Levi’s® x karla redéfinit le basique américain à l’heure du populisme

Levi’s® x karla.

On nous vend ce fameux concept fumeux que nous sommes tous, du moins en façade, contributeur de ce qu’est une nation, un pays et/ou un royaume. C’est un challenge de taille dans un pays gangréné par la violence et par les discriminations raciales. Il faut le dire. Oui, quand est-ce qu’un Américain se sent-il américain ? C’est quoi le summum de l’américanisme ? C’est une bonne question. En France, les stéréotypes les plus prégnants sont la marinière et le béret. C’est complètement farfelu, mais c’est une façon assumée de se présenter au monde. Quelle est son incarnation la plus concrète ? Le Mc Donald, le Burger King, Calvin Klein… pour moi, Levi’s est une évidence. Il est un basique, un classique de la mode américaine. Cette griffe représente cette époque dite glorieuse, cette idée de renouveau. Dans le monde entier, cette griffe est l’apologie de cette époque conquérante, de ce capitalisme prônait comme étant le fer de lance de ce pays nouveau, de ce pays où tout était à refaire et l’esprit pionnier est toujours très présent dans sa nouvelle campagne parce qu’il y a ce besoin constant de devoir le redevenir en fonction de l’évolution de la société et je pense que c’est important. Il n’existe pas de marque qui incarne l’esprit américain aussi bien que Levi’s. Ce besoin de redéfinir ce qu’est réellement un Américain à l’ère du populisme de Trump est primordial. Levi’s l’a compris, l’Amérique blanche est un leurre. En partenariat avec la styliste Karla Welch, Levi’s donne carte blanche à celle qui côtoie le tout Hollywood, le Hollywood de la diversité, le Hollywood qui cartonne. Amber Heard, Amber Valletta, Hailey Baldwin, Yara Shahidi, Tracee Ellis Ross, America Ferrera, SZA, Karen O, Lisa Love et SoKo ont participé à la nouvelle campagne Levi’s. Une façon pour Karla de démontrer, à travers cette toile de coton enduite qui n’a rien de spéciale, que les icônes du moment maîtrisent les classiques vieux de 150 ans, mieux que personne.

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L’évangile selon André Leon Talley

Credit Ike Edeani for The New York Times

André Leon Talley est un personnage fascinant. Il n’a pas d’équivalent en France et dans le monde. Imposant, pour moi, il représente New York, ses excès, son snobisme et ce maniérisme so british. Il est un personnage récurrent voire omniprésent de la mode new-yorkaise que je trouve fascinante, divertissante et originale. Son approche de la mode est inventive et explosive. Je pense que Andre Leon Talley a su puiser cette flamboyance issue des églises noires de Caroline du Nord, où il a grandi. Ce personnage en haut en couleur considère sa grand-mère comme étant une de ses  influences majeures. On a tendance à croire, et moi la première, qu’il n’était que le sous fifre d’une rédactrice en chef, Anna Wintour, en désuétude, du grand magazine féminin au monde, Vogue US. Disciple de Diana Vreeland, il monte les échelons et devient un personnage incontournable. Il les a tous côtoyé, ces créateurs, ces photographes, ces stylistes, ces mannequins et ces pop stars dont il n’est pas avare de compliments. Il s’extasie toujours autant devant ce qui lui semble beau, « Perfect » comme il aime si bien le dire. André Leon Talley a cette fantaisie qui manquait face à sa rigidité, il a été le revers de la pièce, le côté pile. Ce serait injuste de ne pas lui attribuer toute cette influence qu’ Anna a pu bénéficier de sa part en coulisse, cet impact et cette fantaisie qu’il a apportée par sa présence indéniable dans l’industrie la plus cruelle au monde. Au-delà de ses commentaires tranchés en matière de style au gala du MET, ancien éditeur au Vogue US, membre du jury d’America’s Next Top Model, Fashion consultant pour Michelle Obama, je suis heureuse que sa vérité puisse enfin retentir. Réalisée par Kate Novack, prévu pour le 25 mai prochain, The Gospel According to André, retrace le parcours d’un jeune noir ambitieux, fantasque et original, qui venu de rien, ne rêvait que de mode. André s’y voyait déjà et il a été un précurseur pour nous et pour tant d’autres dont Edward Enninful, premier rédacteur en chef noir de Vogue UK.

On en parle de la combinaison pailletée de Tracee Ellis Ross dans Nice For What de Drake ?

