Gueras Fatim, l’introspection afropolitaine

Le label créé en 2015 par Fatoumata Guirassy, Gueras Fatim est un ovni. Originaire de Vichy, la créatrice propose une approche disruptive de la mode. Ce que je trouve d’autant plus intéressant, ce sont les réelles références et les inspirations qui se cachent derrière ce style à la fois effortless, athlétique et également très féminin. Les visuels sont léchés, la présentation est irréprochable et sa vision en tant que créatrice est affutée. Fatoumata utilise la création artistique comme un exutoire, un retour aux fondamentaux et à sa propre histoire. Une sorte de quête spirituelle dont elle apprend le chemin à prendre, au jour le jour. A seulement 27 ans, Fatoumata a le souci de raconter un récit qui ne ressemble à nul autre tout en faisant écho au nôtre, à son héritage et à ses deux pays d’origine, le Sénégal et la Guinée. Si vous voulez vous en mettre plein les yeux, faites un tour sur son e-shop. Mention spéciale pour le survêtement fendue sur le côté, à trois bandes, et la brassière en dentelle, de vraies bombes. Je lui prédis un putain de futur parce que Fatoumata Guirassy a tout d’une très grande.

Fatoumata Guirassy

Parles-nous de tes débuts, de la naissance de Gueras Fatim. Quand, où et surtout comment tout cela a commencé ? Ma première collection a vu le jour en janvier 2015. J’étais dans une période assez complexe de remise en question et de retour à moi-même. Devenir chef d’entreprise faisait partie de ma liste d’objectifs à atteindre avant mes 25 ans. Peu importe les moyens, je m’y suis lancée à 24. Je sentais que c’était le moment de faire les bons choix et de commencer à bâtir mon avenir. Je n’ai pas eu de déclic, j’ai fait ce que j’ai toujours voulu faire sans aucun doute. La toute première fois que j’ai entendue parler de toi, j’avais du mal à discerner qui tu étais. Ton nom sonnait un peu hispanique, à mon sens. Pourquoi ne pas avoir gardé ton nom d’origine ? Guirassy est un nom présent en Afrique de l’ouest. Pour la marque je voulais quelque chose de plus recherché avec une forte identité. L’idée était de partir de Guirassy Fatoumata et de créer quelque chose de nouveau. Il y avait une volonté de semer la confusion, d’où ce mélange de masculin/féminin. D’ailleurs beaucoup d’hommes me demandent : « Alors Gueras fatim version menswear, c’est pour quand ? » et il est très important pour moi qu’ils puissent également s’imaginer en porter pour la suite.

Guirassy est un nom présent en Afrique de l’ouest. Pour la marque je voulais quelque chose de plus recherché avec une forte identité. L’idée était de partir de Guirassy Fatoumata et de créer quelque chose de nouveau. Il y avait une volonté de semer la confusion, d’où ce mélange de masculin/féminin.

Quel a été ton parcours avant de créer ton propre label ? Après la troisième, j’ai étudié l’artisanat et les métiers d’art option couture flou. J’insiste sur le fait que je n’ai pas fait de « grande école de mode », du genre Esmod. Beaucoup de jeunes pensent qu’il est impossible de réussir dans ce domaine sans passer par cette étape. Arrivée à Paris en 2012, je suis entrée dans une boîte d’intérim spécialisée dans les métiers de la mode, ce qui m’a permis de travailler en atelier de couture et en showroom. C’était super de travailler dans les grandes maisons et de pouvoir apprendre et observer mais un moment cela ne me suffisait plus, ce que je voulais par-dessus tout c’était créer. Je ressentais un fort besoin de m’exprimer et d’investir en moi, alors je me suis dit que si personne ne me donner ma chance je devais créer mes propres opportunités. Comment définirais-tu ton esthétique ? Dans mon imagerie je travaille sur l’équilibre des éléments, occuper l’espace avec peu d’artifices. Comme le faisaient les précurseurs de l’esthétique noire tels que Seydou Keita et Malick Sidibé. Techniquement j’aime les lignes simples, les belles matières, j’accorde beaucoup d’importance aux détails.

