Anna Dello Russo, la dernière sapeuse milanaise

Anna Dello Russo par Adam Katz Sinding pour 21ème

Faire de chaque apparition, un évènement. Anna Dello Russo est une sapeuse, une sapeuse milanaise. A 55 ans, l’editor at large du Vogue nippon a un des looks les plus pointus de l’industrie de la mode. Revendiquant à la fois théâtralité et esprit italien, un esprit lui permettant d’exprimer sa liberté tout en respectant les proportions, Anna est l’incarnation de cet art, la mode, à l’instar de sa prédécesseure et compatriote, Anna Piaggi. Cependant, elle a modernisé l’approche de Piaggi en y apportant une touche de sex appeal, de rigolo, de fou, tout en restant accessible et désirable. A la pointe, traditionnelle, romantique, testeuse de limites, amoureuse des combinaisons de matières, de superpositions et d’imprimés, Anna Dello Russo est un bonheur pour les street photographers parce qu’elle leur donne constamment de quoi se mettre sous la dent et octroie une sorte de prélude à la rue, parce qu’au fond c’est là que tout commence. Comme si, elle attendait une street validation, qu’elle savait que sa street crédibilité se jouait constamment avant chaque show. Le débat sur la photographie de rue prend tout son sens, il s’agit avant tout de photographier, non pas ce qui nous ressemble, mais ce qui nous semble beau, ce qui nous semble attrayant, intéressant, différent… Alors, ce constat me semble biaisé, car ce qui nous semble beau n’est-il pas la résultante de ce que la société nous dit de la beauté, du convenable, de l’éditorial ? Les fashion weeks n’excluent-elles pas, par nature, ce qui ne lui semble pas photogénique et/ou directement sorti des défilés de mode ou des magazines ? J’ai un immense respect pour ces photographes qui bravent les intempéries et qui rendent la mode vivante. La presse magazine doit prendre ses responsabilités, parce qu’elle mandate ces street photographers et donc, elle a un regard sur la parution des images. La diversité devrait être de mise, parce qu’elle est bénéfique pour tout le monde, à chaque fois et à chaque instant le but est d’être à l’affût de style aussi flamboyant qu’Anna Dello Russo. Ni plus, ni moins. Ni blanc, ni noir. Ni jeune, ni vieux. Ni fine, ni mince, le maître-mot est flamboyant. Je partage donc ce cri du coeur de la rédactrice mode afro-américaine, Lindsay Peoples. La photographie de rue appartient à la rue et la rue est l’endroit le plus démocratique au monde. Anna est l’essence même de la mode, pas un idéal, juste une philosophie prônant le vêtement comme mode d’expression. Elle incarne ce plaisir de s’habiller, ce plaisir de bien s’habiller qui lui n’est pas exclusif à un groupe. La mode devient alors un prétexte pour entamer une discussion avec nous. Anna continue à amorcer ce dialogue, en proposant à la vente sa collection personnelle et conséquente de fringues sur Net-A-Porter et donne ainsi la possibilité à ceux qui aiment discuter de la mode de pouvoir la porter et d’ainsi perpétuer sa flamboyance.