Pourquoi personne n’ose dire que Solange a flingué le clip de SZA ?

SZA – The Weekend (Official Video)

The Weekend réalisé par Solange Knowles Ferguson est décrit comme une oeuvre cinématographique de haut vol. C’est tout le problème avec la hype. Solange l’est enfin devenue avec A Seat at the Table, son troisième album acclamé par la critique, sorti en fin 2016. SZA se lance à son tour et propose un excellent premier opus studio Ctrl, sûrement l’un des meilleurs de l’année 2017. Alors, quand elles disent qu’elles rêvent de travailler ensemble, on s’imaginait une collaboration de dingue.The Weekend est un morceau aérien à propos de trois femmes, dont elle, partageant le même mec et je suis convaincue qu’avec ce synopsis cocasse, il y avait quoi faire. Solange a-t-elle vraiment écouté le morceau ? Est-ce que Solange est sponsorisée par la société des parkings de la Nouvelle-Orléans ? A-t-elle une dent contre SZA ? En tout cas, c’est l’impression qu’elle donne. Le résultat étonne par son manque de narration. Solange offre une caricature de Cranes In The Sky, une sorte de copier-collé qui ne correspond pas à SZA. On ne sent pas la patte militante et féministe de l’artiste qui, d’habitude, use de références à Blaxploitation, à l’Afrique et à la culture noire au sens large. On ne sent rien de tout ça. On a le sentiment qu’un autre réalisateur aurait pu faire la même chose avec plus de poésie et de finesse. SZA est à moitié à poil sur un balcon, dans un parking, dans un autre parking, parfois en sous-vêtements nude et d’autres fois, en vinyle rouge et maillot de bain noir. Elle donne l’impression d’être sous acide et titube en voulant, à tout prix, nous montrer qu’elle a perdu du poids et que sa perruque tient le coup. Les jetés de bras sont surfaits et les jeux de jambes trop hésitants. Je m’attendais à de la tension, des rebondissements, une sorte de mini-film léché et barré. Il y avait l’espace pour une vraie histoire. L’aberration autour de ce clip est que tous les médias crient au génie. The Weekend méritait mieux que ça. C’est sûrement ce qui arrive quand on devient trop hype.

La sape avait un ambassadeur, il s’appelait Daniele Tamagni

Daniele Tamagni – Vogue.it

Je suis profondément touchée par la disparition du photographe italien Daniele Tamagni. 2017 nous a pris de nombreuses personnalités dont je respecte énormément le travail. Des gens qui avaient un regard ouvert sur le monde et sur les autres. Son livre Gentlemen of Congo est un classique du genre. Il a été, pour moi et pour beaucoup, l’incarnation de la tolérance, de l’humilité et du partage. Son travail parle de lui-même. Iconoclaste, coloré et rafraîchissant, Daniele n’a pas vulgarisé la sape, non, il l’a introduit au commun des mortels et l’a fait entrer dans la pop culture. Il a mis en avant une culture moquée, incomprise, souvent dévaluée par l’Occident et l’a, ainsi propulsée au rang d’art à l’état pur. Ses travaux ont inspiré des designers tels que Paul Smith, la chanteuse Solange Knowles, qui a fait appel à lui pour son clip, Losing You et attiré le regard de nombreuses publications mainstream sur le mouvement de la sape. Atteint de la leucémie, il continuait, malgré son état, à proposer de nouveaux projets, à exposer ses photographies et à voyager à travers l’Afrique et le monde, à la recherche de nouvelles formes d’expression de l’individualité. Daniele était un photographe passionné et passionnant. Sa mémoire et son travail témoignent de sa versatilité et de son amour de l’originalité. Ciao Daniele.

Phoebe Philo se casse de Céline, est-ce la fin du normcore ?