Lookbook – Crédits : Martin Lagardère

Quelles sont tes influences ? Est-ce que tu puises dans ton héritage mode ? Les traditions d’Afrique noire et arabe mais pas que ! Je m’intéresse à toutes les cultures et spiritualités en général. J’ai un faible pour les 70’s à 90’s, le sportswear et le vestiaire masculin. Oui, bien sûr ! Je puise dans mon héritage mode. Ma mère m’a toujours inspiré, et au-delà de la mode, Gueras Fatim est une façon pour moi d’honorer la mémoire de mes ancêtres. Chacune de mes collections porte un nom en diakhanké, c’est la langue d’une ethnie d’Afrique de l’Ouest peu connue du grand public. Quand t’es-tu aperçu que tu étais faite pour ça ? Au collège, j’ai commencé à créer et customiser mes vêtements, c’était un moyen pour moi de me démarquer. Je voulais juste être cool et j’adorais faire ça ! Pour ce qui est de la créativité, je pars du principe que c’est un don. On y est plus ou moins sensible,  il faut l’entretenir, entraîner son cerveau et son œil. Je trouve que c’est la phase la plus passionnante de mon métier.

Je puise dans mon héritage mode. Ma mère m’a toujours inspiré, et au-delà de la mode, Gueras Fatim est une façon pour moi d’honorer la mémoire de mes ancêtres. Chacune de mes collections porte un nom en diakhanké, la langue d’une ethnie d’Afrique de l’Ouest peu connue du grand public.

Que raconte Gueras Fatim et quel type de clientèle cibles-tu ? Il y a une flopée de créatrices dites  » afro » et comment tires-tu ton épingle du jeu ? Gueras Fatim raconte à chaque femme qu’ elle est riche de ses ancêtres et de son héritage culturel et spirituel, et ce, peu importe d’où elle vient et ceux en quoi elle croit, elle doit en faire une force. Ma clientèle est ouverte sur le monde, elle aime les pièces de qualité et chargées d’histoire. C’est le type de femme qui n’achète pas que pour la marque mais qui fonctionne au coup de cœur, que la pièce vienne d’une fripe ou d’une maison de luxe. J’ai habillé tellement de femmes différentes qu’aujourd’hui je ne peux pas vraiment dire qu’il y a une femme Gueras Fatim. Ce qu’elle aime, c’est surement ce côté effortless. Je me dois de tirer mon épingle du jeu vis-à-vis de tous les créateurs en général, qu’ils soient afro ou non… Je dirais que pour cela, je dois raconter l’Afrique autrement que dans un imprimé wax, car même si c’est un tissu que j’affectionne beaucoup, j’essaie d’aller au-delà du cliché.

Lookbook – Crédits : Martin Lagardère

En ne faisant poser que des modèles de couleurs n’as-tu pas peur d’attirer qu’une seule catégorie de personnes ? Je fais poser des modèles de toutes carnations. Pour ma première collection, je ne voulais pas être là où l’on m’attendait, j’ai donc choisi une modèle blanche. Il est vrai que la majorité de mes modèles sont des femmes de couleur et ce serait mentir de dire que je n’ai pas peur d’attirer qu’une seule catégorie de personnes. Cependant, depuis toujours les femmes de couleurs s’habillent avec des vêtements portés par des femmes caucasiennes censées représenter la norme sur les affiches publicitaires ou dans les magazines, et cela ne nous empêche pas de consommer pour autant. Avons-nous le choix ? Certes il y a une amélioration, aujourd’hui nous sommes plus représentées mais il y a encore un travail à faire pour changer les mentalités. Clairement, si je devrais suivre les règles pour être plus vendeur et que toutes les catégories de personnes puissent s’identifier, je devrais inclure plus de modèles caucasiens, or c’est aux gens de faire preuve d’ouverture d’esprit. Comment envisages-tu les mois à venir ? Ils seront très chargés ! La collection SS18 intitulée « Mbé horo – Nous sommes tous nobles » vient de défiler à Bruxelles lors de l’Ethno Tendance Fashion Week. J’ai hâte de créer de nouveaux visuels et j’aimerais également faire une présentation à Paris. Il y a pas mal de nouveaux projets pour 2018. Gueras Fatim élargie sa gamme de produits, je ne peux pas trop en dire pour l’instant mais je vous invite à nous suivre pour rester informé !

