Nicole Atieno, la fille de Kisumu

@gucci @nicoleatenio

Derrière les paillettes et les podiums, il y a toujours une sorte de storytelling autour de la cendrillon moderne. En les regardant, on a le soupçon d’un pays lointain, le sentiment d’être représentée quelque part. D’où vient-elle ? Son visage m’a-t-il l’air familier ou pas ? Nicole Atieno est l’une des égéries de la campagne Gucci. A seulement 21 ans, la jeune mannequin germano-kényane enchaîne les contrats avec les plus grandes maisons de haute couture, les magazines et même le géant espagnol de la fast fashion, Zara, se l’arrache. Elle fait son job et le fait bien. Pourtant, l’ascension de Nicole symbolise quelque chose de plus grand. Elle symbolise ce qui se cache réellement derrière le concept de l’immigration. Le combat d’une mère venue s’installer plus tôt en Allemagne pour offrir une vie meilleure à sa progéniture. En mettant sa ville natale, Kisumu, sur les feux des projecteurs, elle propose une histoire plus humaine de l’immigration. Je suis toujours intriguée par celles nées pleine de grâce. Je me souviens de la frénésie autour des somaliennes, Iman et Waris Dirie, de l’éthiopienne Liya Kebede ou encore de la sud-soudanaise, Alek Wek. Au fond, la beauté n’est qu’un prétexte. Ces modèles apportent un débat géopolitique à une industrie aussi narcissique et matérialiste que la mode. Elle lui donne un sens. Elles sont des ambassadrices, des visages photogéniques de guerres déshumanisées, de famines qui font les unes des journaux télévisés, des camps de réfugiés dont on ose à peine imaginer l’insalubrité et de la misère du continent le plus riche au monde. Malgré elles, souvent par elles, elles rendent compte des réalités de l’immigration, de l’exil, de la déportation et tendent la main à ceux qu’elles ont laissé derrière.

Teen Vogue, la fin d’une ère qui venait à peine de commencer

@teenvogue

Le story-telling était parfait. J’ai appris la nouvelle en lisant l’hommage de la styliste et rédactrice mode freelance, Solange Franklin, qui y a fait ses classes. Teen Vogue avait un truc, un truc qui donnait envie de croire en l’avenir de la presse. Je suis choquée par la nouvelle. Une seule année, il aura fallu d’une seule année pour enterrer la publication papier après le tour de force presque politique d‘Elaine Welteroth, la rédac’ chef du turfu. C’était trop noir pour être vrai. Condé Nast le savait. Cette mort était programmée. Intelligent, ouvert, racisé et pointu, le groupe médias américain se fout de tout ça et veut faire des économies en impression, surtout de fonctionnement. J’y ai cru dur comme fer et si le revirement militant et féministe de Teen Vogue n’était que du cinéma ? J’en doute. Teen Vogue va manquer. Il était le manuel de ces Power Girls, ces meufs intelligentes et mignonnes, parce que l’un peut aller avec l’autre, talentueuses et militantes. Les Rowan, les Yara, les Amandla, les Zendaya, les Solange ont perdu leur plateforme. Une plateforme importante parce que l’estime de soi se consolide à l’adolescence. Vous allez me dire Internet est là, en grande fervente du format papier, j’ai mal. Teen Vogue a appris à des jeunes filles d’aimer la texture de leurs cheveux, la structure de leurs visages et d’embrasser leurs formes. Je fais partie d’une génération de femmes qui n’a pas eu la chance de grandir avec des modèles qui lui ressemblaient en couverture de magazines. Etre forte était enfin devenue tendance et je regrette déjà cette ère !

Soul Sisters, l’alter ego féminin du Barber Show

@barbershow

Je vous avoue que j’étais un peu sceptique, mater des femmes dans un salon de coiffure en train de raconter les derniers potins du quartier, ce n’est pas mon truc. Sur papier, ça semblait déjà vu. Je trouvais que le casting au féminin manquerait de panache face à une bande de potes complètement délurée qui a déjà pris ses marques, et j’avais tort. Au fur et à mesure des interventions, on commence à y voir clair, les différences sont tangibles. Les Soul Sisters sont fraîches, uniques et elles ne manquent pas moins d’humour. Elles ont un avis sur tout et n’ont aucune gêne pour le partager. Dans ce besoin grandissant d’identification, elles proposent, chacune à leur manière, une façon de vivre sa féminité. Il y a des têtes que l’on reconnaît comme l’humoriste Fadily Camara aperçue dans le Jamel Comedy Club et d’autres auxquelles on s’attache assez vite : Awa, Margi, Djeynaba… Les deux épisodes de la saison 1 de Soul Sisters sont déjà en ligne sur la chaine YouTube, Barber Show. Hugues Lawson Body, le réalisateur, m’avait invité à la première de son nouveau bébé en compagnie de Konbini et du Studio Bagel et le tout, dans le cadre branché du concept store Colette, avant sa fermeture définitive en décembre prochain. Nous avons visionné le nouvel épisode de la saison 3 du Barber Show et le tout premier de Soul Sisters. L’atmosphère était parisienne, hilarante et super conviviale. J’ai passé un bon moment, je vous laisse mater un petit aperçu en vidéo.

