Pourquoi LVMH n’a pas pensé aux soeurs Olsen pour Céline ?

The Edit – Mars 2017

J’ai lu le tweet d’Emilia Petrarca et, j’avoue qu’elle a posé le doigt sur quelque chose. J’ai évité toutes les publications sur Céline et je ne m’attendais pas à une passation de poste aussi rapide. Hedi Slimane est sur toutes les lèvres, c’est invraisemblable. Je reste persuadée que personne ne peut mieux faire à Céline que Phoebe Philo. Personne. J’aime Hedi et tout ce qu’il a fait chez YSL, cependant tout semble tellement rock avec lui, si ajusté, si travaillé, si fatale, à des années-lumière de Céline, surtout de Phoebe. Je me suis posée de nombreuses questions depuis l’annonce en grande pompe du designer et photographe français qui a redonné une identité à YSL et qui a remodelé Dior Homme, quel est le plan derrière, pour de vrai ? Qu’est-ce que Hedi Slimane s’imagine faire chez Céline ? Repenser la direction artistique ou entreprendre des changements en douceur ? Va-t-il soudainement apprendre à appréhender la mode comme une femme ? Ca m’a tout l’air d’un casse-tête chinois, même pour lui. En même temps, vous allez me dire, c’était la décision de Phoebe Philo de quitter la direction artistique de la maison française, mais Hedi Slimane, ça ne sonne toujours pas juste. Je pensais être la seule et, apparemment non. La journaliste mode du New York Magazine et de The Cut, Emilia Petrarca, soulève le débat. Et si on avait une autre option, une option plus en accord avec l’ADN de la maison. Dans son papier,Oh mon Dieu, les soeurs Olsen devraient prendre le contrôle de Céline, elle fait une proposition saugrenue, mais une proposition tout de même et j’étais enchantée à l’idée que je n’étais pas la seule à penser qu’Ashley et Mary Kate Olsen feraient de très bonnes co-directrices artistiques. Il faut être aveugle pour ne pas remarquer à quel point elles seraient de très bonnes héritières. Pourquoi n’a-t-on pas pensé aux jumelles Olsen ? Il ne faut pas être devin pour comprendre qu’Hedi Slimane n’est pas à sa place. LVMH a fait un super coup de pub, mais la femme Céline n’a rien à voir avec la femme YSL. Il n’y a aucune similitude. Il ne s’agit surtout pas de comparer l’incomparable. Hedi a un CV qui cartonne, mais il ne peut pas être le sauveur que l’on attend, cette fois-ci. Les soeurs Olsen ont largement fait leur preuve. Leurs marques The Row et Elizabeth and James, prouvent au milieu de la mode qu’elles ont les cojones qu’il faut pour diriger une maison de renom. De plus, elles incarnent cette attitude normcore, ce style à la fois effortless et clairement de qualité. Du haut de leur un mètre cinquante, elles s’amusent avec les pantalons larges, les robes de bonnes soeurs et les sandales de moines qui font quatre fois leurs tailles et les sacs à main oversize de la marque. Avec un regard nouveau et avec tellement de respect pour le travail antérieur effectué, elles peuvent, sans nul doute, faire revivre l’esthétisme minimaliste propre à Céline et à la créatrice anglaise aux commandes depuis plus d’une dizaine d’années. Emilia et moi, pensons qu’elles en sont capables.

