#balancetonporc, #MeToo, nous avons tous une histoire à raconter à ce sujet

Lauren Colin Mitchell est une illustratrice, directrice artistique et designer sud-africaine. Son illustration accompagnée du #MeToo ne cesse de se partager sur la toile. Je suis d’ailleurs tombée sur son travail en scrollant sur Instagram. Suite aux révélations accablantes concernant l’affaire Harvey Weinstein, le mouvement #MeToo, #balance ton porc en France, s’est mis en place sur les réseaux sociaux. De nombreuses femmes ont pris la parole pour dénoncer les agressions dont elles ont été victimes. C’est effrayant de se rendre compte que ce sont devenues des expériences assez communes. Lauren l’a mis en couleur et effectivement, il n’y a pas de meilleure couleur pour se faire agresser, parfois, il suffit d’être une femme, non, même un homme. Lauren m’a donné un point de vue honnête sur la situation de son pays, l’Afrique du Sud, en matière d’agressions sexuelles et c’est de loin la plus sérieuse des conversations que j’ai eu à avoir depuis un bail.

@curious_lauren

J’aime beaucoup tes illustrations et surtout le fait qu’il y ait un message derrière. Pourquoi est-ce important pour toi de partager ton point de vue sur le sujet ? Je te remercie, la plupart du temps j’essaye de visualiser ce qui se passe autour de moi, que ce soit d’un point de vue personnel ou quelque chose de plus sociétal. Dans ce cas-là, impossible de ne pas le voir, c’était partout sur les réseaux sociaux. J’ai le sentiment de prendre position au sein d’une foule de femmes et d’hommes scandant #MeToo. En tant qu’artistes, nous avons à notre disposition un outil important nous permettant de transmettre de puissantes vérités à une audience de masse, connectés les uns aux autres et ce peu importe le genre, la culture ou la race. Est-ce que tu as toi-même été victime d’agression sexuelle ou une personne de ton entourage l’a été ? Les agressions et l’harcèlement sont des maladies répandues, c’est la norme, le statu quo. J’ai de la chance de ne pas avoir été dans une situation de vie ou de mort mais de nombreuses personnes que je connais l’ont été et c’est un problème. C’est pour toutes ces raisons que le mouvement #MeToo est si important parce qu’il ne fait pas de distinction entre les types d’abus, ils sont tous inacceptables. Je vis dans un pays, l’Afrique du Sud, où notre président a été accusé, un nombre incalculable de fois, d’agressions sexuelles et de viol, alors pourquoi est-il encore au pouvoir ? Pourquoi le laissons-nous être un exemple ? Comment le peuple peut-il le laisser vivre normalement quand on sait qu’il a ruiné tant de vies ? Depuis l’affaire Harvey Weinstein, je n’ai jamais imaginé à quel point c’était commun, était-ce le cas pour toi ? Non, je vis dans un pays où les statistiques sont atroces, plus ou moins 40% de femmes et d’enfants sud-africains seront violés une fois dans leur existence. Hélas, mettre les projecteurs sur des mecs comme Harvey Weinstein marche parce qu’il est connu et que cela répugne les médias mais qu’en est-il pour les autres ? Qu’en est-il pour notre président ? Notre pays n’a pas été exposé ou soutenu parce que ce n’est pas assez juteux pour nos fils d’actualité Snapchat ou pour nos conversations autour d’un repas. Tu élèves ta voix à travers ton art, est-ce primordial pour toi de partager ton sentiment à ce sujet sur les réseaux ? C’est ma façon d’y faire face et de le partager avec autrui. J’ai reçu une multitude de mots gentils et également beaucoup d’amour après que mon illustration #MeToo ait été postée. J’en suis très reconnaissante. Les gens ont besoin d’une voix, ils ont besoin de réconfort. Ils veulent des réponses et parfois une illustration peut faire cela pour eux. Que penses-tu que nous devrions faire pour que ces comportements ne se reproduisent plus ? Mon inquiétude et la réalité d’un énorme mouvement comme celui-ci est qu’il crée un buzz média massif seulement dans l’immédiat. C’est effectivement le cas ici. Durant une semaine, par exemple, et qu’il disparaisse sans faire de bruit. Je crois que nous devrions avoir un rappel permanent de la sévérité de tous ces problèmes auxquels nous faisons face en tant que société. Peut-être que la situation ne serait pas aussi grave. Apprenons à nous aimer les uns les autres. Encourageons-nous. Entraidons-nous. Pointons l’agresseur du doigt. Exposons-les. Humilions-les. Enseignons-les. Soyez solidaire et arrêtons d’accepter de vivre dans la peur. Trop, c’est trop.

