Virgil Abloh, the disruptor?… Hum, pas trop vite !

C2-Virgil

The Business of Fashion – Edition Septembre 2018

Il y avait derrière le label de Virgil Abloh, Off White,  et sa nomination à la direction artistique de la ligne homme chez Louis Vuitton, un vent de renouveau, une sensation que je n’avais pas ressenti depuis un bail, oui, le sentiment de me sentir représentée quelque part et surtout d’exister quelque part. Le natif de Chicago est devenu une des seules références en la matière car travailler dans le milieu de la mode, en tant que minorité visible, était presque aussi rare que de nous voir exercer dans divers postes à responsabilité. C’est tout naturellement, qu’il apparaît dans la liste, si convoitée, des 500 personnes les plus influentes de l’année 2018. Sorti de l’ombre de Kanye West, le designer est sur toutes les langues. Son parcours fascine et il marque ainsi l’histoire.

Le natif de Chicago est devenu une des seules références en la matière car travailler dans le milieu de la mode, en tant que minorité visible, était presque aussi rare que de nous voir exercer dans divers postes à responsabilité.

Virgil fait la couverture papier de BOF, média en ligne hyper pointu sur le business de la mode, aux côtés de François-Henri Pinault en tant que pionnier, l’actrice Yara Shahidi sera le futur, Kalpona Akter en tant qu’activiste et le créateur Virgil Abloh, lui, sera le disruptor. Quatre couvertures, aux titres évocateurs. Ce terme accolé au directeur artistique prend tout son sens en terme de business cependant, il nous propulse dans une autre dimension de grand n’importe quoi. Alors, j’ai presque le sentiment de devoir corriger le magazine spécialisé The Business of Fashion, non, Virgil n’est pas un disruptor, en tout cas pas de la manière dont j’imagine sa définition.

Je pense que passait l’excitation de sa nomination au sein d’une maison de renom telle que Louis Vuitton, il est primordial d’aller plus loin et considérer que malgré ce que Virgil Abloh incarne pour moi, pour la jeunesse afro-américaine et africaine, il est dans l’obligation de montrer ce qu’il a dans le ventre au même titre que d’autres dans sa catégorie.

Il est le reflet d’une époque. Une époque qui confond talent et influence, génie et carnet d’adresse, visibilité et vision disruptive. Rien de plus. Je pense que passait l’excitation de sa nomination au sein d’une maison de renom telle que Louis Vuitton, il est primordial  d’aller plus loin et considérer que malgré ce que Virgil Abloh incarne pour moi, pour la jeunesse afro-américaine et africaine, il est dans l’obligation de montrer ce qu’il a dans le ventre au même titre que d’autres dans sa catégorie comme  Hedi Slimane, Jean-Paul Gaultier, je ne sais pas, John Galliano, que je considère comme un pur génie aux références pointues et à la créativité folle. Plus je gratte… et plus, je me rends compte que ses propositions sont assez douteuses.

Régulièrement épinglé par Diet Prada pour ses incartades et errances créativesj’ai l’impression de tomber de haut sûrement parce que j’y croyais dur comme fer. Si ce n’est pas l’artiste italien Lucio Fantana ou encore sa compatriote américaine Messina Bottle, la liste continue de s’allonger.

Régulièrement épinglée par Diet Prada pour ses incartades et errances créatives, j’ai l’impression de tomber de haut sûrement parce que j’y croyais dur comme fer. Si ce n’est pas l’artiste italien Lucio Fantana ou encore sa compatriote américaine Messina Bottle lors de son premier défilé Louis Vuitton, la liste continue de s’allonger. C’est notre devoir d’être critique vis-à-vis de ceux qui nous représentent. Je considère que l’excellence devrait être le moteur majeur plus que la hype et cette idée que nous sommes enfin sur le devant de la scène ou à un poste à responsabilité dans une maison de renom. Au delà de la hype, Virgil propose du vent. En tout cas, pas grand-chose pour le moment. Tantôt teinté de hip hop certes, de beaucoup de réseaux sociaux et d’idées qui semblent avoir pompé sur d’autres, il me paraît précoce de le qualifier de la sorte, il n’a pas encore passé le test.

Levi’s® x karla redéfinit le basique américain à l’heure du populisme

Levi’s® x karla.

