Yeah! I’m that b*tch!

New York Magazine

J’aime Cardi B. Cardi B me met de bonne humeur. Cette semaine, la jeune femme de 25 ans a pris la pose pour le New York Magazine. Rien que ça. Les clichés sont signés Hassan Hajjaj. Le photographe marocain, surnommé l’Andy Warhol de Marrakech, a immortalisé l’ex-stripteaseuse, vineuse, star de télé-réalité et désormais rappeuse. C’est hyper bling-bling, clinquant, voire vulgaire à souhait. On sait tous que Cardi B n’incarne pas ce style épuré à l’européenne, cette simplicité à l’italienne et on ne lui demande pas cela. Elle est sûrement tout ce que l’on a longtemps rejeté, la fille des bas quartiers, mais on ne peut pas le nier, elle a un truc magnétique. Elle représente toutes ces filles paumées mais complètement délires du Bronx et ça fait du bien. Je n’ai pas écouté son morceau phare, Bodak Yellow, et les extraits que j’ai pu entendre ne volent, à mon sens, pas bien haut. Je ne pense pas que ce soit une rappeuse exceptionnelle malgré un numéro 1 au Billboard Hot 100. Au fond, on sent fout qu’elle mette b*tch à toutes les sauces, qu’elle ne sache pas prononcer la plupart des mots du dictionnaire ou qu’elle soit excessive, Belcalis Almanzar alias Cardi B est flamboyante, libre et cool et se fout de ce que l’on peut bien penser d’elle. Ce qu’on retient, c’est son visage, sa voix, on apprécie voir ses amygdales à chaque fois qu’elle sort la langue plus que ses divers talents cachés. Dans cette société où tout semble calculé dans les moindres détails, Cardi B propose que ce qui lui manque, de la spontanéité.

La française est-elle seulement blanche, parisienne et conne ?

Crédits : Harry Gruyaert

Paris est une marque. De nombreux auteurs bobos perpétuent le caractère mythique de la parisienne blanche, cultivée et prétentieuse. Celle, blonde ou brune au choix, qui boit son café noir en terrasse, cigarette à la main, dès 10 heures du mat, se bourre de pain, tout en citant Baudelaire en baisant et bla bla bla… Alors pour ne pas frustrer l’imaginaire de sa base, Canal Plus propose une série écrite par Zabou Breitman, Paris etc. Création originale, mon oeil. La bande-annonce n’annonce rien, elle donne juste la nausée. Quand les Américains nous dopent à la Queen Sugar, Insecure, Master of None… c’est surréaliste. Je pense sincèrement qu’il n’y a pas de saine compétition et de diversité, que les auteurs français ne sont pas en phase avec la réalité du coin de la rue. La déconnexion avec notre société qui vit des changements sociaux, économiques et politiques est flagrante. Sur papier, Paris etc. se veut révolutionnaire et tente de tordre le cou aux clichés concernant la parisienne parfaite tout en les perpétuant. Cette fois, elle dit « merde », plus elle le dit en foutant une pêche à son interlocuteur plus c’est mignon. Personnellement, je suis agacée par ces Zabou & co qui ne bougent pas leurs fesses de Montmartre et/ou du Marais. Je pensais qu’il serait impossible en 2017 d’écrire autant d’inepties et de qualifier ces anachronismes de nouveaux, de féministes, de métissés, de créatifs voire pire, d’originaux. Quand est-ce que la télévision française commencera à ouvrir les yeux, en toute honnêteté, sur ce monde en pleine mutation et proposera d’autres narrations, sans tomber dans la victimisation ? Paris est l’une des villes les plus multiculturelles du globe, il y a un tas de femmes, un tas d’histoires de femmes et des milliers de manières d’être parisienne. Je regarde rarement les séries françaises et je comprends pourquoi ça ne décolle pas. Je crois que c’est un élément de réflexion, depuis le temps qu’on le rabâche. Juste à côté, on est pas obligé d’aller si loin, les Anglais, les Espagnols et les Allemands ont trouvé la formule. Paris etc. est une comédie romantique déclinée en série. Archaïque, ridicule et snobe, assez pour ne pas se sentir concerné.