La couronne de la discorde

@allure @aliciakeys

Porté par l’auteure britannique Zadie Smith, l’interprète, compositrice et pianiste américaine Alicia Keys ou encore Erykah Badu, la reine de la neo soul, et tant d’autres, le fichu fait basculer la République. Tout ce qui est propre au style d’une personne racisée est sujet à débat, c’est agaçant. Le cas Danièle Obono est un exemple flagrant des limites de la compréhension de cette réalité de la mondialisation par une frange de la société censée être plus cultivée que la masse. La députée avait-elle besoin d’une permission parlementaire pour exprimer sa culture d’origine dans les instances publiques ? Pourquoi la France a-t-elle du mal à mettre son idée de multiculturalisme niais et hypocrite en pratique ? Je n’arrive pas à imaginer qu’un bout de tissu dans l’hémicycle puisse être au centre de nombreuses controverses et polémiques. Personnellement, je ne porte que rarement le turban, le foulard ou encore le fichu pour des raisons qui sont les miennes mais j’aime comment un objet dit d’oppression, de soumission, de pauvreté et de négligence peut être détourné au fil du temps et ainsi devenir une parure voire une couronne. A travers l’histoire et en fonction de l’emplacement géographique, il a été tant de choses. Tantôt accessoire de subordination de la femme dont on ne voulait pas voir les cheveux grainés découverts, de l’esclave qui risque d’attirer le maître. Oui, de celle qui risque d’être, au fond, à égalité avec la maîtresse alors qu’en Afrique de l’ouest, il exprime la grandeur et l’élégance. Aujourd’hui, il affirme une posture individuelle, la volonté de se montrer au monde tel qu’on le souhaite. Alors, le voir au parlement arboré par Danièle Obono, une députée d’origine gabonaise qui n’a pas la langue dans sa poche et qui fait fi des commentaires racistes à son égard, le détournement prend alors un sens merveilleux parce qu’il est tout cela à la fois. En nouant son foulard à « l’africaine » devant les hauts dignitaires de l’état, la députée de la France Insoumise manifeste son indépendance politique et vestimentaire, sa grandeur mais également le fait qu’elle est sur un même pied d’égalité avec ses pairs. Le turban est un objet esthétique, religieux ou non, africain ou pas, un moyen de protection contre les intempéries pour les unes ou un moyen de séduction pour les autres, dans tous les cas, il synthétise des expressions et des significations qui diffèrent d’un individu à l’autre.  

La campagne afro-optimiste de Casting Crème Gloss de L’Oréal Paris Brasil

@iza @loreal

Je suis tombée sur le clip promotionnel d’Iza, une chanteuse afro-brésilienne, sorti en septembre dernier pour la marque de cosmétiques la plus populaire au monde, L’Oréal Paris. Il y a enfin tout ce qu’il faut : un son entraînant, un message féministe, une pléthore de têtes connues du grand public brésilien et des visuels plutôt pop. La campagne Casting Crème Gloss de L’Oréal Paris Brasil a voulu frapper fort en dégainant le casting de la mort. La chanteuse Iza en compagnie de Tais Araújo, Flavia Pavanelli et Ju Nalu, elles aussi représentantes de la marque, scandent à tout va « Esse Brilho E Meu – Cet éclat est le mien ». En faisant appel à une porte-parole noire à la peau foncée, faut pas rêver une mais pas deux, la publicité entérine sensiblement des années de White Washing. Un procédé consistant à ne dépeindre qu’une catégorie de personnes, de surcroît blanche, à l’écran donnant ainsi une image faussée de la réelle proportion de noirs dans la société brésilienne. Régulièrement accusée d’éclaircir ses égéries, L’Oréal a fait tout le contraire. Oui, une femme noire non afro-américaine a enfin le premier rôle dans une publicité au Brésil. Soyons clairs, ce n’est pas souvent que cela arrive. Les cheveux tressés, la peau ébène et les hanches développées, Iza semble être une version peu originale de Beyoncé, Nicki Minaj, Rihanna et tout ce que le baile funk peut offrir de vulgaire mais on fera avec. Je n’ai pas été intriguée par cette pop édulcorée qui sonne un peu faux parfois mais elle a le mérite de répondre à nos interrogations : oui nous sommes assez belles pour apparaître à l’écran, non notre peau n’a pas besoin d’être plus claire pour être attrayante, oui nous aussi nous pouvons voir des filles qui nous ressemblent sur les produits que nous achetons… enfin le dernier, je ne suis pas encore certaine que ça se fasse vite, encore un petit pas. C’est étrange de s’extasier devant quelque chose qui devrait être de l’ordre de la normalité mais nous en sommes arrivés là. En association avec Casting Crème Gloss de L’Oréal, Iza propose de quoi rajeunir la marque et capter ces consommatrices aux teints non conventionnels qui n’attendent que ça, être prises pour de réelles consommatrices. En fin de compte, tout le monde y gagne.

« Sourire ne fait pas gagner des médailles d’or » – Simone Biles

@the_gentlewoman

J’ai été littéralement happée par le body vert métallisé de The Gentlewoman. Sur la couverture Simone Biles y est à la fois mignonne et puissante. Je ne pouvais qu’y succomber donc je l’ai acheté à 0fr, la librairie la plus cool de Paris, non loin du Carreau du Temple. J’apprécie qu’il y ait autre chose que des chanteuses et stars de cinéma sur les couvertures de magazines indé. Je l’ai regardé tout rafler aux J.O de Rio et moi, qui déteste mater le sport à la télévision, j’ai kiffé voir mes sistas tout donner sur le tapis. Adoptée, noire, petite et originaire du Texas, son parcours peut nous faire chialer mais Simone Biles reste avant tout une gymnaste féroce. Sa punchline légendaire « sourire ne fait pas gagner des médailles d’or » à marquer les esprits, à marquer mon esprit. Je crois qu’on s’attache vite au personnage pour la simple et bonne raison que rien ne s’est construit sans difficulté, sans travail et sans concentration. Simone Biles est une battante. A seulement 20 ans, elle est triple championne du monde au concours général, triple championne du monde au sol et double championne du monde à la poutre et les jeux de Tokyo 2020 risquent d’être épiques. La meuf a inventé une figure. Ouais, une figure porte son nom parce qu’elle est la seule sur terre à pouvoir l’exécuter. C’est complètement fou. Et ce sont le genre d’histoires qu’on aimerait lire et relire, en fait.