#balancetonporc, #MeToo, nous avons tous une histoire à raconter à ce sujet

Lauren Colin Mitchell est une illustratrice, directrice artistique et designer sud-africaine. Son illustration accompagnée du #MeToo ne cesse de se partager sur la toile. Je suis d’ailleurs tombée sur son travail en scrollant sur Instagram. Suite aux révélations accablantes concernant l’affaire Harvey Weinstein, le mouvement #MeToo, #balance ton porc en France, s’est mis en place sur les réseaux sociaux. De nombreuses femmes ont pris la parole pour dénoncer les agressions dont elles ont été victimes. C’est effrayant de se rendre compte que ce sont devenues des expériences assez communes. Lauren l’a mis en couleur et effectivement, il n’y a pas de meilleure couleur pour se faire agresser, parfois, il suffit d’être une femme, non, même un homme. Lauren m’a donné un point de vue honnête sur la situation de son pays, l’Afrique du Sud, en matière d’agressions sexuelles et c’est de loin la plus sérieuse des conversations que j’ai eu à avoir depuis un bail.

@curious_lauren

J’aime beaucoup tes illustrations et surtout le fait qu’il y ait un message derrière. Pourquoi est-ce important pour toi de partager ton point de vue sur le sujet ? Je te remercie, la plupart du temps j’essaye de visualiser ce qui se passe autour de moi, que ce soit d’un point de vue personnel ou quelque chose de plus sociétal. Dans ce cas-là, impossible de ne pas le voir, c’était partout sur les réseaux sociaux. J’ai le sentiment de prendre position au sein d’une foule de femmes et d’hommes scandant #MeToo. En tant qu’artistes, nous avons à notre disposition un outil important nous permettant de transmettre de puissantes vérités à une audience de masse, connectés les uns aux autres et ce peu importe le genre, la culture ou la race. Est-ce que tu as toi-même été victime d’agression sexuelle ou une personne de ton entourage l’a été ? Les agressions et l’harcèlement sont des maladies répandues, c’est la norme, le statu quo. J’ai de la chance de ne pas avoir été dans une situation de vie ou de mort mais de nombreuses personnes que je connais l’ont été et c’est un problème. C’est pour toutes ces raisons que le mouvement #MeToo est si important parce qu’il ne fait pas de distinction entre les types d’abus, ils sont tous inacceptables. Je vis dans un pays, l’Afrique du Sud, où notre président a été accusé, un nombre incalculable de fois, d’agressions sexuelles et de viol, alors pourquoi est-il encore au pouvoir ? Pourquoi le laissons-nous être un exemple ? Comment le peuple peut-il le laisser vivre normalement quand on sait qu’il a ruiné tant de vies ? Depuis l’affaire Harvey Weinstein, je n’ai jamais imaginé à quel point c’était commun, était-ce le cas pour toi ? Non, je vis dans un pays où les statistiques sont atroces, plus ou moins 40% de femmes et d’enfants sud-africains seront violés une fois dans leur existence. Hélas, mettre les projecteurs sur des mecs comme Harvey Weinstein marche parce qu’il est connu et que cela répugne les médias mais qu’en est-il pour les autres ? Qu’en est-il pour notre président ? Notre pays n’a pas été exposé ou soutenu parce que ce n’est pas assez juteux pour nos fils d’actualité Snapchat ou pour nos conversations autour d’un repas. Tu élèves ta voix à travers ton art, est-ce primordial pour toi de partager ton sentiment à ce sujet sur les réseaux ? C’est ma façon d’y faire face et de le partager avec autrui. J’ai reçu une multitude de mots gentils et également beaucoup d’amour après que mon illustration #MeToo ait été postée. J’en suis très reconnaissante. Les gens ont besoin d’une voix, ils ont besoin de réconfort. Ils veulent des réponses et parfois une illustration peut faire cela pour eux. Que penses-tu que nous devrions faire pour que ces comportements ne se reproduisent plus ? Mon inquiétude et la réalité d’un énorme mouvement comme celui-ci est qu’il crée un buzz média massif seulement dans l’immédiat. C’est effectivement le cas ici. Durant une semaine, par exemple, et qu’il disparaisse sans faire de bruit. Je crois que nous devrions avoir un rappel permanent de la sévérité de tous ces problèmes auxquels nous faisons face en tant que société. Peut-être que la situation ne serait pas aussi grave. Apprenons à nous aimer les uns les autres. Encourageons-nous. Entraidons-nous. Pointons l’agresseur du doigt. Exposons-les. Humilions-les. Enseignons-les. Soyez solidaire et arrêtons d’accepter de vivre dans la peur. Trop, c’est trop.

