On en parle de la combinaison pailletée de Tracee Ellis Ross dans Nice For What de Drake ?

Extrait de Nice For What de Drake

Il y a beaucoup de choses à dire sur Nice For What. Tellement, croyez-moi. En samplant un morceau du mythique The Miseducation of Lauryn Hill, Drake savait. Il savait qu’il aurait l’adhésion d’une génération de femmes noires bercée par la poésie et les revendications de son auteure, il savait qu’il aurait mon adhésion. A mon sens, Lauryn Hill est intouchable et en faisant le choix de toucher à Ex-Factor, exactement vingt ans plus tard, je pense qu’il n’a pas eu tort. Certains disent qu’elle a accepté pour le cash, qu’elle devait payer ses impôts et je crois aussi qu’elle n’avait pas le choix. Je pense aussi qu’elle pouvait avoir pire comme proposition pour enfin payer ses impôts. Tout ceci me semble sujet à spéculer et pour l’instant Nice For What est en passe de devenir un hymne, en très peu de tant, pour les filles qui se retrouvent en Lauryn Hill et également en Drake, quelque part. Réalisé par Karena Evans, Nice For What est une succession de clichés, certains plus cohérents que d’autres, avec un Drake en retrait. On sait tous qu’un clip d’une telle envergure à pour vocation d’imposer les tendances à venir. Je ne sais pas si toutes les filles qui s’opposaient ouvertement aux sequins ont changé d’avis. En tout cas, j’ai changé d’avis. Tracee Ellis Ross, stylée par Karla Welch, est un bonheur pour les yeux. Adepte des tenues improbables, Tracee a parié et la combinaison pailletée vaut le détour. Jamais j’aurais penser une nanoseconde m’imaginer avoir à l’écrire mais apparemment, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, car en la regardant, j’ai eu une épiphanie comme j’en ai eu peu. L’actrice de Black-ish et Girlfriends a réussi à rendre une pièce compliquée, chargée et brillante très Diana Ross en un basique pour toutes les garde-robes, n’est-ce pas fou ? Tellement que j’en ai oublié la longue liste d’invitées, oui, parce qu’à part Tracee Ellis Ross, il y avait d’autres meufs comme Issa Rae, Letitia Wright, Yara Shahidi, Letitia Wright, Tiffany Haddish, Jourdan Dunn, Zoey Saldana… à ce qui paraît. Je commence à croire que secrètement Drake est une femme. En amenant cette brochette d’artistes mainstream aux discours plein d’assurance sur l’intersectionnalité, Drake nous prouve que c’est une femme comme une autre et qu’il est plutôt à l’aise avec l’idée.

L’Afrique n’a pas besoin de Vogue

Fashion designer Dumebi Iyamah, Swimwear Flock Birds

L’idée n’est pas nouvelle. Je pense sincèrement qu’elle part d’un bon sentiment, mais ce serait mal connaître les spécificités du continent africain. La mode africaine est de plus en plus diverse et j’aime qu’aujourd’hui sa visibilité soit débattue. Naomi Campbell l’a peut-être annoncée sur le coup de l’émotion, je ne sais pas, mais je pense que sa voix a un poids considérable dans l’industrie de la mode. Elle est témoin de l’émergence de nouvelles formes d’expression et disons-le, l’Europe ne propose plus rien depuis un bail. Son observation est bonne, je ne compte pas remettre en cause son expérience dans ce domaine. Cependant, je pense que sa déclaration manque de profondeur et d’analyse. Proposer un Vogue Africa s’est gommer les spécificités de toute une génération de créateurs hétérogènes et également, complémentaires. Ce serait se tromper d’affirmer que la mode africaine est exclusivement nigériane, ghanéenne ou encore sud-africaine, issue principalement des anciennes colonies anglophones.

Proposer un Vogue Africa s’est gommer les spécificités de toute une génération de créateurs hétérogènes et également, complémentaires. Ce serait se tromper d’affirmer que la mode africaine est exclusivement nigériane, ghanéenne ou encore sud-africaine, issue principalement des anciennes colonies anglophones.

