C’est la faute à Jenna Lyons

Ragamuf

Je ne comprenais pas pourquoi les gens sont heureux de montrer leurs intérieurs. J’avoue qu’il suffit de regarder celui de Jenna Lyons pour ne plus vouloir sortir de chez soi. Je trouvais cette tendance banale et bizarrement, aujourd’hui je suis obsédée d’intérieurs. Après la visite de son ancienne maison de ville à Brooklyn, l’ex-présidente et directrice artistique de J.Crew a ouvert les portes de son loft de Soho, à New York, au T magazine, Jenna Lyons’s Space of Her Own. Son sofa vieux rose en velours est une tuerie. Je suis donc partie à la recherche d’une chaise cool à défaut de pouvoir acquérir un sofa vieux rose. En fouinant sur les internets, j’ai découvert Ragamuf. En plus d’être plus abordable que le sofa de mes rêves dictés par ceux de Jenna Lyons, chaque housse de chaises est unique, éthique et pop. L’entreprise finnoise s’engage à employer des femmes syriennes pour produire ces merveilles à partir de surplus textiles. Il n’y a pas plus grand sentiment que de se sentir bien chez soi, car chaque objet représente un pan de soi, une histoire, une envie, un souvenir… Désormais, j’apprécie que les objets aient un sens. Ce sont les joies de la trentaine, je suppose. Apprendre à ne plus accumuler, ne plus paraître et connaître ses goûts. Je crois que c’est également valide en terme de décoration intérieure. Et au fur et à mesure, les choses qui nous paraissaient banales deviennent importantes comme passer du temps en famille autour d’une grande tablée, apprécier un bon film emmitouflé dans un plaid en laine et rire à gorge déployée.

Le British Vogue par Edward Enninful

AWK Studio

Ici, le British Vogue a été lu et relu. On l’a saigné. Dès l’édito, Edward Enninful pose les bases. British Vogue sera britannique ou ne sera pas. De l’écrivaine, Zadie Smith, en passant par sa pote de toujours et top internationale, Naomi Campbell, partie interviewer le Maire de Londres d’origine pakistanaise, Sadiq Khan, à l’heure du Brexit, séquence épique et une flopée de mecs et meufs de la mode anglaise. Il nous replonge dans les archives du magazine afro-américain, Ebony. Comme tout droit sortie des années 70, Adwoa Aboah se la joue caméléon. Souvent associée au look garçonne, sur la couverture, elle a ce truc qui rend le cliché du photographe Steven Meisel intemporel. Edward Enninful dégaine l’artillerie lourde qui consiste avant tout à sélectionner la crème des crèmes anglaises nées et/ou grandies en Grande-Bretagne. On sent cette volonté d’enracinement territorial, culturel et politique. C’est un pari audacieux dans l’ère du numérique où les personnalités Instagram ont pris le pouvoir. Le brassage qu’il nous avait promis y est. C’est beau, cohérent, inclusif et irrévérencieusement anglais. Le premier numéro Vogue du premier rédacteur-en-chef d’origine ghanéenne était attendu et il n’a pas déçu. Un retour aux fondamentaux de la part d’Edward Enninful qui puise allègrement dans l’esthétique et la fraîcheur de cette décennie et de ce que la Grande-Bretagne sait faire de mieux. Tout est savamment sélectionné, rien n’est laissé au hasard. Vogue British se recentre sans forcément exclure et les autres éditions devraient en prendre de la graine. Un must have 2017.

Inspiration look / The Supremes – la robe à sequins

The Supremes

Les années 60, une décennie que j’affectionne d’un point de vue culturel, politique et mais, également du point de vue de la libération de la femme. Ils seront à tout jamais marqué par la Motown et sa soul aseptisée. Les Supremes sont l’archétype par excellence du groupe féminin, la recette qui a cartonné et qui continue à inspirer les producteurs. Les paroles sont niaises, pas trop profondes, les refrains sont répétitifs, les déhanchements sont chaloupés et les tenues sont hors du commun, tout a été fait pour plaire à un public mainstream, à la fois noir et blanc. Et ça, c’était nouveau à l’époque. Je voue une certaine admiration pour les groupes féminins, pour l’économie qu’ils génèrent mais également pour l’image qu’ils projettent de la femme moderne. Que ce soit TLC, Destiny’s Child, les Spice Girls ou encore les Supremes, elles ont marqué les esprits avec leurs uniformes à la fois coordonnés et travaillés selon la position attribuée. Aujourd’hui, on sent un retour de l’esthétisme des années 60, du clinquant et de l’ostentation avec un naturel à la Diana Ross. A AWK Studio, on ne voulait pas s’éloigner de la base et on a bien sûr imaginé un total look Supremes. Une robe à sequins accompagnée de lèvres nudes, d’un regard de biche souligné d’un crayon blanc et de cils XXL pour ouvrir l’oeil au maximum et d’un bob archi-bouffant, impossible de la porter autrement. Je sais que ça peut paraître superficiel cependant The Supremes ont su personnifier ce style à la perfection à un tel point que la robe à sequins fait partie des intemporels des fêtes de fin d’années. Tout est dans l’exagération et ça, ne se démode pas.  Balmain, Tom Ford, J.Crew, Asos… toutes les marques proposent sa propre version du sequin. Tantôt en bottes, en pantalon, en petites touches pour le jour ou rétro-futuriste en robe longue pour le soir, le sequin n’a jamais quitté le vestiaire des fêtes de fin d’années et ça donne envie de s’y mettre.

Azzedine Alaïa, le dernier grand couturier

Azzedine Alaïa

Qu’est-ce que nous savons réellement de la mode ? Je veux dire par là que la mode n’a rien intéressant à part, peut-être, les gens qui la font. Je crois qu’il est important de savoir bien s’habiller. Je crois aux vertus thérapeutiques d’une bonne sape. Cependant, je crois davantage qu’il existe des gens tellement amoureux d’autres gens, qu’ils sont prêts dédier leur existence au point de disparaître derrière leurs créations. L’attitude d’un grand couturier, petit par la taille mais grand en créativité a été celle-ci. Sa carrière a été brillante et son travail perdura. Les sandales et ses robes sculpturales Alaïa sont de pures merveilles. Les gens continueront de porter du Alaïa comme ils continuent de porter du Dior, du YSL, du Alexander McQueen… Mon hommage, ici, se doit d’être double. Il s’appelait Azzedine. Il a été sans-papiers. De nos jours, Azzedine est un prénom stigmatisé et d’une façon ou d’une autre, ça fait du bien de le lire accolé à un destin hors du commun. En tant que première génération, je suis fière que ce franco-tunisien ait gardé son identité et qu’il ne se soit pas caché derrière un blaze fancy ou d’aristo et ce, jusqu’à sa mort. C’est là que la mode prend tout son sens. Je n’ai pas connu Azzedine Alaïa personnellement et j’aurais aimé. Il y a tellement d’illustres personnes qui sont parties trop tôt, que j’aurais aimé rencontrer. Azzedine Alaïa a été et restera le symbole de la France que j’aime, une France gagnante. Je ne crois pas qu’il faille être grand, blanc, blond et/ou s’appeler tous les patronymes qui font bon genre pour avoir bon goût. Azzedine nous l’a prouvé et, je lui dis merci. Au revoir, Habibi !