Azzedine Alaïa, le dernier grand couturier

Azzedine Alaïa

Qu’est-ce que nous savons réellement de la mode ? Je veux dire par là que la mode n’a rien intéressant à part, peut-être, les gens qui la font. Je crois qu’il est important de savoir bien s’habiller. Je crois aux vertus thérapeutiques d’une bonne sape. Cependant, je crois davantage qu’il existe des gens tellement amoureux d’autres gens, qu’ils sont prêts dédier leur existence au point de disparaître derrière leurs créations. L’attitude d’un grand couturier, petit par la taille mais grand en créativité a été celle-ci. Sa carrière a été brillante et son travail perdura. Les sandales et ses robes sculpturales Alaïa sont de pures merveilles. Les gens continueront de porter du Alaïa comme ils continuent de porter du Dior, du YSL, du Alexander McQueen… Mon hommage, ici, se doit d’être double. Il s’appelait Azzedine. Il a été sans-papiers. De nos jours, Azzedine est un prénom stigmatisé et d’une façon ou d’une autre, ça fait du bien de le lire accolé à un destin hors du commun. En tant que première génération, je suis fière que ce franco-tunisien ait gardé son identité et qu’il ne se soit pas caché derrière un blaze fancy ou d’aristo et ce, jusqu’à sa mort. C’est là que la mode prend tout son sens. Je n’ai pas connu Azzedine Alaïa personnellement et j’aurais aimé. Il y a tellement d’illustres personnes qui sont parties trop tôt, que j’aurais aimé rencontrer. Azzedine Alaïa a été et restera le symbole de la France que j’aime, une France gagnante. Je ne crois pas qu’il faille être grand, blanc, blond et/ou s’appeler tous les patronymes qui font bon genre pour avoir bon goût. Azzedine nous l’a prouvé et, je lui dis merci. Au revoir, Habibi !

Le luxe dans le faux

@gucci

Depuis une année, les choses ont radicalement changé pour Gucci. Entachée par des plagiats à répétition, la griffe italienne change et embauche un styliste enfant du pays à allure christique, Alessandro Michele, comme responsable de l’ensemble des collections et de l’image de la marque. Personnellement, je suis dingue des visuels actuels, un mélange assumé entre rococo bling-bling, à la Gianni Versace, et ce que les sixties ont fait de mieux. Portée par une bande de licornes gitanes shootées aux paillettes, Gucci semble avoir trouvé la bonne formule et entérine une décennie de troubles identitaires. Comme une nouvelle ne vient jamais seule, Marco Bizzarri, le président de Gucci, annonce l’abandon définitif de la fourrure animale au détriment d’une fourrure synthétique donc plus compatissante pour les animaux. Dans le fond, c’est une initiative louable de penser à ces petites bêtes mais est-ce que le fait qu’elle soit synthétique aura une incidence sur les prix pour les humains ? Je ne crois pas. Dans une logique de développement durable, il devrait peut-être aussi abandonner l’idée du fameux it bag. Ce concept aussi me semble bien con. Dès sa collection Printemps/Été 2018, plus de poils de vison, de renard ou encore de lapin. Gucci rejoindra donc Armani, Tommy Hilfiger, Stella McCartney, Hugo Boss et beaucoup d’autres créateurs.

La couronne de la discorde

@allure @aliciakeys

Porté par l’auteure britannique Zadie Smith, l’interprète, compositrice et pianiste américaine Alicia Keys ou encore Erykah Badu, la reine de la neo soul, et tant d’autres, le fichu fait basculer la République. Tout ce qui est propre au style d’une personne racisée est sujet à débat, c’est agaçant. Le cas Danièle Obono est un exemple flagrant des limites de la compréhension de cette réalité de la mondialisation par une frange de la société censée être plus cultivée que la masse. La députée avait-elle besoin d’une permission parlementaire pour exprimer sa culture d’origine dans les instances publiques ? Pourquoi la France a-t-elle du mal à mettre son idée de multiculturalisme niais et hypocrite en pratique ? Je n’arrive pas à imaginer qu’un bout de tissu dans l’hémicycle puisse être au centre de nombreuses controverses et polémiques. Personnellement, je ne porte que rarement le turban, le foulard ou encore le fichu pour des raisons qui sont les miennes mais j’aime comment un objet dit d’oppression, de soumission, de pauvreté et de négligence peut être détourné au fil du temps et ainsi devenir une parure voire une couronne. A travers l’histoire et en fonction de l’emplacement géographique, il a été tant de choses. Tantôt accessoire de subordination de la femme dont on ne voulait pas voir les cheveux grainés découverts, de l’esclave qui risque d’attirer le maître. Oui, de celle qui risque d’être, au fond, à égalité avec la maîtresse alors qu’en Afrique de l’ouest, il exprime la grandeur et l’élégance. Aujourd’hui, il affirme une posture individuelle, la volonté de se montrer au monde tel qu’on le souhaite. Alors, le voir au parlement arboré par Danièle Obono, une députée d’origine gabonaise qui n’a pas la langue dans sa poche et qui fait fi des commentaires racistes à son égard, le détournement prend alors un sens merveilleux parce qu’il est tout cela à la fois. En nouant son foulard à « l’africaine » devant les hauts dignitaires de l’état, la députée de la France Insoumise manifeste son indépendance politique et vestimentaire, sa grandeur mais également le fait qu’elle est sur un même pied d’égalité avec ses pairs. Le turban est un objet esthétique, religieux ou non, africain ou pas, un moyen de protection contre les intempéries pour les unes ou un moyen de séduction pour les autres, dans tous les cas, il synthétise des expressions et des significations qui diffèrent d’un individu à l’autre.  

Veja un jour, Veja toujours

@veja @modetrotter

Je pense que la mode doit avoir un sens. J’ai toujours été attirée par une marque parce que j’avais entendu une histoire, aujourd’hui on utiliserait plutôt le terme storytelling, ou parce que je l’associais à un artiste, une musique, une époque et une attitude que j’appréciais. C’est de cette façon que Veja m’a paru être une marque intéressante. En tant que férue de baskets, j’ai beaucoup de mal à laisser entrer autre chose que du Nike, du Adidas et du Converse dans mon dressing. Je me souviens avoir écouté le discours de ces parisiens plein de bonnes intentions dans la salle de conférences du Rich Mix à Londres. A cette époque, j’étais officiellement stagiaire pour Pants to Poverty et plus officieusement pour Tigerlily Films. Je n’y croyais pas une seule seconde à cette idée de fabrication totalement transparente mais j’ai trouvé le concept éthique audacieux et les baskets pas trop moches. Je pensais clairement qu’ils se lasseraient d’aller chercher le caoutchouc au fin fond de la forêt amazonienne. Apparement non, et ça, c’était il y a plus d’une dizaine d’années. Ces bobos parisiens ont su séduire la banlieusarde que je suis. Depuis, je collectionne plusieurs paires de la griffe. Il m’a suffit de recroiser ces fameuses sneakers dans le clip d’Oumou Sangaré, Kamelemba, portées par les Swaggers pour retomber en adolescence. Je vous avoue que la dernière collaboration avec Modetrotter me fait clairement de l’oeil. Veja a inventé un modèle, un point de vue, une façon de concevoir la mode autrement et ces parisiens plein bonnes intentions n’y se sont jamais éloignés.