On nous vend ce fameux concept fumeux que nous sommes tous, du moins en façade, contributeur de ce qu’est une nation, un pays et/ou un royaume. C’est un challenge de taille dans un pays gangréné par la violence et par les discriminations raciales. Il faut le dire. Oui, quand est-ce qu’un Américain se sent-il américain ? C’est quoi le summum de l’américanisme ? C’est une bonne question. En France, les stéréotypes les plus prégnants sont la marinière et le béret. C’est complètement farfelu, mais c’est une façon assumée de se présenter au monde. Quelle est son incarnation la plus concrète ? Le Mc Donald, le Burger King, Calvin Klein… pour moi, Levi’s est une évidence. Il est un basique, un classique de la mode américaine. Cette griffe représente cette époque dite glorieuse, cette idée de renouveau. Dans le monde entier, cette griffe est l’apologie de cette époque conquérante, de ce capitalisme prônait comme étant le fer de lance de ce pays nouveau, de ce pays où tout était à refaire et l’esprit pionnier est toujours très présent dans sa nouvelle campagne parce qu’il y a ce besoin constant de devoir le redevenir en fonction de l’évolution de la société et je pense que c’est important. Il n’existe pas de marque qui incarne l’esprit américain aussi bien que Levi’s. Ce besoin de redéfinir ce qu’est réellement un Américain à l’ère du populisme de Trump est primordial. Levi’s l’a compris, l’Amérique blanche est un leurre. En partenariat avec la styliste Karla Welch, Levi’s donne carte blanche à celle qui côtoie le tout Hollywood, le Hollywood de la diversité, le Hollywood qui cartonne. Amber Heard, Amber Valletta, Hailey Baldwin, Yara Shahidi, Tracee Ellis Ross, America Ferrera, SZA, Karen O, Lisa Love et SoKo ont participé à la nouvelle campagne Levi’s. Une façon pour Karla de démontrer, à travers cette toile de coton enduite qui n’a rien de spéciale, que les icônes du moment maîtrisent les classiques vieux de 150 ans, mieux que personne.

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L’évangile selon André Leon Talley

Credit Ike Edeani for The New York Times

André Leon Talley est un personnage fascinant. Il n’a pas d’équivalent en France et dans le monde. Imposant, pour moi, il représente New York, ses excès, son snobisme et ce maniérisme so british. Il est un personnage récurrent voire omniprésent de la mode new-yorkaise que je trouve fascinante, divertissante et originale. Son approche de la mode est inventive et explosive. Je pense que Andre Leon Talley a su puiser cette flamboyance issue des églises noires de Caroline du Nord, où il a grandi. Ce personnage en haut en couleur considère sa grand-mère comme étant une de ses  influences majeures. On a tendance à croire, et moi la première, qu’il n’était que le sous fifre d’une rédactrice en chef, Anna Wintour, en désuétude, du grand magazine féminin au monde, Vogue US. Disciple de Diana Vreeland, il monte les échelons et devient un personnage incontournable. Il les a tous côtoyé, ces créateurs, ces photographes, ces stylistes, ces mannequins et ces pop stars dont il n’est pas avare de compliments. Il s’extasie toujours autant devant ce qui lui semble beau, « Perfect » comme il aime si bien le dire. André Leon Talley a cette fantaisie qui manquait face à sa rigidité, il a été le revers de la pièce, le côté pile. Ce serait injuste de ne pas lui attribuer toute cette influence qu’ Anna a pu bénéficier de sa part en coulisse, cet impact et cette fantaisie qu’il a apportée par sa présence indéniable dans l’industrie la plus cruelle au monde. Au-delà de ses commentaires tranchés en matière de style au gala du MET, ancien éditeur au Vogue US, membre du jury d’America’s Next Top Model, Fashion consultant pour Michelle Obama, je suis heureuse que sa vérité puisse enfin retentir. Réalisée par Kate Novack, prévu pour le 25 mai prochain, The Gospel According to André, retrace le parcours d’un jeune noir ambitieux, fantasque et original, qui venu de rien, ne rêvait que de mode. André s’y voyait déjà et il a été un précurseur pour nous et pour tant d’autres dont Edward Enninful, premier rédacteur en chef noir de Vogue UK.