Ce serait se tromper de la réduire à ce qui fait du buzz, à ce qui marche pour les américains et les britanniques. Je suis même outrée qu’après un court séjour à Lagos la contributrice du Vogue UK s’imagine cela. Que tous les regards soient désormais dirigés sur l’Afrique, que tout le monde veuille sa part de gâteau, c’est génial, cela attire des investisseurs, mais d’un point de vue global, cette proposition ne veut rien dire. La mode africaine ne signifie pas grand-chose si elle se réduit à une publication par mois avec 60 pages de publicités de grandes maisons européennes. Cela n’a pas de sens. Un Vogue Nigeria ou un Vogue Ghana, une extension, à mon sens d’un Vogue UK ou encore d’un Vogue US, du fait de leurs liens diasporiques étroits avec les pays du Commonwealth, je suis convaincue que c’est ce qu’ils envisageaient. Déjà en 2013, le photographe Mario Epanya avait soumis ce projet à Condé Nast Publications. Le groupe de presse international et détenteur de Vogue, Vanity Fair, Glamour, GQ… avait tout de même considéré que ce serait peine perdue, pas assez de lecteurs.

Centraliser sous une seule franchise, la créativité de tout un continent serait réducteur et naïf. 54 pays. 54 façons d’appréhender la mode, la beauté, la culture et en quelle langue ? Etant donné que l’africain n’existe pas. Cette proposition part sûrement d’un bon sentiment, mais elle semble à tout point de vue néo-colonialiste.

L’Afrique est un continent en pleine mutation, certaines zones plus que d’autres. Centraliser sous une seule franchise, la créativité de tout un continent serait réducteur et naïf. 54 pays. 54 façons d’appréhender la mode, la beauté, la culture et en quelle langue ? Etant donné que l’africain n’existe pas. Cette proposition part sûrement d’un bon sentiment mais elle semble à tout point de vue néo-colonialiste. Et vous allez me dire que ça marche pour Vogue Arabia et je ne vous dirais pas le contraire. La culture musulmane est prégnante et les codes sont les mêmes. C’est une fausse bonne idée d’un point de vue pratique et en terme d’indépendance serait un désastre. Avec tout le respect que j’ai pour Naomi et Vogue, je ne pense pas que ce soit une bonne idée. La mode africaine ne devrait plus être validée par les publications occidentales. C’est un challenge de taille pour les initiatives locales et Vogue ne devrait pas se mettre en chemin. L’Afrique a besoin de ses propres groupes de presse afin de valider ses talents de demain émanant du continent.

Virgil Abloh a-t-il réussi là où Kanye West s’est planté ?

Virgil Abloh

Les marques de luxe aiment jouer aux chaises musicales alors quand on aperçoit du sang frais on s’y accroche. En tout cas, la nouvelle me semble positive. Le créateur américain d’origine ghanéenne, Virgil Abloh, est sur toutes les bouches et semble avoir brisé ce plafond de verre, du moins en apparence. Pas de noir lors des défilés, ou peu, pas de créateurs issus de la diversité à la direction artistique de grandes maisons… le slogan était toujours le même. Est-ce un simple coup médiatique ? Est-ce que Virgil Abloh vaut vraiment le coup ? Louis Vuitton a fait le pari. En le nommant à la direction artistique de sa ligne homme, LVMH dit deux choses : son approche est en accord avec le marché actuel et surtout que Kanye West est à la ramasse. Personne ne le dit, mais soyons honnêtes, c’est la première chose qui m’est venue en tête, mais que fout Kanye ? Où en est le Louis Vuitton DonArchitecte de formation, DJ et styliste, il était surtout reconnu comme étant le bras droit du rappeur, également originaire de Chicago, Kanye West. Il a d’ailleurs été nommé aux Grammy’s pour la pochette de Watch The Throne de Jay Z/Kanye West. Le créateur de Chicago a fait plus que ses preuves et peut se targuer d’avoir à son actif, sans trop faire de vagues, des collaborations réussies avec Ikea, Nike, Levi’s, Vans

Est-ce un simple coup médiatique ? Est-ce que Virgil Abloh vaut vraiment le coup ? Louis Vuitton a fait le pari. En le nommant à la direction artistique de sa ligne homme, LVMH dit deux choses : son approche est en accord avec le marché actuel et surtout que Kanye West est à la ramasse. Personne ne le dit, mais soyons honnêtes, c’est la première chose qui m’est venue en tête, mais que fout Kanye ? Où en est le Louis Vuitton Don ?