Nicole Atieno, la fille de Kisumu

@gucci @nicoleatenio

Derrière les paillettes et les podiums, il y a toujours une sorte de storytelling autour de la cendrillon moderne. En les regardant, on a le soupçon d’un pays lointain, le sentiment d’être représentée quelque part. D’où vient-elle ? Son visage m’a-t-il l’air familier ou pas ? Nicole Atieno est l’une des égéries de la campagne Gucci. A seulement 21 ans, la jeune mannequin germano-kényane enchaîne les contrats avec les plus grandes maisons de haute couture, les magazines et même le géant espagnol de la fast fashion, Zara, se l’arrache. Elle fait son job et le fait bien. Pourtant, l’ascension de Nicole symbolise quelque chose de plus grand. Elle symbolise ce qui se cache réellement derrière le concept de l’immigration. Le combat d’une mère venue s’installer plus tôt en Allemagne pour offrir une vie meilleure à sa progéniture. En mettant sa ville natale, Kisumu, sur les feux des projecteurs, elle propose une histoire plus humaine de l’immigration. Je suis toujours intriguée par celles nées pleine de grâce. Je me souviens de la frénésie autour des somaliennes, Iman et Waris Dirie, de l’éthiopienne Liya Kebede ou encore de la sud-soudanaise, Alek Wek. Au fond, la beauté n’est qu’un prétexte. Ces modèles apportent un débat géopolitique à une industrie aussi narcissique et matérialiste que la mode. Elle lui donne un sens. Elles sont des ambassadrices, des visages photogéniques de guerres déshumanisées, de famines qui font les unes des journaux télévisés, des camps de réfugiés dont on ose à peine imaginer l’insalubrité et de la misère du continent le plus riche au monde. Malgré elles, souvent par elles, elles rendent compte des réalités de l’immigration, de l’exil, de la déportation et tendent la main à ceux qu’elles ont laissé derrière.

Teen Vogue, la fin d’une ère qui venait à peine de commencer

@teenvogue

Le story-telling était parfait. J’ai appris la nouvelle en lisant l’hommage de la styliste et rédactrice mode freelance, Solange Franklin, qui y a fait ses classes. Teen Vogue avait un truc, un truc qui donnait envie de croire en l’avenir de la presse. Je suis choquée par la nouvelle. Une seule année, il aura fallu d’une seule année pour enterrer la publication papier après le tour de force presque politique d‘Elaine Welteroth, la rédac’ chef du turfu. C’était trop noir pour être vrai. Condé Nast le savait. Cette mort était programmée. Intelligent, ouvert, racisé et pointu, le groupe médias américain se fout de tout ça et veut faire des économies en impression, surtout de fonctionnement. J’y ai cru dur comme fer et si le revirement militant et féministe de Teen Vogue n’était que du cinéma ? J’en doute. Teen Vogue va manquer. Il était le manuel de ces Power Girls, ces meufs intelligentes et mignonnes, parce que l’un peut aller avec l’autre, talentueuses et militantes. Les Rowan, les Yara, les Amandla, les Zendaya, les Solange ont perdu leur plateforme. Une plateforme importante parce que l’estime de soi se consolide à l’adolescence. Vous allez me dire Internet est là, en grande fervente du format papier, j’ai mal. Teen Vogue a appris à des jeunes filles d’aimer la texture de leurs cheveux, la structure de leurs visages et d’embrasser leurs formes. Je fais partie d’une génération de femmes qui n’a pas eu la chance de grandir avec des modèles qui lui ressemblaient en couverture de magazines. Etre forte était enfin devenue tendance et je regrette déjà cette ère !