Extrait de Nice For What de Drake

Il y a beaucoup de choses à dire sur Nice For What. Tellement, croyez-moi. En samplant un morceau du mythique The Miseducation of Lauryn Hill, Drake savait. Il savait qu’il aurait l’adhésion d’une génération de femmes noires bercée par la poésie et les revendications de son auteure, il savait qu’il aurait mon adhésion. A mon sens, Lauryn Hill est intouchable et en faisant le choix de toucher à Ex-Factor, exactement vingt ans plus tard, je pense qu’il n’a pas eu tort. Certains disent qu’elle a accepté pour le cash, qu’elle devait payer ses impôts et je crois aussi qu’elle n’avait pas le choix. Je pense aussi qu’elle pouvait avoir pire comme proposition pour enfin payer ses impôts. Tout ceci me semble sujet à spéculer et pour l’instant Nice For What est en passe de devenir un hymne, en très peu de tant, pour les filles qui se retrouvent en Lauryn Hill et également en Drake, quelque part. Réalisé par Karena Evans, Nice For What est une succession de clichés, certains plus cohérents que d’autres, avec un Drake en retrait. On sait tous qu’un clip d’une telle envergure à pour vocation d’imposer les tendances à venir. Je ne sais pas si toutes les filles qui s’opposaient ouvertement aux sequins ont changé d’avis. En tout cas, j’ai changé d’avis. Tracee Ellis Ross, stylée par Karla Welch, est un bonheur pour les yeux. Adepte des tenues improbables, Tracee a parié et la combinaison pailletée vaut le détour. Jamais j’aurais penser une nanoseconde m’imaginer avoir à l’écrire mais apparemment, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, car en la regardant, j’ai eu une épiphanie comme j’en ai eu peu. L’actrice de Black-ish et Girlfriends a réussi à rendre une pièce compliquée, chargée et brillante très Diana Ross en un basique pour toutes les garde-robes, n’est-ce pas fou ? Tellement que j’en ai oublié la longue liste d’invitées, oui, parce qu’à part Tracee Ellis Ross, il y avait d’autres meufs comme Issa Rae, Letitia Wright, Yara Shahidi, Letitia Wright, Tiffany Haddish, Jourdan Dunn, Zoey Saldana… à ce qui paraît. Je commence à croire que secrètement Drake est une femme. En amenant cette brochette d’artistes mainstream aux discours plein d’assurance sur l’intersectionnalité, Drake nous prouve que c’est une femme comme une autre et qu’il est plutôt à l’aise avec l’idée.

L’Afrique n’a pas besoin de Vogue

Fashion designer Dumebi Iyamah, Swimwear Flock Birds

L’idée n’est pas nouvelle. Je pense sincèrement qu’elle part d’un bon sentiment, mais ce serait mal connaître les spécificités du continent africain. La mode africaine est de plus en plus diverse et j’aime qu’aujourd’hui sa visibilité soit débattue. Naomi Campbell l’a peut-être annoncée sur le coup de l’émotion, je ne sais pas, mais je pense que sa voix a un poids considérable dans l’industrie de la mode. Elle est témoin de l’émergence de nouvelles formes d’expression et disons-le, l’Europe ne propose plus rien depuis un bail. Son observation est bonne, je ne compte pas remettre en cause son expérience dans ce domaine. Cependant, je pense que sa déclaration manque de profondeur et d’analyse. Proposer un Vogue Africa s’est gommer les spécificités de toute une génération de créateurs hétérogènes et également, complémentaires. Ce serait se tromper d’affirmer que la mode africaine est exclusivement nigériane, ghanéenne ou encore sud-africaine, issue principalement des anciennes colonies anglophones.

Proposer un Vogue Africa s’est gommer les spécificités de toute une génération de créateurs hétérogènes et également, complémentaires. Ce serait se tromper d’affirmer que la mode africaine est exclusivement nigériane, ghanéenne ou encore sud-africaine, issue principalement des anciennes colonies anglophones.

Ce serait se tromper de la réduire à ce qui fait du buzz, à ce qui marche pour les américains et les britanniques. Je suis même outrée qu’après un court séjour à Lagos la contributrice du Vogue UK s’imagine cela. Que tous les regards soient désormais dirigés sur l’Afrique, que tout le monde veuille sa part de gâteau, c’est génial, cela attire des investisseurs, mais d’un point de vue global, cette proposition ne veut rien dire. La mode africaine ne signifie pas grand-chose si elle se réduit à une publication par mois avec 60 pages de publicités de grandes maisons européennes. Cela n’a pas de sens. Un Vogue Nigeria ou un Vogue Ghana, une extension, à mon sens d’un Vogue UK ou encore d’un Vogue US, du fait de leurs liens diasporiques étroits avec les pays du Commonwealth, je suis convaincue que c’est ce qu’ils envisageaient. Déjà en 2013, le photographe Mario Epanya avait soumis ce projet à Condé Nast Publications. Le groupe de presse international et détenteur de Vogue, Vanity Fair, Glamour, GQ… avait tout de même considéré que ce serait peine perdue, pas assez de lecteurs.

Centraliser sous une seule franchise, la créativité de tout un continent serait réducteur et naïf. 54 pays. 54 façons d’appréhender la mode, la beauté, la culture et en quelle langue ? Etant donné que l’africain n’existe pas. Cette proposition part sûrement d’un bon sentiment, mais elle semble à tout point de vue néo-colonialiste.

L’Afrique est un continent en pleine mutation, certaines zones plus que d’autres. Centraliser sous une seule franchise, la créativité de tout un continent serait réducteur et naïf. 54 pays. 54 façons d’appréhender la mode, la beauté, la culture et en quelle langue ? Etant donné que l’africain n’existe pas. Cette proposition part sûrement d’un bon sentiment mais elle semble à tout point de vue néo-colonialiste. Et vous allez me dire que ça marche pour Vogue Arabia et je ne vous dirais pas le contraire. La culture musulmane est prégnante et les codes sont les mêmes. C’est une fausse bonne idée d’un point de vue pratique et en terme d’indépendance serait un désastre. Avec tout le respect que j’ai pour Naomi et Vogue, je ne pense pas que ce soit une bonne idée. La mode africaine ne devrait plus être validée par les publications occidentales. C’est un challenge de taille pour les initiatives locales et Vogue ne devrait pas se mettre en chemin. L’Afrique a besoin de ses propres groupes de presse afin de valider ses talents de demain émanant du continent.