#balancetonporc, #MeToo, nous avons tous une histoire à raconter à ce sujet

Lauren Colin Mitchell est une illustratrice, directrice artistique et designer sud-africaine. Son illustration accompagnée du #MeToo ne cesse de se partager sur la toile. Je suis d’ailleurs tombée sur son travail en scrollant sur Instagram. Suite aux révélations accablantes concernant l’affaire Harvey Weinstein, le mouvement #MeToo, #balance ton porc en France, s’est mis en place sur les réseaux sociaux. De nombreuses femmes ont pris la parole pour dénoncer les agressions dont elles ont été victimes. C’est effrayant de se rendre compte que ce sont devenues des expériences assez communes. Lauren l’a mis en couleur et effectivement, il n’y a pas de meilleure couleur pour se faire agresser, parfois, il suffit d’être une femme, non, même un homme. Lauren m’a donné un point de vue honnête sur la situation de son pays, l’Afrique du Sud, en matière d’agressions sexuelles et c’est de loin la plus sérieuse des conversations que j’ai eu à avoir depuis un bail.

@curious_lauren

J’aime beaucoup tes illustrations et surtout le fait qu’il y ait un message derrière. Pourquoi est-ce important pour toi de partager ton point de vue sur le sujet ? Je te remercie, la plupart du temps j’essaye de visualiser ce qui se passe autour de moi, que ce soit d’un point de vue personnel ou quelque chose de plus sociétal. Dans ce cas-là, impossible de ne pas le voir, c’était partout sur les réseaux sociaux. J’ai le sentiment de prendre position au sein d’une foule de femmes et d’hommes scandant #MeToo. En tant qu’artistes, nous avons à notre disposition un outil important nous permettant de transmettre de puissantes vérités à une audience de masse, connectés les uns aux autres et ce peu importe le genre, la culture ou la race. Est-ce que tu as toi-même été victime d’agression sexuelle ou une personne de ton entourage l’a été ? Les agressions et l’harcèlement sont des maladies répandues, c’est la norme, le statu quo. J’ai de la chance de ne pas avoir été dans une situation de vie ou de mort mais de nombreuses personnes que je connais l’ont été et c’est un problème. C’est pour toutes ces raisons que le mouvement #MeToo est si important parce qu’il ne fait pas de distinction entre les types d’abus, ils sont tous inacceptables. Je vis dans un pays, l’Afrique du Sud, où notre président a été accusé, un nombre incalculable de fois, d’agressions sexuelles et de viol, alors pourquoi est-il encore au pouvoir ? Pourquoi le laissons-nous être un exemple ? Comment le peuple peut-il le laisser vivre normalement quand on sait qu’il a ruiné tant de vies ? Depuis l’affaire Harvey Weinstein, je n’ai jamais imaginé à quel point c’était commun, était-ce le cas pour toi ? Non, je vis dans un pays où les statistiques sont atroces, plus ou moins 40% de femmes et d’enfants sud-africains seront violés une fois dans leur existence. Hélas, mettre les projecteurs sur des mecs comme Harvey Weinstein marche parce qu’il est connu et que cela répugne les médias mais qu’en est-il pour les autres ? Qu’en est-il pour notre président ? Notre pays n’a pas été exposé ou soutenu parce que ce n’est pas assez juteux pour nos fils d’actualité Snapchat ou pour nos conversations autour d’un repas. Tu élèves ta voix à travers ton art, est-ce primordial pour toi de partager ton sentiment à ce sujet sur les réseaux ? C’est ma façon d’y faire face et de le partager avec autrui. J’ai reçu une multitude de mots gentils et également beaucoup d’amour après que mon illustration #MeToo ait été postée. J’en suis très reconnaissante. Les gens ont besoin d’une voix, ils ont besoin de réconfort. Ils veulent des réponses et parfois une illustration peut faire cela pour eux. Que penses-tu que nous devrions faire pour que ces comportements ne se reproduisent plus ? Mon inquiétude et la réalité d’un énorme mouvement comme celui-ci est qu’il crée un buzz média massif seulement dans l’immédiat. C’est effectivement le cas ici. Durant une semaine, par exemple, et qu’il disparaisse sans faire de bruit. Je crois que nous devrions avoir un rappel permanent de la sévérité de tous ces problèmes auxquels nous faisons face en tant que société. Peut-être que la situation ne serait pas aussi grave. Apprenons à nous aimer les uns les autres. Encourageons-nous. Entraidons-nous. Pointons l’agresseur du doigt. Exposons-les. Humilions-les. Enseignons-les. Soyez solidaire et arrêtons d’accepter de vivre dans la peur. Trop, c’est trop.