GQ.com

C’est officiel, Phoebe s’en va après le défilé d’automne 2018 qui aura lieu en février prochain. Les rumeurs allaient bon train depuis octobre dernier. Son départ de Céline a été annoncé via un communiqué de LVMH. Je trouve que c’est dommage, j’ai l’impression que l’industrie de la mode est un milieu qui compte peu de femmes dans des positions de création, de conception et de décision. Ses choix artistiques ont été aussi étranges qu’audacieux. Choisir une journaliste et romancière américaine de 80 ans, Joan Didion, comme égérie de la campagne printemps-été 2015, un réel coup de maître. Pur produit de la St Martin’s School of Arts, Phoebe Philo a su se créer une réputation d’outsider, d’ultra-discrète. Son interprétation de la mode s’appuie sur sa proximité avec les vrais gens. Durant toutes ces années chez Céline, elle prend un malin plaisir à créer des vêtements pour le commun des mortels. Les fioritures inutiles ne font pas partie de sa charte.

Pur produit de la St Martin’s School of Arts, Phoebe Philo a su se créer une réputation d’outsider, d’ultra-discrète. Son interprétation de la mode s’appuie sur sa proximité avec les vrais gens. Durant toutes ces années chez Céline, elle prend un malin plaisir à créer des vêtements pour le commun des mortels.

Acclamée par la critique, tout le monde s’imaginait que le normore était une philosophie de vie venue de l’espace, il s’agit tout simplement de l’expression de la réalité, une volonté de sublimer les basiques, sans oublier, sinon cela ne représente rien de nouveau, de les romantiser. Elle a compris que la mode n’est pas de l’art à proprement dit mais un art de vivre. En faisant une pause de deux ans entre Chloé et Céline pour s’occuper de ses enfants, Phoebe Philo a révolutionné la haute couture et a donné un peu d’humanité à ce monde de requins. À son arrivée chez Céline, elle fait déplacer le studio de création à Londres pour rester proche de sa famille. N’est-ce pas la différence la plus flagrante entre créateurs et créatrices ? Est-ce que la haute couture n’est qu’une vision fantasmée de la femme ? Ce besoin de réalisme s’est fait ressentir durant ses dix années passées au service de LVMH. L’ancienne assistante de Stella McCartney chez Chloé a gagné son pari, celui de façonner une marque qui ressemble à sa clientèle : active, stylée et préoccupée par autre chose que… la mode. Phoebe sait que la femme moderne jongle entre les statuts. Elle endosse le rôle de mère, mène sa carrière de front et ne s’imagine pas aller chercher ses gosses en corset en cuir et en talon de 12, ce n’est que pour les défilés, les chômeuses de luxe et/ou les femmes de footballeurs sauf Victoria et Winonah.

Toutes les fashionistas aguériees, qui à 30 ans regrettent les dégâts causés à leurs pieds par le port intensif d’escarpins, se sont ruées sur la Stan Smith d’Adidas ou encore l’Internationalist de Nike, car stylé est enfin confortable. Avant ses apparitions en fin de défilés en basket, le confortable était un gros mot.

Des rôles que l’Anglaise maitrise à merveille. Phoebe a apporté ce souffle de réalisme et de minimaliste d’inspiration seventies qui manquait à la haute-couture et par la même occasion, elle a bouleversé la notion du chic. Toutes les fashionistas aguériees, qui à 30 ans regrettent les dégâts causés à leurs pieds par le port intensif d’escarpins, se sont ruées sur la Stan Smith d’Adidas ou encore l’Internationalist de Nike, car stylé est enfin confortable. Avant ses apparitions en fin de défilés en basket, le confortable était un gros mot. Un mot qui semblait jurer avec cette vision homosexuelle de la femme : ubersexy, hyper-sexualisée, dominatrice et féroce. Elle a normalisé la basket blanche, la chemise blanche, la blouse, le pantalon large, le col roulé en laine, le manteau beige, le sac aussi grand qu’un cabas, les sandales de bonnes soeurs… La fonctionnalité à l’état pur. Céline est devenue incontournable, identifiable, cool et mixte. A 44 ans, la créatrice a décidé qu’il était temps, temps de changer de cap et de tirer sa révérence. Son successeur a du souci à se faire, car l’héritage normcore de Céline est lourd de sens.