Est-ce que Beyoncé a le pouvoir de rendre une marque bankable ?

Qu’on aime ou qu’on considère que Beyoncé n’est pas une icône de mode à proprement dite, les photos ont créé un buzz pas possible sur la toile. Au point que ce fameux ensemble bordeaux aux bandes contrastées en millenial rose est désormais en rupture de stock. Est-ce qu’un buzz suffit pour sortir une marque de l’anonymat ? Pour l’instant, Samantha Black, créatrice de Sammy B, profite de cette notoriété soudaine grâce au joli coup de pouce de Beyoncé et de sa styliste. C’est le rêve de tous petits créateurs, voir sa marque portée par une célébrité et ainsi jouir d’une promotion gratuite sur les réseaux sociaux et dans toutes les publications mainstream. Nous avons échangé sur Instagram, la designer semblait encore excitée par ce qui venait de lui arriver.

@beyonce

Diplômée de l’institut Pratt, une des principales écoles d’art des Etats-Unis, Samantha Black a également bossé pour Jill Stuart et Michael Kors, avant de faire ses classes à Londres chez Alexander Mc Queen. Je connaissais Samantha pour sa participation à la saison 11 de Project Runway. Difficile de ne pas la louper, les designers noirs se comptaient sur les doigts de la main. Désormais créatrice de son propre label, Sammy B, elle propose un style typiquement new-yorkais à la fois simple, funky, sophistiqué et abordable. La styliste Zerina Akers a kiffé son travail. Elle l’a donc commandé pour sa cliente, Beyoncé.

Quelle a été ta réaction quand tu as vu Beyoncé portant ton ensemble ? J’ai eu un drôle d’effet, une montée d’adrénaline, je dirais. J’étais super excitée ! Mon coeur a battu très fort pendant un long moment. Est-ce que tu as eu des contacts au préalable avec son équipe ou était-ce une totale surprise ? Je savais qu’elle porterait mon ensemble mais j’ai été surprise quand elle l’a enfin mis. Est-ce que le buzz qu’elle a créé autour de ta marque a affecté les ventes de manière positive ? Oui, de manière très positive. Beaucoup de gens ont acheté l’ensemble et d’autres pièces sur le site. C’est une opportunité géniale d’être enfin vue par le grand public mais qu’elles sont les réalités au quotidien en tant que petit créateur ? Etre un petit créateur au quotidien est très très difficile. Quand tu es petit, tu dois payer plus pour tout, généralement parce que tu ne corresponds pas aux exigences minimales requises et quand cela arrive enfin, c’est souvent bas de gamme. De plus, je porte toutes les casquettes. Je dois être présente à chaque étape et ce n’est pas facile au quotidien. Est-ce que Zerina Akers, la styliste personnelle de Beyoncé, et d’autres célébrités t’ont contacté pour d’autres pièces ? Je travaille régulièrement avec des célébrités. Beyoncé n’est pas la première. Rien n’a été commandé pour le moment  mais en espérant que ça se fera dans un futur proche. Comment vois-tu évoluer ta marque Sammy B dans le futur ? Bien, je vois mon business évoluer de manière plus cohérente, aussi bien à un niveau local qu’à l’international. Je vois Sammy B devenir une marque qui compte dans l’industrie de la mode et c’est ce vers quoi je me dirige.

