Le British Vogue par Edward Enninful

AWK Studio

Ici, le British Vogue a été lu et relu. On l’a saigné. Dès l’édito, Edward Enninful pose les bases. British Vogue sera britannique ou ne sera pas. De l’écrivaine, Zadie Smith, en passant par sa pote de toujours et top internationale, Naomi Campbell, partie interviewer le Maire de Londres d’origine pakistanaise, Sadiq Khan, à l’heure du Brexit, séquence épique et une flopée de mecs et meufs de la mode anglaise. Il nous replonge dans les archives du magazine afro-américain, Ebony. Comme tout droit sortie des années 70, Adwoa Aboah se la joue caméléon. Souvent associée au look garçonne, sur la couverture, elle a ce truc qui rend le cliché du photographe Steven Meisel intemporel. Edward Enninful dégaine l’artillerie lourde qui consiste avant tout à sélectionner la crème des crèmes anglaises nées et/ou grandies en Grande-Bretagne. On sent cette volonté d’enracinement territorial, culturel et politique. C’est un pari audacieux dans l’ère du numérique où les personnalités Instagram ont pris le pouvoir. Le brassage qu’il nous avait promis y est. C’est beau, cohérent, inclusif et irrévérencieusement anglais. Le premier numéro Vogue du premier rédacteur-en-chef d’origine ghanéenne était attendu et il n’a pas déçu. Un retour aux fondamentaux de la part d’Edward Enninful qui puise allègrement dans l’esthétique et la fraîcheur de cette décennie et de ce que la Grande-Bretagne sait faire de mieux. Tout est savamment sélectionné, rien n’est laissé au hasard. Vogue British se recentre sans forcément exclure et les autres éditions devraient en prendre de la graine. Un must have 2017.

FUCK YOU, FUCK YOU, FUUUUCK YOU

Seka

Chorégraphe et directrice artistique de la fanfare afro-féministes 30 nuances de noir-e-s, Sandra Sainte Rose et sa formation ont enflammé, ce week-end, La Villette. « FUCK YOU, FUCK YOU, FUUUUCK YOU », elles le répéteront sans sourciller et vêtues d’or et d’argent comme pour nous rappeler que briller, c’est également exister. Elles savent qu’elles ont plus de facilité à se faire entendre en chantant qu’en parlant. Cette organisation artistique a pour vocation d’ouvrir les yeux sur le manque de représentation de la femme racisée dans l’espace public. Dans une société qui ne les voit pas, elles ont décidé d’être vu et de faire autant de bruit possible. Pendant de 40 minutes, la formation revisite le répertoire de Fela Kuti, le musicien, militant nigérian et créateur de l’afro-beat, entre autres. Un combat permanent et une excellente initiative.

Azzedine Alaïa, le dernier grand couturier

Azzedine Alaïa

Qu’est-ce que nous savons réellement de la mode ? Je veux dire par là que la mode n’a rien intéressant à part, peut-être, les gens qui la font. Je crois qu’il est important de savoir bien s’habiller. Je crois aux vertus thérapeutiques d’une bonne sape. Cependant, je crois davantage qu’il existe des gens tellement amoureux d’autres gens, qu’ils sont prêts dédier leur existence au point de disparaître derrière leurs créations. L’attitude d’un grand couturier, petit par la taille mais grand en créativité a été celle-ci. Sa carrière a été brillante et son travail perdura. Les sandales et ses robes sculpturales Alaïa sont de pures merveilles. Les gens continueront de porter du Alaïa comme ils continuent de porter du Dior, du YSL, du Alexander McQueen… Mon hommage, ici, se doit d’être double. Il s’appelait Azzedine. Il a été sans-papiers. De nos jours, Azzedine est un prénom stigmatisé et d’une façon ou d’une autre, ça fait du bien de le lire accolé à un destin hors du commun. En tant que première génération, je suis fière que ce franco-tunisien ait gardé son identité et qu’il ne se soit pas caché derrière un blaze fancy ou d’aristo et ce, jusqu’à sa mort. C’est là que la mode prend tout son sens. Je n’ai pas connu Azzedine Alaïa personnellement et j’aurais aimé. Il y a tellement d’illustres personnes qui sont parties trop tôt, que j’aurais aimé rencontrer. Azzedine Alaïa a été et restera le symbole de la France que j’aime, une France gagnante. Je ne crois pas qu’il faille être grand, blanc, blond et/ou s’appeler tous les patronymes qui font bon genre pour avoir bon goût. Azzedine nous l’a prouvé et, je lui dis merci. Au revoir, Habibi !

Yeah! I’m that b*tch!

New York Magazine

J’aime Cardi B. Cardi B me met de bonne humeur. Cette semaine, la jeune femme de 25 ans a pris la pose pour le New York Magazine. Rien que ça. Les clichés sont signés Hassan Hajjaj. Le photographe marocain, surnommé l’Andy Warhol de Marrakech, a immortalisé l’ex-stripteaseuse, vineuse, star de télé-réalité et désormais rappeuse. C’est hyper bling-bling, clinquant, voire vulgaire à souhait. On sait tous que Cardi B n’incarne pas ce style épuré à l’européenne, cette simplicité à l’italienne et on ne lui demande pas cela. Elle est sûrement tout ce que l’on a longtemps rejeté, la fille des bas quartiers, mais on ne peut pas le nier, elle a un truc magnétique. Elle représente toutes ces filles paumées mais complètement délires du Bronx et ça fait du bien. Je n’ai pas écouté son morceau phare, Bodak Yellow, et les extraits que j’ai pu entendre ne volent, à mon sens, pas bien haut. Je ne pense pas que ce soit une rappeuse exceptionnelle malgré un numéro 1 au Billboard Hot 100. Au fond, on sent fout qu’elle mette b*tch à toutes les sauces, qu’elle ne sache pas prononcer la plupart des mots du dictionnaire ou qu’elle soit excessive, Belcalis Almanzar alias Cardi B est flamboyante, libre et cool et se fout de ce que l’on peut bien penser d’elle. Ce qu’on retient, c’est son visage, sa voix, on apprécie voir ses amygdales à chaque fois qu’elle sort la langue plus que ses divers talents cachés. Dans cette société où tout semble calculé dans les moindres détails, Cardi B propose que ce qui lui manque, de la spontanéité.