Le leader de SHINee est mort, la K-pop est en deuil

SHINee, le groupe sud-coréen de K-pop dont Kim Jong-hyun était issu. Crédits : shinee.net

Kim Jong-hyun, leader du groupe SHINee, est mort à l’âge de 27 ans. Selon les autorités coréennes, le jeune homme se serait donné la mort. Une nouvelle qui ébranle ses fans aussi bien au niveau local qu’international. La K-pop continue de contaminer l’Asie, dont la Chine et surtout le Japon, leader en exportation d’animés dans les années 80 et 90, et désormais, une bonne partie du monde occidental. Ce fait divers met en exergue cette bataille dévastatrice que se livrent les grandes compagnies de l’industrie du divertissement. SHINee a été formé en 2008 et est détenu par la compagnie sud-coréenne SM Entertainment, une sorte d’écurie de la K-pop. Le groupe est reconnaissable grâce à son look androgyne. Leur son mixe influences R’n’B/Soul et paroles mielleuses susurrées en coréen saupoudrés de refrains en anglais peu profonds, mais assez simples pour entrer dans le subconscient d’un non initié. SHINee a popularisé les colorations pastels, les costumes aux rayures verticales, le make-up pour homme et les skinny jean. En gros, ils ont relancé des tendances qu’on aimerait tellement oublier.

Kim en était le leader et même en solo, il ne manquait pas de talent. En 2016, il sort She Is, qui cartonne dans les classements coréens et deux compilations en 2015 et en 2017. En 2015, il sort Skeleton Flower, un livre qui détaille la signification de chacune de ses chansons. En 2010, il participe aux côtés d’autres artistes K-pop, à la chanson de campagne du sommet G20, alors que la Corée du Sud était pays hôte. Alors qu’est-ce qui peut pousser un jeune homme de 27 ans, qui a tout pour lui, à mettre fin à sa vie ? La dépression est-elle traitée différemment en Corée du Sud qu’en Europe ? Pouvions-nous l’éviter ? La Corée du Sud a entamé une révolution culturelle en misant sur les industries de pointe, les cosmétiques abordables de bonne qualité, la chirurgie esthétique et le divertissement. Le divertissement coréen est une affaire sérieuse, une affaire d’état. Pour le commun des mortels, le phénomène Psy avec son morceau Gangnam Style était souvent la seule référence en matière de pop sud-coréenne. Pour la venue du Président Hollande en 2015 à Séoul, dans le cadre de l’année de la Corée du Sud en France, le gouvernement coréen choisit le groupe Block B afin de représenter les industries culturelles du pays. C’est une machine qui tourne à plein régime et participe à l’image de la Corée à l’étranger. Cette industrie alimente les fantasmes d’une jeunesse de plus en plus demandeuse et d’annonceurs à la recherche de nouvelles têtes d’affiche.

Ces jeunes artistes, surnommés Idols, sont alors dépossédés de voix au détriment d’une carrière qui reflète cette intransigeance asiatique. Chacun reste à sa place et rien ne laisse place à l’improvisation, aux sentiments et à l’épuisement. Recrutés dès l’adolescence, ils ne sont pas autorisés à exprimer leurs frustrations. Le taux de suicide en Corée du Sud est l’un des plus élevés de l’OCDE. La K-pop est juste une réflexion de cette société coréenne hyper competitive. Telles des poupées désarticulées, ils exécutent sans relâche et jusqu’à la perfection, ces chorégraphies qui font la base de leur succès. Tout est impeccable : les coupes de cheveux, le style vestimentaire et le discours déshumanisé. Ils deviennent les portes-paroles, à coup de contrats et de clauses restrictives, d’un pays en apparence moderne mais aux idéaux bien traditionnels. L’histoire tragique de Kim marque son ancrage dans une mentalité où la faiblesse n’est pas autorisée car, basée sur la performance. Un système où la vulnérabilité n’a pas sa place. Le suicide de Jonghuyn est devenu, malgré lui, le symbole d’une société sud-coréenne malade.

Il ne faut pas blaguer avec la dépression. Si vous êtes en situation de mal-être, il existe de nombreuses associations à qui il est préférable de s’adresser. Contactez SOS Amitié au 09 72 39 40 50. Voici la liste des numéros utiles, des professionnels sont disponibles de jour comme de nuit pour vous venir en aide.