Les gens les plus cools de la mode parisienne sont à St Ouen

J’aime sa vision éthique et naturelle de repousser les limites de la mode et Casa Geração 93 continue dans cette même lancée. J’ai rencontré Nadine Gonzalez au salon de la mode éthique à Paris à l’époque où je rêvais de bosser dans la mode. Rien n’a réellement changé, le discours est le même, la volonté de tout bousculer est la même et son sourire naturel transparaît comme quand nous nous sommes rencontrées 10 ans plus tôt. Nadine était déjà à la tête de Modafusion avec Andrea Fasanello et à l’époque, je me disais : « mais qu’est-ce que peut bien foutre une française dans les favelas de Rio ? ». Elle a mis Vidigal, l’une des plus importantes favelas de la ville de Rio de Janeiro, sur les calendriers de la mode et aujourd’hui, elle s’attaque à St Denis. En tenant son pari au Brésil, Nadine duplique son modèle d’école de mode libre et engagée dans un département qui n’a rien de glamour, le 93. Nous nous sommes entretenues quelques minutes lors des entretiens de candidats au Mob Hotel, c’était super de la revoir.

@awk-studio

Alors comment se passent les entretiens, il y a des perles ? Oui, nous venons d’avoir une jeune fille qui depuis 7 ans est attirée par l’univers manga. Elle veut partir à quoi 18 ans, 19 ans, c’est tout jeune. Elle sait déjà qu’elle part pendant un mois et elle se prépare à créer sa marque là-bas donc pour l’instant, elle écoute sa musique sud-coréenne. Ah, j’ai adoré ! Et pourtant, elle n’est pas du tout stylée, aucune identité, normale et même presque pas bien du tout mais en fait, c’est dans sa tête. C’est génial. Et y en a des plus médiocres ? Ouais, ouais. Aujourd’hui, nous avons vraiment eu de tout. C’est quoi être médiocre pour toi ? C’est-à-dire qu’il y en a qui sont lisses. Ce n’est pas être médiocre mais lisse. Nous, nous voulons des jeunes qui vont faire la différence et qui vont faire évoluer la mode. J’ai vu certains jeunes qui pensent comme tous les autres, qui ne vont pas apporter quelque chose de différent donc c’est mieux qu’ils aillent dans une autre école de mode.

Nous n’avons pas une équipe qui vient exclusivement du monde de la mode. Les intervenants ne sont pas de vrais professeurs mais ils ont tous le désir de faire bouger les choses parce qu’il y a une demande. Il y a un besoin autant du milieu de la mode de faire bousculer un peu tout ça et pour ces jeunes aux talents complètement inexploités, l’aventure me semble assez logique.

