Phoebe Philo se casse de Céline, est-ce la fin du normcore ?

GQ.com

C’est officiel, Phoebe s’en va après le défilé d’automne 2018 qui aura lieu en février prochain. Les rumeurs allaient bon train depuis octobre dernier. Son départ de Céline a été annoncé via un communiqué de LVMH. Je trouve que c’est dommage, j’ai l’impression que l’industrie de la mode est un milieu qui compte peu de femmes dans des positions de création, de conception et de décision. Ses choix artistiques ont été aussi étranges qu’audacieux. Choisir une journaliste et romancière américaine de 80 ans, Joan Didion, comme égérie de la campagne printemps-été 2015, un réel coup de maître. Pur produit de la St Martin’s School of Arts, Phoebe Philo a su se créer une réputation d’outsider, d’ultra-discrète. Son interprétation de la mode s’appuie sur sa proximité avec les vrais gens. Durant toutes ces années chez Céline, elle prend un malin plaisir à créer des vêtements pour le commun des mortels. Les fioritures inutiles ne font pas partie de sa charte.

Pur produit de la St Martin’s School of Arts, Phoebe Philo a su se créer une réputation d’outsider, d’ultra-discrète. Son interprétation de la mode s’appuie sur sa proximité avec les vrais gens. Durant toutes ces années chez Céline, elle prend un malin plaisir à créer des vêtements pour le commun des mortels.

Acclamée par la critique, tout le monde s’imaginait que le normore était une philosophie de vie venue de l’espace, il s’agit tout simplement de l’expression de la réalité, une volonté de sublimer les basiques, sans oublier, sinon cela ne représente rien de nouveau, de les romantiser. Elle a compris que la mode n’est pas de l’art à proprement dit mais un art de vivre. En faisant une pause de deux ans entre Chloé et Céline pour s’occuper de ses enfants, Phoebe Philo a révolutionné la haute couture et a donné un peu d’humanité à ce monde de requins. À son arrivée chez Céline, elle fait déplacer le studio de création à Londres pour rester proche de sa famille. N’est-ce pas la différence la plus flagrante entre créateurs et créatrices ? Est-ce que la haute couture n’est qu’une vision fantasmée de la femme ? Ce besoin de réalisme s’est fait ressentir durant ses dix années passées au service de LVMH. L’ancienne assistante de Stella McCartney chez Chloé a gagné son pari, celui de façonner une marque qui ressemble à sa clientèle : active, stylée et préoccupée par autre chose que… la mode. Phoebe sait que la femme moderne jongle entre les statuts. Elle endosse le rôle de mère, mène sa carrière de front et ne s’imagine pas aller chercher ses gosses en corset en cuir et en talon de 12, ce n’est que pour les défilés, les chômeuses de luxe et/ou les femmes de footballeurs sauf Victoria et Winonah.

Toutes les fashionistas aguériees, qui à 30 ans regrettent les dégâts causés à leurs pieds par le port intensif d’escarpins, se sont ruées sur la Stan Smith d’Adidas ou encore l’Internationalist de Nike, car stylé est enfin confortable. Avant ses apparitions en fin de défilés en basket, le confortable était un gros mot.

Des rôles que l’Anglaise maitrise à merveille. Phoebe a apporté ce souffle de réalisme et de minimaliste d’inspiration seventies qui manquait à la haute-couture et par la même occasion, elle a bouleversé la notion du chic. Toutes les fashionistas aguériees, qui à 30 ans regrettent les dégâts causés à leurs pieds par le port intensif d’escarpins, se sont ruées sur la Stan Smith d’Adidas ou encore l’Internationalist de Nike, car stylé est enfin confortable. Avant ses apparitions en fin de défilés en basket, le confortable était un gros mot. Un mot qui semblait jurer avec cette vision homosexuelle de la femme : ubersexy, hyper-sexualisée, dominatrice et féroce. Elle a normalisé la basket blanche, la chemise blanche, la blouse, le pantalon large, le col roulé en laine, le manteau beige, le sac aussi grand qu’un cabas, les sandales de bonnes soeurs… La fonctionnalité à l’état pur. Céline est devenue incontournable, identifiable, cool et mixte. A 44 ans, la créatrice a décidé qu’il était temps, temps de changer de cap et de tirer sa révérence. Son successeur a du souci à se faire, car l’héritage normcore de Céline est lourd de sens.