Off-White, son label milanais a décollé en peu de temps et depuis, Virgil dîne désormais avec les grands dignitaires de la mode française, connue pour être la plus intransigeante de la planète. Le natif de Chicago a créé un label qui lui ressemble, un label avec une voix. Je vous arrête tout de suite. Je sais que la comparaison est facile, nan, mais il y a un monde entre Olivier Rousteing chez Balmain et Virgil Abloh, même si la question raciale est toujours sous-jacente dans l’industrie de la mode, son parcours reste l’un des plus atypiques. Ses créations sont discutables et c’est ce que j’aime parce qu’elles donnent matière à amorcer le dialogue. Au fond, qu’est-ce que cela signifie vraiment ? Qu’attendons-nous de lui à part peut-être être le premier créateur de couleur à la tête de la ligne homme de Louis Vuitton ? Tout ce que Virgil touche se transforme en or, n’a-t-il pas rendu Kanye West ringard ?Off-White a ce côté ordonné que Yeezy n’a pas. Trop sulfureux, trop sûr de lui, trop transparent, trop Kim Kardashian, trop tout court…

Je sais que la comparaison est facile, nan, mais il y a un monde entre Olivier Rousteing chez Balmain et Virgil Abloh, même si la question raciale est toujours sous-jacente dans l’industrie de la mode, son parcours reste l’un des plus atypiques. Ses créations sont discutables et c’est ce que j’aime parce qu’elles donnent matière à amorcer le dialogue.

Kanye West, malgré des soutiens de choix tels que Riccardo Tisci, ancien D.A. de Givenchy désormais chez Burberry, je vous l’avais dit chaise musicale, de la Fashion director at-large chez Vogue Nippon, Anna Dello Russo ou encore Carine Roitfeld, connue pour être Carine de Roitfeld, ne suffisent pas à asseoir son statut de créateur, car ses collections ne proposent pas une vision à la fois réaliste et novatrice qu’on attend de son génie auto-proclamé. Son côté imprévisible et cette faculté à faire le buzz dans le vide ne font pas un créateur sur le long terme, une fashion victim, peut-être. Virgil a réussi là où Kanye a échoué, car il représente cette symbiose parfaite et pas forcée entre hip hop, streetwear et luxe. Etre adoubé par LVMH, c’est ce qui lui manquait pour prouver qu’il est bien plus qu’un trait d’union, mais bel et bien une valeur sûre. La nomination de Virgil Abloh met en exergue les inconsistances créatives de son ami, Kanye West et ses nombreuses rivalités dont celle avec Jay Z.

Jacquemus transpose la mode parisienne du rêve à la réalité

Jacquemus Printemps-Été 2018 par Alessandra Padovani

Je ne suis pas attentivement la semaine de la mode parisienne. J’ai le sentiment que Paris aime rester à côté de la plaque et constamment présenter les mêmes collections, avec les mêmes créateurs et que le sang ne se renouvelle jamais vraiment. Hedi chez Céline, puis chez Dior et chez YSL et dans le sens inverse, ça fonctionne aussi très bien. J’ai toujours su que la France n’avait pas confiance en sa jeunesse, le cas de Jacquemus se présente comme une sorte d’exception alors qu’elle devrait être la norme. Je vous avoue que je ne comprends pas grand chose au phénomène Jacquemus. Pour être honnête, je trouve ses fringues déjà vu et en même temps, c’est à des années-lumière de ce qui se trame dans les défilés parisiens. Il a eu l’audace de proposer des créations accessibles. L’inspiration vient d’ailleurs, tout en étant commune. C’est un sentiment d’ambiguïté qui m’a envahi quand j’ai vu sa collection intitulée « La Bomba » en hommage à sa mère disparue trop tôt et qui lui a donné le courage de se lancer. On nous le vend comme la nouvelle garde de la mode française, je ne suis pas encore convaincue par cela mais, il a eu le culot de déplacer la mode à Marseille, de transporter partout où il passe ce vent d’Orient et donner à la seconde ville de France un poids sur la scène internationale. Simon Porte Jacquemus a réussi à imposer l’idée que Marseille peut être une ville à l’avant-garde, une ville où la mode française s’exprime, une ville moins pète sec que Paris, une ville où la mode est réalité, où la mode n’est pas réservée à une élite, où la mode n’est pas un fantasme… J’étais heureuse de voir, enfin, un jeune créateur décomplexé partager son travail dans un lieu aussi dépaysant que le Musée Picasso et défendre son idée de la femme : une femme à la peau halée, au visage typé, une femme du sud, une femme d’orient. Pour lui, les sacs sont petits, les chapeaux sont grands et les couleurs sont organiques. Il n’a rien révolutionné, si peut être qu’il réussit, le temps d’un instant, à éradiquer ce snobisme accolé à la mode parisienne. Pour le moment, à 28 ans, Simon a le mérite de la décloisonner, certes juste un peu et c’est déjà pas mal !