Quel était leur problème, ils n’avaient pas d’identité ? Parce que bien sûr que Casa Gereçao est une école gratuite. Nous, nous enseignons d’une manière différente. Nous faisons le recrutement d’une manière différente et eux, ils doivent créer d’une façon différente. Nous ne voulons pas qu’ils fassent une révolution de la mode. Nous ne voulons pas qu’ils cassent le truc. Nous ne voulons pas non plus qu’ils la suivent. Nous voulons qu’ils la fassent évoluer, évoluer dans l’air du temps. Nous sommes spécifique parce que nous ne sommes pas dans une vraie école. Nous n’avons pas une équipe qui vient exclusivement du monde de la mode. Les intervenants ne sont pas de vrais professeurs mais ils ont tous le désir de faire bouger les choses parce qu’il y a une demande. Il y a un besoin autant du milieu de la mode de faire bousculer un peu tout ça et pour ces jeunes aux talents complètement inexploités, l’aventure me semble assez logique. C’est vraiment une école à l’esprit ouvert et eux, aussi, il faut qu’ils nous montrent de nouvelles façons de créer. C’est important que nous soyons dans une même dynamique.

@awk-studio

Pourtant, il y a Esmod, plein d’écoles de mode à Paris, vous n’avez pas peur de la concurrence ? Non pas du tout. La chambre syndicale de la couture est venue. Il commence à sentir un petit buzz et ils veulent savoir. Nous avons une approche différente. Puis, nous ne sommes pas une école déjà. Nous n’avons pas le droit de se faire appeler école. Nous sommes un complément de ces formations puisque ce que nous proposons n’est pas de la formation. Nous, nous sommes petits. Nous sommes vingt. Nous sommes flexibles et agiles. Nous ne sommes pas de gros mastodontes. Nous pouvons nous adapter. J’ai l’école depuis cinq promotions, je change, le programme évolue constamment. Nous sommes vivants. Nous sommes vraiment organiques. C’est plus facile pour nous et en même temps l’idée de récupérer tous ces jeunes, nous parlons de tous ces jeunes qui en cours de route abandonnent parce qu’ils n’ont pas assez d’argent et là, ils en ont plein. A 20 000 euros l’année ? Et ben oui, et maintenant, ce n’est même plus sur trois mais sur cinq ans, ça a changé ! Justement, ces jeunes qui ont du talent mais qui n’ont plus d’argent, ça nous intéresse de faire un partenariat là-dessus. Clairement, nous devons aller les chercher.

Nous sommes flexibles et agiles. Nous ne sommes pas de gros mastodontes. Nous pouvons nous adapter. J’ai
l’école depuis cinq promotions, je change, le programme évolue constamment. Nous sommes vivants. Nous sommes vraiment organiques.

Je remarque que la France ne produit pas de créateurs si audacieux comme ceux qui sortent d’écoles de mode en Grande-Bretagne, en Belgique ? Oui parce que c’est transversal, on leur apprend à devenir créatif, à mélanger le créatif et le marketing ainsi que la créativité associée à la technique alors qu’ici non, ils ne le font pas. Là, cinq ans pour faire de la technique. En même temps, c’est la spécificité de la France. En ce moment, je vois plein d’articles et je lis : « La France, le pays le moins coté en écoles de mode » parce qu’on est la vieille France et c’est vrai, « nous on apprend la haute couture », il n’y a plus de haute couture. C’est bien d’avoir sa spécificité mais pas toutes. Il y avait le Studio Berçot qui faisait des trucs géniaux, il avait ce côté très créateur. Après c’est sûr, une école, c’est également une personne. Nous sommes une école nouvelle génération. Ca c’est bien passé au Brésil, je pense qu’ici ça va bien se passer aussi.

@awk-studio

Ca continue au Brésil ? Oui. Ca ne va pas te manquer ? Tu sais, moi, j’ai fait 12 ans au Brésil. Je t’assure c’est fou parce que tout le monde me dit exactement la même chose. Au contraire, je suis contente de rentrer dans mon pays. Je me suis dit que je me suis entraînée toutes ces années pour venir chez moi, faire la même chose chez moi. C’est vachement bien pour moi qui suis partie pendant très longtemps. Tu as acquis plein de choses ? Au Brésil, ce n’était pas facile non plus. Ici, c’est complètement différent. Ici, c’est lentement mais sûrement. Là-bas, c’est speed mais y a rien qui se passe. Au Brésil, des talents se sont démarqués ? Nous étions à la Fashion Week l’année dernière à Sao Paulo. Nous avons fait défiler sept créateurs. C’était une collection collective.Nous avons fait un défilé Casa Geraçao qui comprenait les collections des sept créateurs. Et là, c’était incroyable parce que, du coup, nous avons été reconnu par la presse. Les Vogue, les Elle ont commencé à parler de nous et les élèves ont tous trouvé du boulot. Un article est paru dans la presse et dans les dix talents émergents de tout le Brésil, il y en a quatre de notre école. T’imagine, nous on était l’école, tu vois, sans réel moyen.