Renaître un printemps

Credits : Vittoriano Rastelli/Corbis

Tout le monde se souvient de cette clôture de show iconique, Donatella Versace dégainant l’artillerie lourde pour le défilé en l’honneur de Gianni Versace, en septembre dernier. Carla Bruni, Claudia Schiffer, Naomi Campbell, Cindy Crawford et Helena Christensen ont créé la surprise et l’image, bien entendu, a fait le tour de la toile. Les nouveaux clichés de la campagne Printemps-été 2018 sont là. La génération top models, muses de Gianni Versace, et les instamodels adorés par Donatella Versace, sont réunis pour rendre hommage au grand créateur italien parti trop tôt. En fermant le défilé avec ses muses et en faisant revivre son travail pour les 40 ans de la marque, Donatella stipule que la créativité de son défunt frère n’est pas morte, mieux, elle est toujours d’actualité. Pourquoi faire le pari de la nostalgie ? Et si, le nouveau était juste l’ancien ? Plus de 20 ans après son assassinat devant sa villa de Miami Beach, Donatella Versace a-t-elle des difficultés à faire son deuil ? Je me souviens des tontons aux gros ventres de mon enfance, ils possédaient cette fameuse chemise en soie aux imprimés bariolés. Des imprimés que l’on peut retrouver dans le travail de la créatrice franco-congolaise, Laëtitia Kandolo, pour sa marque Uchawi. Cette esthétique so 90’s fait un retour fulgurant et appartient indéniablement à la pop culture. Versace raconte une époque où la créativité était à son apogée dont Gianni était l’un de ces designers les plus prolifiques. Son ombre plane et planera toujours, car son oeuvre raconte une histoire. L’histoire de l’opulence, du bling bling milanais, du rococo, de l’insouciance, de Miami et de ses excès, du champagne qui coule à flot, de la drogue et du sexe. Une époque où tout était permis, où tout ne tournait plus forcément autour du snobisme parisien. Gianni était le créateur préféré de Biggie, Lil Kim, les congolais, les gays, les riches, ceux qui rêvaient de le devenir, en somme, il créait pour nous tous. La collection printemps-été 2018 de Versace reflète ce désir de se faire remarquer, d’aimer, d’être fou, de faire la fête parce que, justement, la vie est bien trop courte pour ne pas en profiter. Gianni le savait, Donatella le sait mieux que personne. La collection Tribute nous rappelle la jeunesse, l’insouciance et le génie de son frère ainé, mais surtout l’impact que ses créations ont eu sur la signification actuelle de la haute-couture. Versace cherchait à être partout, une promotion basée sur le pouvoir des influenceurs de tous horizons et ce, bien avant Instagram. La mode italienne est de loin l’une de mes préférées. Elle est audacieuse, sulfureuse, baroque, dramatique et cinématographique. Gianni vit encore, car Donatella l’a fait renaître un printemps.

Le leader de SHINee est mort, la K-pop est en deuil

SHINee, le groupe sud-coréen de K-pop dont Kim Jong-hyun était issu. Crédits : shinee.net

Kim Jong-hyun, leader du groupe SHINee, est mort à l’âge de 27 ans. Selon les autorités coréennes, le jeune homme se serait donné la mort. Une nouvelle qui ébranle ses fans aussi bien au niveau local qu’international. La K-pop continue de contaminer l’Asie, dont la Chine et surtout le Japon, leader en exportation d’animés dans les années 80 et 90, et désormais, une bonne partie du monde occidental. Ce fait divers met en exergue cette bataille dévastatrice que se livrent les grandes compagnies de l’industrie du divertissement. SHINee a été formé en 2008 et est détenu par la compagnie sud-coréenne SM Entertainment, une sorte d’écurie de la K-pop. Le groupe est reconnaissable grâce à son look androgyne. Leur son mixe influences R’n’B/Soul et paroles mielleuses susurrées en coréen saupoudrés de refrains en anglais peu profonds, mais assez simples pour entrer dans le subconscient d’un non initié. SHINee a popularisé les colorations pastels, les costumes aux rayures verticales, le make-up pour homme et les skinny jean. En gros, ils ont relancé des tendances qu’on aimerait tellement oublier.

