Google Home Mini, la démocratisation de la flemme ?

Google Home Mini

Google Home Mini est petit, rose et mignon. Il est partout et semble être le cadeau de noël par excellence. Son design passe facilement inaperçu et ajoute un élément de déco à un intérieur un peu fade. Pour faire court, le Google Home Mini est un assistant qui sait tout sur tout. Il informe sur la météo, le trafic routier, éteint les lumières, ferme les volets, cherche une série… Google vante ces fonctionnalités, en toute normalité, de cette petite enceinte intelligente afin d’éviter l’écueil Total Recall. A coup de films dans le genre, on s’imaginait que dans les années 2000, les voitures voleraient, que le cerveau humain serait aspiré par une machine et que nous serions tous des robots dénués de coeur. Tous ces objets dits intelligents se démocratisent et s’insèrent avec simplicité dans notre quotidien, pour le meilleur et pour le pire. Dans la forme, Google a compris que nous voulions des objets peu envahissants qui améliorent le quotidien mais est-ce que le Google Home Mini est utile et inoffensif ? Au-delà de l’esthétisme épuré et attrayant, je m’interroge sur son caractère intrusif, car il brasse une quantité énorme de données personnelles qui renseigne sur les habitudes et la vie intime des utilisateurs et ça, c’est flippant. Etant une fille des années 90, qui servait de télécommande vivante, qui attendait le 20 h de France 2 pour savoir comment se saper le lendemain, qui glissait un CD dans une chaine hi-fi et/ou qui lisait des livres pour se cultiver, le procédé semble tout de même étrange. Je pense réellement que la technologie doit avoir ces moments et, dans la limite du possible, il est préférable d’aller chercher l’information par soi-même. Bien entendu qu’il nous arrive tous d’avoir la flemme. La flemme d’éteindre les lumières quand on est au chaud dans son lit. La flemme de sortir son téléphone ou d’allumer son ordinateur pour chercher une chanson sur Spotify mais je crois qu’il est aussi intéressant que la génération suivante apprenne à ne pas tout savoir sur tout et surtout, s’efforcer à faire malgré la flemme.

Le plaidoyer sans fin de Jay-Z

T Magazine – Henry Taylor

L’interview de Jay Z par le journaliste Dean Baquet est édifiante. La couverture est illustrée par l’artiste afro-américain, Henry Taylor. Dans cette longue entrevue pour le T Magazine du New York Times, la conversation tourne autour de nombreux thèmes tels que le racisme, l’affaire O.J Simpson, la musique, sa relation fraternelle compliquée avec Kanye West, ses enfants et ses diverses infidélités. Petit afro, t-shirt blanc, jean cartonné et blanches baskets, l’artiste et businessman semble à l’aise. Entendre l’un des mecs les plus riches du hip-hop, qui vit la plupart du temps sur un yacht au large de la côte italienne, exprimer ses faiblesses et faire son mea-culpa, c’est intéressant. Généralement plutôt discret, sûrement parce qu’il sait que sa voix est hilarante, il joue le jeu et défend, avant la cérémonie des Grammy’s où il est nommé dans la catégorie « Album de l’Année », son projet le plus personnel de sa carrière, 4:44. Pourquoi les médias sont-ils fascinés par la vulnérabilité du rappeur originaire de Brooklyn et de son couple ? Durant l’entretien, il expose les raisons qui l’ont poussées à être infidèle et annonce, par le plus grand des hasards, un album en collaboration avec sa femme, Beyoncé. Difficile de ne pas le ressentir comme une opération séduction, un repentir qui ne nous concerne pas. Le public est friand d’histoires intimes et une sorte de commerce se profile derrière tout ça. En tant que femme, bien sûr que je trouve que c’est moche. Son attitude envers son épouse, la fameuse Beyoncé, a été nulle. Elle a choisi de lui pardonner, de faire un album confessional écrit avec l’aide d’une cinquantaine de personnes, une tournée mondiale et de lui faire deux enfants. L’histoire devrait être close, nan ? Le couple, autrefois opaque, semble avoir changé de stratégie, celle de nous faire croire qu’ils sont comme nous, qu’ils nous comprennent et qu’au fond, nous avons tous les mêmes problèmes, riches comme pauvres, beaux comme moins beaux ou encore noirs comme blancs. L’incident de l’ascenseur avec Solange, qui a eu lieu en 2014, n’était pas censé être public. Jay Z a trompé Beyoncé, pas toi et ni moi, mais j’ai le sentiment qu’ils vont surfer sur cette histoire encore un long moment.

Le British Vogue par Edward Enninful

AWK Studio

Ici, le British Vogue a été lu et relu. On l’a saigné. Dès l’édito, Edward Enninful pose les bases. British Vogue sera britannique ou ne sera pas. De l’écrivaine, Zadie Smith, en passant par sa pote de toujours et top internationale, Naomi Campbell, partie interviewer le Maire de Londres d’origine pakistanaise, Sadiq Khan, à l’heure du Brexit, séquence épique et une flopée de mecs et meufs de la mode anglaise. Il nous replonge dans les archives du magazine afro-américain, Ebony. Comme tout droit sortie des années 70, Adwoa Aboah se la joue caméléon. Souvent associée au look garçonne, sur la couverture, elle a ce truc qui rend le cliché du photographe Steven Meisel intemporel. Edward Enninful dégaine l’artillerie lourde qui consiste avant tout à sélectionner la crème des crèmes anglaises nées et/ou grandies en Grande-Bretagne. On sent cette volonté d’enracinement territorial, culturel et politique. C’est un pari audacieux dans l’ère du numérique où les personnalités Instagram ont pris le pouvoir. Le brassage qu’il nous avait promis y est. C’est beau, cohérent, inclusif et irrévérencieusement anglais. Le premier numéro Vogue du premier rédacteur-en-chef d’origine ghanéenne était attendu et il n’a pas déçu. Un retour aux fondamentaux de la part d’Edward Enninful qui puise allègrement dans l’esthétique et la fraîcheur de cette décennie et de ce que la Grande-Bretagne sait faire de mieux. Tout est savamment sélectionné, rien n’est laissé au hasard. Vogue British se recentre sans forcément exclure et les autres éditions devraient en prendre de la graine. Un must have 2017.

FUCK YOU, FUCK YOU, FUUUUCK YOU

Seka

Chorégraphe et directrice artistique de la fanfare afro-féministes 30 nuances de noir-e-s, Sandra Sainte Rose et sa formation ont enflammé, ce week-end, La Villette. « FUCK YOU, FUCK YOU, FUUUUCK YOU », elles le répéteront sans sourciller et vêtues d’or et d’argent comme pour nous rappeler que briller, c’est également exister. Elles savent qu’elles ont plus de facilité à se faire entendre en chantant qu’en parlant. Cette organisation artistique a pour vocation d’ouvrir les yeux sur le manque de représentation de la femme racisée dans l’espace public. Dans une société qui ne les voit pas, elles ont décidé d’être vu et de faire autant de bruit possible. Pendant de 40 minutes, la formation revisite le répertoire de Fela Kuti, le musicien, militant nigérian et créateur de l’afro-beat, entre autres. Un combat permanent et une excellente initiative.