La sape avait un ambassadeur, il s’appelait Daniele Tamagni

Daniele Tamagni – Vogue.it

Je suis profondément touchée par la disparition du photographe italien Daniele Tamagni. 2017 nous a pris de nombreuses personnalités dont je respecte énormément le travail. Des gens qui avaient un regard ouvert sur le monde et sur les autres. Son livre Gentlemen of Congo est un classique du genre. Il a été, pour moi et pour beaucoup, l’incarnation de la tolérance, de l’humilité et du partage. Son travail parle de lui-même. Iconoclaste, coloré et rafraîchissant, Daniele n’a pas vulgarisé la sape, non, il l’a introduit au commun des mortels et l’a fait entrer dans la pop culture. Il a mis en avant une culture moquée, incomprise, souvent dévaluée par l’Occident et l’a, ainsi propulsée au rang d’art à l’état pur. Ses travaux ont inspiré des designers tels que Paul Smith, la chanteuse Solange Knowles, qui a fait appel à lui pour son clip, Losing You et attiré le regard de nombreuses publications mainstream sur le mouvement de la sape. Atteint de la leucémie, il continuait, malgré son état, à proposer de nouveaux projets, à exposer ses photographies et à voyager à travers l’Afrique et le monde, à la recherche de nouvelles formes d’expression de l’individualité. Daniele était un photographe passionné et passionnant. Sa mémoire et son travail témoignent de sa versatilité et de son amour de l’originalité. Ciao Daniele.

Phoebe Philo se casse de Céline, est-ce la fin du normcore ?

GQ.com

C’est officiel, Phoebe s’en va après le défilé d’automne 2018 qui aura lieu en février prochain. Les rumeurs allaient bon train depuis octobre dernier. Son départ de Céline a été annoncé via un communiqué de LVMH. Je trouve que c’est dommage, j’ai l’impression que l’industrie de la mode est un milieu qui compte peu de femmes dans des positions de création, de conception et de décision. Ses choix artistiques ont été aussi étranges qu’audacieux. Choisir une journaliste et romancière américaine de 80 ans, Joan Didion, comme égérie de la campagne printemps-été 2015, un réel coup de maître. Pur produit de la St Martin’s School of Arts, Phoebe Philo a su se créer une réputation d’outsider, d’ultra-discrète. Son interprétation de la mode s’appuie sur sa proximité avec les vrais gens. Durant toutes ces années chez Céline, elle prend un malin plaisir à créer des vêtements pour le commun des mortels. Les fioritures inutiles ne font pas partie de sa charte.

Pur produit de la St Martin’s School of Arts, Phoebe Philo a su se créer une réputation d’outsider, d’ultra-discrète. Son interprétation de la mode s’appuie sur sa proximité avec les vrais gens. Durant toutes ces années chez Céline, elle prend un malin plaisir à créer des vêtements pour le commun des mortels.

Acclamée par la critique, tout le monde s’imaginait que le normore était une philosophie de vie venue de l’espace, il s’agit tout simplement de l’expression de la réalité, une volonté de sublimer les basiques, sans oublier, sinon cela ne représente rien de nouveau, de les romantiser. Elle a compris que la mode n’est pas de l’art à proprement dit mais un art de vivre. En faisant une pause de deux ans entre Chloé et Céline pour s’occuper de ses enfants, Phoebe Philo a révolutionné la haute couture et a donné un peu d’humanité à ce monde de requins. À son arrivée chez Céline, elle fait déplacer le studio de création à Londres pour rester proche de sa famille. N’est-ce pas la différence la plus flagrante entre créateurs et créatrices ? Est-ce que la haute couture n’est qu’une vision fantasmée de la femme ? Ce besoin de réalisme s’est fait ressentir durant ses dix années passées au service de LVMH. L’ancienne assistante de Stella McCartney chez Chloé a gagné son pari, celui de façonner une marque qui ressemble à sa clientèle : active, stylée et préoccupée par autre chose que… la mode. Phoebe sait que la femme moderne jongle entre les statuts. Elle endosse le rôle de mère, mène sa carrière de front et ne s’imagine pas aller chercher ses gosses en corset en cuir et en talon de 12, ce n’est que pour les défilés, les chômeuses de luxe et/ou les femmes de footballeurs sauf Victoria et Winonah.

Toutes les fashionistas aguériees, qui à 30 ans regrettent les dégâts causés à leurs pieds par le port intensif d’escarpins, se sont ruées sur la Stan Smith d’Adidas ou encore l’Internationalist de Nike, car stylé est enfin confortable. Avant ses apparitions en fin de défilés en basket, le confortable était un gros mot.