Kim en était le leader et même en solo, il ne manquait pas de talent. En 2016, il sort She Is, qui cartonne dans les classements coréens et deux compilations en 2015 et en 2017. En 2015, il sort Skeleton Flower, un livre qui détaille la signification de chacune de ses chansons. En 2010, il participe aux côtés d’autres artistes K-pop, à la chanson de campagne du sommet G20, alors que la Corée du Sud était pays hôte. Alors qu’est-ce qui peut pousser un jeune homme de 27 ans, qui a tout pour lui, à mettre fin à sa vie ? La dépression est-elle traitée différemment en Corée du Sud qu’en Europe ? Pouvions-nous l’éviter ? La Corée du Sud a entamé une révolution culturelle en misant sur les industries de pointe, les cosmétiques abordables de bonne qualité, la chirurgie esthétique et le divertissement. Le divertissement coréen est une affaire sérieuse, une affaire d’état. Pour le commun des mortels, le phénomène Psy avec son morceau Gangnam Style était souvent la seule référence en matière de pop sud-coréenne. Pour la venue du Président Hollande en 2015 à Séoul, dans le cadre de l’année de la Corée du Sud en France, le gouvernement coréen choisit le groupe Block B afin de représenter les industries culturelles du pays. C’est une machine qui tourne à plein régime et participe à l’image de la Corée à l’étranger. Cette industrie alimente les fantasmes d’une jeunesse de plus en plus demandeuse et d’annonceurs à la recherche de nouvelles têtes d’affiche.

Ces jeunes artistes, surnommés Idols, sont alors dépossédés de voix au détriment d’une carrière qui reflète cette intransigeance asiatique. Chacun reste à sa place et rien ne laisse place à l’improvisation, aux sentiments et à l’épuisement. Recrutés dès l’adolescence, ils ne sont pas autorisés à exprimer leurs frustrations. Le taux de suicide en Corée du Sud est l’un des plus élevés de l’OCDE. La K-pop est juste une réflexion de cette société coréenne hyper competitive. Telles des poupées désarticulées, ils exécutent sans relâche et jusqu’à la perfection, ces chorégraphies qui font la base de leur succès. Tout est impeccable : les coupes de cheveux, le style vestimentaire et le discours déshumanisé. Ils deviennent les portes-paroles, à coup de contrats et de clauses restrictives, d’un pays en apparence moderne mais aux idéaux bien traditionnels. L’histoire tragique de Kim marque son ancrage dans une mentalité où la faiblesse n’est pas autorisée car, basée sur la performance. Un système où la vulnérabilité n’a pas sa place. Le suicide de Jonghuyn est devenu, malgré lui, le symbole d’une société sud-coréenne malade.

Il ne faut pas blaguer avec la dépression. Si vous êtes en situation de mal-être, il existe de nombreuses associations à qui il est préférable de s’adresser. Contactez SOS Amitié au 09 72 39 40 50. Voici la liste des numéros utiles, des professionnels sont disponibles de jour comme de nuit pour vous venir en aide. 

Saskia Diez, la cool joaillière munichoise, fait parler ses sons préférés

Pourquoi AWK Studio aime Saskia Diez ? La créatrice munichoise a une approche unique, rock et cool et cela se reflète dans son travail. Sans oublier qu’elle a choisi de rester fidèle à Munich alors que les loyers explosent, ça faut le faire et elle est en couple avec le designer industriel, Stefan Diez. Et le dernier fait mais pas des moindres, ses créations sont abordables ce qui les rendent d’autant plus cools. Saskia Diez a le don de faire aimer les bijoux à ceux qui n’en portent pas ou peu. Ses pièces intemporelles, minimalistes et extrêmement modernes en argent et or recyclés s’adaptent aux mouvements du corps sans se faire oublier. Fabriqués mains, ses créations sont irrévérencieuses et originales. La munichoise ose les combinaisons folles et propose des boucles d’oreilles en cuir doré et argenté, d’autres inspirés par les Kayapo, un peuple indien du Brésil, dans la collection Mighty, des créoles aériennes en perles, plus communément surnommés néo-créoles, des ear cuffs siglés amour et plein de bagues fines en or fin. Son style est unique. Avec une marque qui décolle, l’artiste et maman, met Munich sur la liste des endroits les plus cools d’Europe à visiter. Saskia propose une compilation des morceaux qu’elle écoute dans son atelier et, ailleurs. Quand on lui a demandé si elle pouvait nous faire une playlist, Saskia a répondu favorablement et a précisé :  » Quand j’aime un album, je peux l’écouter en boucle. C’est pour cette raison qu’il y a dans cette playlist trois morceaux du dernier album de St Vincent « . Une lettre d’amour pour tous ces artistes. Passionnant.

