Africa is now

All The Stars / Dave Meyers and The Little Homies

J’apprécie la positivité des afro-américains. Ils ont une vision très optimiste du continent africain, c’est rafraichissant et touchant, peut-être biaisé, mais particulièrement touchant. Black Panther, le nouveau film de Ryan Coogler, propose un point de vue afro-futuriste, afro-optimiste et une autre projection de l’Afrique qu’il souhaite que nous entrevoyons. On sent cet attachement, ce lien fort à cette Afrique qui transcende toutes les transgressions qui lui ont été faites : l’esclavage, la colonisation, les guerres, les tragédies, les pillages énergétiques et j’en passe. Ont-ils le droit de se sentir africain à part entière ? Ont-ils le droit de s’approprier des narrations qui n’ont plus été les leurs depuis plus de 400 ans ? N’est-ce pas une nouvelle tendance dont ils se lasseront ? Est-ce l’Afrique maintenant se fera sans l’Afrique ? C’est compliqué d’y répondre parce qu’il est difficile de savoir qui devrait se sentir africain ou pas, qui est plus africain ou pas… Et ce n’est pas le propos en réalité. Ryan Coogler propose un film avec son idée de l’Afrique, qui peut être différente de la nôtre et il a le mérite de le porter à l’écran. De porter à l’écran un héros noir et africain, ça c’est nouveau. Qui dit film, dit bande originale. Qui de mieux que Kendrick Lamar pour incarner musicalement la panthère noire. Kendrick se met carrément dans la peau du personnage principal, T’Challa, en psalmodiant : « You can bring a bullet, bring a sword, bring a morgue, but you can’t bring the truth to me/ Vous pouvez m’amener une balle, une épée, m’amener à la mort, mais vous ne pouvez pas m’apporter la vérité » ou encore, « Corrupt a man’s heart with a gift, that’s how you find out who you dealing with/ Corrompre le coeur de l’homme avec un présent c’est ainsi que vous découvrez avec qui vous traitez« .

Kendrick se met carrément dans la peau du personnage principal, T’Challa, en psalmodiant : « You can bring a bullet, bring a sword, bring a morgue, but you can’t bring the truth to me/ Vous pouvez m’amener une balle, une épée, m’amener à la mort, mais vous ne pouvez pas m’apporter la vérité » ou encore, « Corrupt a man’s heart with a gift, that’s how you find out who you dealing with/ Corrompre le coeur de l’homme avec un présent c’est ainsi que vous découvrez avec qui vous traitez ».

Kendrick s’est toujours interrogé sur sa place dans le monde et il est l’un des premiers à  avoir transposé Compton, son quartier d’enfance, dans cette Afrique lointaine qui coule dans ses veines et qui suscite chez lui tant d’interrogations. Ses démonstrations publiques iconiques dans la pop culture témoignent constamment de cette constante juxtaposition entre l’Afrique et l’Amérique, entre la liberté et l’oppression et entre Kendrick et King Kunta. Kendrick sait que ce continent, dont il se sent profondément lié, doit surpasser et surpasse de manière plus globale cette culture afro-américaine autrefois vu indépendamment de celle du continent. All The Stars, en compagnie de SZA, est le premier single de la bande originale de Black Panther et il annonce de grandes choses, le renversement du raisonnement immaculé d’Hollywood, mais également une sorte d’engouement général autour de cet héros pas comme les autres. Réalisé par Dave Meyers et The Little Homies qui ont travaillé sur la plupart des projets visuels du rappeur californien, le clip All The Stars reprend les codes du film et est la démonstration concrète de son postulat de base, combattre contre l’injustice, mais précisons-le bien, pas au détriment des artistes locaux. La photographie est léchée, rien n’est laissé au hasard et il regorge de références. L’hommage aux sapeurs du Bacongo et du photographe italien, Daniele Tamagni, est bienvenue et grandiose. Ce film est à la fois un blockbuster dans la forme et dans le fond, l’état d’esprit dont nous avons besoin pour que l’Afrique retrouve sa grandeur et avouons-le, ce pragmatisme est typiquement afro-américain.