pour la simple et bonne raison que Stella n’a pas fait son travail. De plus, elle a fâché la clientèle de base de Vlisco : la femme africaine et ça encore, je pense qu’elle a l’habitude. Vlisco a les tissus les plus flamboyants, les motifs les mieux travaillés et des procédés à la pointe de la technologie, alors, ouais, je ne comprends toujours pas. Stella s’est contentée, ah la la, d’affubler une succession de mannequins blancs dans des boubous basiques et appeler ça, un partenariat. C’est juste que ça va au-delà de l’appropriation culturelle, c’est de l’ordre de la fainéantise. 

La banlieue a réhabilité Lacoste, ça c’est la vraie histoire !

@lacoste @arsenik

Je suis tombée sur un article de Grazia intitulé : Lacoste réhabilite le survêtement de racaille. Il s’agissait d’une rétrospective hasardeuse du défilé de Lacoste pendant la semaine de la mode parisienne. Ce titre est empreint d’un mépris de classe tellement familier. Hormis le terme « racaille » qui me rappelle les années Sarkozy, c’est le verbe « réhabiliter » qui me semble d’autant plus incorrect. Lacoste est un label sportswear français qui ne cesse de vouloir se distancer de son héritage hip-hop qui l’a rendu populaire. Attendez, sûrement que je ne comprends rien au business mais n’est-ce pas le but de toute marque de se vendre et d’être populaire ? Je ne connais pas la stratégie de Lacoste mais capitaliser sa réussite sur les joueurs de tennis du dimanche n’est-ce pas réducteur ? Nike ne s’est jamais plaint et capitalise constamment là-dessus. C’est cette mentalité franco-française qui rejette la périphérie et ceux qui en proviennent qui est la première responsable. Je ne pense pas, une seule seconde, que j’aurais, un jour, entendu parler du petit crocodile à la grosse queue si je n’avais pas maté les clips du duo de Villiers-le-Bel, Arsenik. Mon grand frère en possédait une dizaine, il y prenait tellement de soin et il leur conférait beaucoup « trop » de respect. Le survêtement et le polo Lacoste étaient un signe de réussite. Et je trouve ça abject qu’à chaque fois que je lis un papier sur ce qu’est Lacoste aujourd’hui, on l’associe constamment au renouveau, à cette nécessité de retrouver ses bases plus bourgeoises alors que sans la rue, il ne serait pas ce qu’il est. Pour être honnête, c’est un peu notre histoire, nous, banlieusards, issus de l’immigration, d’être mis au ban de cette société prout prout qui considère la mode comme une chasse gardée. Le hip-hop fait partie de la culture française. Les gens de la périphérie, la « racaille », en ont fait leur uniforme. La banlieue a réhabilité Lacoste, ça c’est la vraie histoire. En tout cas, c’est tout ce que la rue retiendra et c’est le plus important !

Solange, l’audacieuse

@paigecampbelllinden

Milan est colorée, Paris est coco, Londres est excentrique et New York est audacieuse. Deux fois par an, pendant plus d’une semaine, chacune de ces villes s’expriment à sa façon et rivalisent de charme. Une bataille de street style est lancée. La Fashion Week de New York est, à mon sens, la plus intéressante. J’ai l’impression qu’à New York plus qu’ailleurs, il n’y a pas de règle, il faut marquer le coup, faire un truc complètement fou pour se démarquer de la foule sans forcément jouer la carte de l’ostentation car l’air de rien le minimaliste à la Calvin Klein est encore de rigueur. À mon avis, c’est l’endroit où il faut être et faire preuve de créativité sans tomber dans les clichés car New York est trépidante, rêveuse et cosmopolite. Bien sûr que ce n’est pas le meilleur style capillaire de Solange Knowles cependant il a le mérite d’être temporaire et de ne pas passer inaperçu. Il n’aurait pas eu le même intérêt à Paris. C’est effectivement ce qui rend son approche de la mode captivante. C’est recherché, sans trop l’être, arty mais facile à porter et platine sans être plastique. Ce n’est jamais trop, jamais tiré à quatre épingles, sans jamais se compromettre tout en restant effortless. De plus, Solange Knowles Ferguson arrive à faire un clin d’oeil à ses racines africaines et ça, c’est surement le statement le plus cool de la semaine de la mode.

Dapper Dan et Gucci, une love story qui a commencé par un vol…

@gucci

La collaboration soudaine entre Dapper Dan et Gucci sent le mea culpa à plein nez. J’aime la mode pour diverses raisons et bien sûr, je la déteste pour ces mêmes raisons. La mode ou plus précisément l’industrie de la mode est essentiellement élitiste. Cette vulgarisation me sidère. Comment peut-on puiser dans le génie d’un mec comme Dapper Dan qui a compris les besoins de sa clientèle exclue d’un point de vue économique, raciale et sociale et en faire une collection vendue à des midinettes incultes de la pop ? Qu’est-ce qui empêchait le directeur artistique, Alessandro Michele, de faire appel aux services de Dapper Dan au préalable et ainsi proposer une rétrospective de la culture hip hop des années 80 ? Et si les réseaux sociaux n’avaient pas pointé du doigt ce plagiat désinvolte ? Ce mec a créé le mouvement « Fresh », permettant à des afro-américains de se sentir stylés, existés et d’être vus. Il ne fallait pas grand chose et il le savait : une dose créativité, du clinquant, du bling bling et assez de cran pour se pavaner avec des manches parachutes. Rien de plus. Dapper Dan n’a pas eu tort de s’associer à la griffe italienne. La collection capsule sera présente dans toutes les boutiques Gucci dès le printemps prochain. Je crois que par le biais de cette collaboration, il fera revivre l’esthétisme et la flamboyance de son quartier, Harlem et ainsi que son époque. Une collaboration qui pourrait bien signer le grand retour du designer, Dapper Dan. Il a juste senti le vent tourner en sa faveur, pourquoi lui en vouloir, ce serait con de sa part de ne pas faire renaître un courant dont il est l’initiateur.