Crédits : Saskia Diez

1 – LOS AGELESS / St Vincent : J’ai rencontré Annie Clark, il y a deux ans, au Grand Palais à Paris, pendant le défilé Chanel. Elle était en compagnie de Cara Delevingne qui participait au show. J’avais une terrible envie de la voir en personne. Je lui ai demandé si je pouvais faire une photo avec elle, elle a accepté et je lui ai également dit que j’étais une grande fan de sa musique. Elle se tenait devant moi, elle est si petite. Si petite et si forte. Cette chanson est géniale. J’aime le rythme. Elle a une cadence plutôt rapide. Et, bien sûr, j’aime les paroles. 2 – HAPPY BIRTHDAY JOHNNY / St Vincent : Il y a beaucoup d’intimité dans celle-ci. Tellement de luttes et de chagrin. Tellement de beauté aussi, parce que ça semble assez réel. 3 – SMOKING SECTION / St Vincent : J’aime beaucoup celle-ci. Elle est un peu comme une sorte de dialogue interne avec mon côté obscur. J’apprécie les paroles de toutes ses chansons. Parfois, je me sens comme une mer intérieure, trop grande pour être un lac et trop petite pour être une attraction. Sombre et imposante. 4 – DOING IT TO DEATH / The Kills : Je suis partie voir The Kills durant leur Ash & Ice Tour en automne, l’année dernière. J’aimais déjà cette chanson, mais voir Allison Mosshart la chanter sur scène c’était encore mieux. L’ambiance était riche en émotions et, pas seulement du point de vue des paroles. Je me suis achetée le t-shirt du groupe avec dessus, le titre de cette chanson. Je ne suis généralement pas le genre de filles qui portent le t-shirt de son groupe préféré, mais celui-ci, je l’aime bien et je le porte souvent. 5 – HOW I THINK OF YOU / Malakoff Kowalski : C’est une chanson parfaite pour les gens amoureux. Quand j’ai découvert cet album, je la mettais assez souvent dans le studio et tout le monde a commencé à fredonner, surtout celle-ci. Tu ne peux pas ne pas la fredonner. Même mon petit garçon la fredonne. Une fois, je l’ai enregistré murmurer les paroles sans connaître un seul mot d’anglais, mais il aime ça et il me demande parfois s’il peut encore l’écouter. J’ai envoyé ce petit enregistrement à Malakoff Kowalski. 6 – GOLDBERG VARIATIONS, BWV 988 : ARIA / Johann Sebastian Bach, Igor Levit : Il y a plus d’une année, une personne à qui je tiens énormément m’a offert une place de concert d’Igor Levit comme cadeau d’anniversaire. Le concert avait lieu un dimanche matin, deux jours après mon anniversaire. Je venais de passer des moments assez compliqués et la beauté de la musique m’a émue aux larmes. Je m’y suis rendue seule. Je n’avais pas de mouchoir pour les essuyer et je n’ai pas osé demander à la dame assise à côté de moi, une actrice habillée en rose vif de la tête aux pieds, que je ne connaissais pas personnellement. Peu importe, cette musique est un parfait et agréable compagnon quand je travaille à l’atelier, un dimanche. 7 – CONDOLENCE / Benjamin Clementine : Une de mes personnes préférées, l’assistante de mon équipe, est allée voir Benjamin Clementine en concert. C’est une grande fan. Nous écoutons souvent sa musique quand nous travaillons sur la collection. C’est drôle comment on peut se sentir lier à une personne juste en écoutant la même musique. Vous pensez que vous ressentez exactement la même chose et peut-être que c’est le cas et peut-être que non. 8 – LE TEMPS DE L’AMOUR / Françoise Hardy : Cette chanson est dans une merveilleuse scène d’un de mes films favoris, Moonrise Kingdom. Ils mettent le disque et commencent à danser et à s’embrasser.  En grandissant, on comprend un peu mieux la musique et ce que signifie réellement le premier amour, toutes ces premières expériences. Le rythme change quand on danse dessus, on ressent immédiatement ce sentiment étrange même avec des gens que l’on connaît à peine. 9 – GIRL LOVES ME / David Bowie : Cet album a, pour moi, introduit 2017. Je l’ai écouté en boucle pendant des semaines et la synchronisation étrange avec la mort de David Bowie, l’a bien sûr lourdement chargé. Bien sûr que la mort est une chose naturelle, mais lui mourir alors qu’il a toujours été là d’une certaine manière, me paraissait impossible à concevoir. 10 – TRAVELING LIGHT / Leonard Cohen : Un autre album apparu brièvement avant la mort d’un artiste que j’adore. Sa musique m’a été présentée par une dame qui détenait un atelier dans lequel j’ai été formée au métier d’orfèvre après avoir fini mes études. Je me souviens très bien comment elle retenait ses larmes à chaque fois que quelqu’un mettait ce morceau. C’était une femme âgée, issue de la fameuse génération 68 et je pense que c’était parce qu’elle se sentait seule, qu’elle était angoissée à l’idée de rester seule et de ne plus pouvoir entendre quelqu’un lui dire ces mots.