Des rôles que l’Anglaise maitrise à merveille. Phoebe a apporté ce souffle de réalisme et de minimaliste d’inspiration seventies qui manquait à la haute-couture et par la même occasion, elle a bouleversé la notion du chic. Toutes les fashionistas aguériees, qui à 30 ans regrettent les dégâts causés à leurs pieds par le port intensif d’escarpins, se sont ruées sur la Stan Smith d’Adidas ou encore l’Internationalist de Nike, car stylé est enfin confortable. Avant ses apparitions en fin de défilés en basket, le confortable était un gros mot. Un mot qui semblait jurer avec cette vision homosexuelle de la femme : ubersexy, hyper-sexualisée, dominatrice et féroce. Elle a normalisé la basket blanche, la chemise blanche, la blouse, le pantalon large, le col roulé en laine, le manteau beige, le sac aussi grand qu’un cabas, les sandales de bonnes soeurs… La fonctionnalité à l’état pur. Céline est devenue incontournable, identifiable, cool et mixte. A 44 ans, la créatrice a décidé qu’il était temps, temps de changer de cap et de tirer sa révérence. Son successeur a du souci à se faire, car l’héritage normcore de Céline est lourd de sens.

Renaître un printemps

Credits : Vittoriano Rastelli/Corbis

Tout le monde se souvient de cette clôture de show iconique, Donatella Versace dégainant l’artillerie lourde pour le défilé en l’honneur de Gianni Versace, en septembre dernier. Carla Bruni, Claudia Schiffer, Naomi Campbell, Cindy Crawford et Helena Christensen ont créé la surprise et l’image, bien entendu, a fait le tour de la toile. Les nouveaux clichés de la campagne Printemps-été 2018 sont là. La génération top models, muses de Gianni Versace, et les instamodels adorés par Donatella Versace, sont réunis pour rendre hommage au grand créateur italien parti trop tôt. En fermant le défilé avec ses muses et en faisant revivre son travail pour les 40 ans de la marque, Donatella stipule que la créativité de son défunt frère n’est pas morte, mieux, elle est toujours d’actualité. Pourquoi faire le pari de la nostalgie ? Et si, le nouveau était juste l’ancien ? Plus de 20 ans après son assassinat devant sa villa de Miami Beach, Donatella Versace a-t-elle des difficultés à faire son deuil ? Je me souviens des tontons aux gros ventres de mon enfance, ils possédaient cette fameuse chemise en soie aux imprimés bariolés. Des imprimés que l’on peut retrouver dans le travail de la créatrice franco-congolaise, Laëtitia Kandolo, pour sa marque Uchawi. Cette esthétique so 90’s fait un retour fulgurant et appartient indéniablement à la pop culture. Versace raconte une époque où la créativité était à son apogée dont Gianni était l’un de ces designers les plus prolifiques. Son ombre plane et planera toujours, car son oeuvre raconte une histoire. L’histoire de l’opulence, du bling bling milanais, du rococo, de l’insouciance, de Miami et de ses excès, du champagne qui coule à flot, de la drogue et du sexe. Une époque où tout était permis, où tout ne tournait plus forcément autour du snobisme parisien. Gianni était le créateur préféré de Biggie, Lil Kim, les congolais, les gays, les riches, ceux qui rêvaient de le devenir, en somme, il créait pour nous tous. La collection printemps-été 2018 de Versace reflète ce désir de se faire remarquer, d’aimer, d’être fou, de faire la fête parce que, justement, la vie est bien trop courte pour ne pas en profiter. Gianni le savait, Donatella le sait mieux que personne. La collection Tribute nous rappelle la jeunesse, l’insouciance et le génie de son frère ainé, mais surtout l’impact que ses créations ont eu sur la signification actuelle de la haute-couture. Versace cherchait à être partout, une promotion basée sur le pouvoir des influenceurs de tous horizons et ce, bien avant Instagram. La mode italienne est de loin l’une de mes préférées. Elle est audacieuse, sulfureuse, baroque, dramatique et cinématographique. Gianni vit encore, car Donatella l’a fait renaître un printemps.