Nous avons fait un défilé Casa Geraçao qui comprenait les collections des sept créateurs. Et là, c’était incroyable parce que, du coup, nous avons été reconnu par la presse. Les Vogue, les Elle ont commencé à parler de nous et les élèves ont tous trouvé du boulot. Un article est paru dans la presse et dans les dix talents émergents de tout le Brésil, il y en a quatre venant de notre école. T’imagine, nous on était l’école, tu vois, sans réel moyen.

Quelles sont tes ambitions avec ces nouveaux candidats ? En fait, nous cherchons des jeunes de 18-25 ans, sans condition de diplômes très motivés mais surtout passionnés de mode et avec leur propre univers. Il s’agit avant tout de les orienter parce que ce sont les détails qui font que nous allons nous rendre compte de leurs différences. Au final, ce que nous voulons, c’est que nous en en trouvions douze qui travaillent ensemble, un bon collectif mais ayant tous une vision de la mode différente. Il faut qu’ils se complètent tout en ayant une vision différente de la mode. La prépa, c’est l’épanouissement personnel. Nous allons leur montrer les valeurs de l’école. Dix valeurs sur douze semaines et à la fin, ils vont nous présenter leur propre valeur. C’est vraiment eux et leur personnalité. Ils vont nous présenter leurs valeurs ainsi qu’aux autres étudiants. C’est alors qu’aura lieu les entretiens collectifs. On va tester tout ça et on va en choisir douze.

@awk-studio


A Rio de Janeiro, ça se passait également de cette manière ?
Un petit peu c’est-à-dire que j’ai dû l’adapter. Au Brésil, nous avions une phase de prépa beaucoup plus courte et la phase de formation beaucoup plus longue. Nous nous adaptons ici au système des semestres. Nous faisons une formation de 6 mois et ensuite la partie incubation. Nous les accompagnons dans leurs projets et cela dépend de la maturité de celui-ci. Au mois de juillet, il y a une évaluation et des douze, nous verrons ceux qui sont prêts. Nous les accompagnons soit à créer un magazine, une marque, une boutique mais également les aider dans leur recherche de stage ou d’emploi. Nous travaillons aussi avec des bureaux de recrutement. La formation se compose de plusieurs parties. Nous avons une grosse partie Idea et communication image, une partie plus produit savoir-faire manuel, une partie plus créative et la collection collective. Puis après, il y a les projets spéciaux, des cas pratiques où il s’agit vraiment de travailler avec des entreprises. Nous avons la partie anthropologique et sociologique que nous appelons « esthétiques de la périphérie » en collaboration avec un bureau de tendances. Tout ça, en fonction de la demande. Vous faîtes travailler la ville ? Nous tissons des liens au maximum. Nous allons beaucoup travailler aux Puces de St Ouen. Nous aurons une boutique aux Puces. Nous allons travailler avec l’école de cinéma, faire notre site et notre fashion film et avec l’école du design afin d’étudier le vêtement, en tant qu’objet. Les cours auront-ils lieu au sein du Mob Hotel ? Tous les cours auront lieu ici. Tout ce qui est technique et pratique, nous allons travailler dans les ateliers d’associations de femmes couturières à St Denis et/ou dans l’île St Denis comme au Brésil. C’est transgénérationel, c’est important.